La MedNum, “a singular structure” for digital inclusion

La Mednum, « une structure singulière » pour l’inclusion numérique

La Mednum, « une structure singulière » pour l’inclusion numérique

Le 15 mars 2022, Guilhem Pradalié, Directeur Général de la MedNum, membre du Social good accelerator, nous a accordé un entretien au cours duquel il revient sur ce qu'est la MedNum, quels sont ses projets, défis et son rôle au sein du SOGA.

Guilhem Pradalié
Directeur Général de La MedNum

Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Issu d’une formation économique et d’un master de Sciences Po Paris, j’ai un parcours d’une dizaine d'années dans la mutualité, au sein de la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN). J’ai travaillé sur différents programmes numériques et innovations puis à la direction stratégie du groupe.

J’ai ensuite été conseiller du Président, chargé des questions économiques et financières, de la stratégie et des engagements numériques jusqu’en septembre 2021. J’ai rejoint la Mednum en tant que Directeur général en octobre 2021. Attaché aux questions d’inclusion et de médiation numériques, je mobilise les équipes de la coopérative pour faciliter et amplifier l’action vertueuse des sociétaires de la MedNum dans tous les territoires.

Qu’est-ce que la MedNum ?

La MedNum est une structure singulière. En effet, il s’agit d’une coopérative (NDLR Société coopérative d’intérêt collectif, soit une SCIC) qui rassemble des sociétaires très divers, tous acteurs de l’inclusion numérique. Elle remplit des missions de représentation et de structuration d’un secteur tout en menant des activités “projet” et “conseil” autour de l’industrialisation de solutions d’inclusion numérique. Nous travaillons ainsi avec nos sociétaires à la création de projets nationaux. L’objectif est de faire grandir le secteur tout en portant la voix de ses acteurs.

Qui compose la MedNum ?

L'équipe est composée d’une quinzaine de salariés. Dernièrement, nous avons opéré une réorganisation des activités autour de 3 directions : une direction étude et plaidoyer, une direction projet qui est transversale et une direction finance et services aux sociétaires qui devrait voir le jour à la fin du 1er semestre. La direction générale porte enfin les pôles communication et vie coopérative, essentiels à la bonne animation de nos réseaux et la mise en lumière des actions de nos sociétaires.

Mais la MedNum est composée de parties prenantes très diverses : plus de 100 sociétaires, des collectivités territoriales, l’État, les acteurs économiques et d’autres types d’acteurs comme des personnes physiques, des acteurs de la médiation numérique qui portent ensemble, au-delà de l’enjeu social, les valeurs du libre, des communs… bref, d’un numérique au service de l’intérêt général.

En parlant des valeurs, quelles sont celles de la MedNum ?

Nous avons avant tout un attachement à la chose commune et à l’intérêt général. Cela se traduit dans la forme même de notre coopérative et dans son fonctionnement. Nous intervenons plus largement sur l’ensemble des sujets en développant l’idée d’un numérique responsable et accessible à tous (santé, territoires, éducation, accueil des réfugiés, culture…). Nous sommes évidemment très attachés à la culture de l’internet libre et des communs, comme bon nombre de nos sociétaires.

Vous mettez ces valeurs en œuvre notamment à travers les projets que vous réalisez. Lequel de ces projets vous rend le plus fier ?

Difficile de choisir tant les projets sont tous importants ! Mais je dirais, en raison du contexte actuel de la guerre en Ukraine, que “refugiés.info” est celui qui me rend le plus fier. Les équipes s’y sont engagées personnellement, en mettant toutes leurs compétences à son service. Il y a un gros investissement humain sur ce projet qui opère, en ce moment, la plateforme officielle du gouvernement pour la mise en relation des français voulant apporter leur aide pour l’hébergement avec des associations et les personnes en exprimant le besoin.

En quoi le projet Réfugiés.info consiste-t-il ?

In “normal” times, it is an information portal, contributory and open-source, co-developed with the Interministerial Delegation for the Reception and Integration of Refugees, which provides simple and translated information to refugees and their carers.

This project helps refugees to find an initiative, a training adapted to their situation, to understand the administrative procedures or to consult the directory to find an association.

This platform works like Wikipedia: everyone can contribute by writing or translating practical information.

Si vous deviez résumer les principaux enjeux de la MedNum actuellement quels seraient-il ?

D’abord ce serait réussir à faire entendre la voix de nos sociétaires lors des différentes élections à venir, présidentielles et législatives. Nous avons de gros objectifs autour des projets data cette année, mais également autour du lancement d’une version 2 des plateformes téléphoniques d’aide et d’accompagnement aux usages du numérique du quotidien.

 
 

Les élections présidentielles arrivent bientôt en France. Vous avez d’ailleurs publié vos propositions pour l’élection présidentielle de 2022. À ce sujet, à quel problème répondez-vous et quelles solutions préconisez-vous ? 

En France, plus de 14 millions de personnes seraient en situation de fragilité numérique, c’est-à-dire éloignées, non équipées et/ou en grande difficulté avec les différents usages du numérique. C’est à ce problème de justice sociale que nous répondons.

Nous préconisons des actions sur 4 thématiques importantes pour nos sociétaires : l’éducation, l’emploi et le pouvoir d’achat, la santé et l’environnement.

Nous insistons avant tout sur la nécessité de créer une véritable filière professionnelle de la médiation numérique, par exemple en travaillant sur la stabilité des financements aux structures de l’inclusion numérique, d’offrir des services numériques accessibles à tous et partout et de promouvoir un numérique d’intérêt général, libre, ouvert, universel et collectif.

En matière d’éducation, nous proposons de faire de l’éducation numérique une priorité dans l’enseignement, du primaire au supérieur, pour former les citoyens éclairés de demain, et d’outiller, de sensibiliser et de former les professionnels de l’éducation et de l’accompagnement social. Mais également d’affirmer les complémentarités entre médiation et éducation numérique tout en donnant une attention spécifique aux publics particulièrement éloignés.

Sur les questions d’emploi et de pouvoir d’achat, nous oeuvrons pour intensifier les efforts de formation et d’accompagnement au numérique pour les jeunes et les demandeurs d’emploi ; pour faire de l’entreprise un véritable lieu d’apprentissage du numérique ; pour accompagner les petites structures dans leur transformation numérique et pour faire du numérique un accélérateur de pouvoir d’achat des citoyens. Nous défendons, par exemple, la mise en œuvre d’un réel “tarif social internet” pour les ménages modestes.

En matière de santé, enfin, la MedNum propose d'agir au plus près des personnes en situation de fragilité pour leur garantir un accès aux informations et aux soins, de renforcer la dynamique d’acculturation entre la médiation numérique et le monde de la santé et de créer les conditions de la confiance des usagers dans l'utilisation du numérique en santé.

Enfin, quels sont vos liens et vos attentes vis-à-vis du Social Good Accelerator ?

La MedNum est membre du Social Good Accelerator depuis deux ans. Nous sommes partenaires du projet Social Tech Academy, qui explore les compétences numériques de l'ESS pour créer un portail d'information, et membres du groupe de travail European Public Affairs.

Pour de nombreuses personnes, les questions européennes semblent encore lointaines, mais nous sommes convaincus que la gestion de projets de cette envergure est efficace, tant en termes de partage de bonnes pratiques avec nos voisins que de stimulation de développements politiques intéressants pour le secteur de l'économie sociale et l'inclusion numérique en particulier.

Faire partie du Social Good Accelerator nous permet de disposer d'un environnement commun pour exprimer nos attentes et mettre en commun les moyens de les réaliser. Cette démarche s'inscrit dans le prolongement direct de la manière dont nous travaillons avec nos membres et est particulièrement en phase avec nos valeurs.

Un article écrit par

Justine Coopman
justine(at)socialgoodaccelerator.eu
Affaires publiques et Communication
Lille, France
Social Tech Atlas: why a single map for a thousand social organisations?

Social Tech Atlas : pourquoi une seule et même carte pour 1000 organisations de l'ESS ?

Social Tech Atlas : pourquoi une seule et même carte pour 1000 organisations de l'ESS ?

Jusqu’alors, il n’existait aucune base de données européenne regroupant à la fois les organisations soutenant les acteurs de l’économie sociale dans leur transition numérique, ni celles offrant des outils et services numériques alternatifs. C’est désormais chose faite avec le Social Tech Atlas, qui ne prétend pas avoir réussi à les réunir, mais en a bien l’ambition.

Voici les objectifs de cet outil gratuit, ouvert et accessible.

Screenshot Social Tech Atlas
Une brève vue du Social Tech Atlas : chaque point correspond à une organisation, et chaque couleur à un secteur précis.
Source: Social Tech Atlas

Rassembler les acteurs de la Social Tech
Alors que de nombreux autres cas de cartographie existaient déjà, le SOGA a récemment fait le constat qu’une cartographie regroupant les acteurs impliqués de près comme de loin pour la Social Tech était aux abonnés absents. Par exemple, des organisations comme Impact Database ont proposé une carte interactive du paysage des investisseurs à impact en Europe. Dans le cas du SOGA, le but est bien de regrouper les acteurs de la Social Tech. Ce concept décrit le fait d’utiliser les technologies numériques pour agir pour l’intérêt général et la société. En d’autres termes, il s’agit du modèle que le SOGA prône depuis sa création, c’est-à-dire celui de résorber les inégalités, de renforcer les solidarités existantes ou encore d’innover socialement à travers l’utilisation des outils numériques ouverts et libres.


Constituée de modèles technologies s’appuyant sur des acteurs et des infrastructures de l’ESS, la Social Tech propose des systèmes à fort impact social et environnemental. Par ailleurs, il est nécessaire que l’ESS réussisse sa transition numérique, notamment pour qu’elle préserve son patrimoine social immatériel, au coeur du modèle européen.

Une carte interactive pour mutualiser les forces des spécificités du modèle Tech européen
Pour y parvenir, comme de nombreux acteurs du secteur, le Social Good Accelerator souhaite lui aussi proposer des outils ouverts couplés à des applications pratiques. Cette idée de base de données que l’association a désormais en tête depuis quelque temps permettra aux organisations de l’ESS en Europe et aux décideurs politiques d’identifier rapidement plusieurs acteurs. Les bases de données qui fourniront le Social Tech Atlas seront d’ailleurs des bases ouvertes de nos partenaires, qui recensent déjà un certain nombre de structures que le SOGA souhaiterait référencer. Il faut en effet agréger cette donnée, la valider, la rendre conforme au RGPD pour qu’ensuite elle soit intégrée dans l’Atlas. L’équipe du projet a dû garder en tête l’objectif de cette cartographie ouverte, et donc de bien filtrer les organisations qui avaient lieu d’y être des autres.

D’abord, l’Atlas leur permettra de trouver les organisations européennes qui accompagnent en particulier les acteurs de l’ESS dans leur transition numérique par des méthodes axées par exemple sur un accompagnement au changement ou de l’UX design adapté. Ensuite, toute organisation pourra trouver des structures européennes à statuts variables (coopératives, mutuelles, associations, fondations) proposant des outils et services numériques alternatifs et ouverts.

L’objectif du Social Tech Atlas est bien de mutualiser les forces pour contribuer aux spécificités du modèle Tech européen, tout en améliorant la reconnaissance de valeur ajoutée qu’il incombe. Mutualiser les forces pour le plus grand bien permettra aux structures concernées de leur limiter des coûts financiers et temporels. En effet, avec le Social Tech Atlas, un gain de temps considérable est potentiellement envisageable pour les structures de l’économie sociale. La création de tels communs s’inscrit dans la démarche du SOGA de renforcer les missions du secteur. Il s’agit là de permettre aux acteurs européens de l’ESS de trouver des partenaires en phase avec la transformation numérique de leur structure. 

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Le logo du Social Tech Atlas.
Source: Social Good Accelerator

En plus d’offrir des compétences et des services utiles au bien commun, les organisations référencées sont ici aussi spécialisées sur les enjeux ESS (parfois même en en faisant statutairement partie).

L’ambition du SOGA dans la création d’un tel commun numérique est bien de voir se multiplier les coopérations européennes dans la Social Tech. Cette ambition n’aurait pas pu être concrétisée sans l’incroyable engagement des partenaires et bénévoles de l’association d’Aésio Mutuelle, qui fut le principal financeur de ce projet. Un immense merci à nos bénévoles de >Contournement>, de Latitudes, du Fantastique Bazar et de Vizity pour l’énorme travail accompli. Allez faire un tour sur leur site, c’est super ce qu’ils font !

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Données et philanthropie : comment accélérer l’impact grâce à des partenariats au service du bien commun ?

Données et philanthropie : comment accélérer l’impact grâce à des partenariats au service du bien commun ?

Jeudi 23 mai, nous étions au Forum annuel de l’European Foundation Center à Paris, une édition placée sous la bannière des valeurs françaises : « Liberty, Equality, Philanthropy… ». Ce rendez-vous a permis aux 800 participants, représentants de fondations venues de toute l’Europe, de découvrir les spécificités et les engagements philanthropiques français à travers des acteurs comme la Fondation de France, La France s’engage, Schneider Electric ou Accenture.

En fin de journée, un thème central pour le secteur du mécénat a donné lieu à un débat particulièrement riche. Cette séquence, consacrée à « Data and Philanthropy », posait une question centrale : comment la philanthropie peut-elle produire un impact systémique, plutôt qu’occasionnel, grâce aux données ?

Avec Generation2 – Connection Philanthropy collaboration, nous proposons ici une synthèse de cette discussion, enrichie d’illustrations concrètes issues de notre écosystème.

Les différents usages des données dans la philanthropie

Stefaan Verhulst, cofondateur et directeur de la recherche et du développement de GovLab, a ouvert le débat avec une taxonomie particulièrement précise. Il a montré comment la collecte et l’analyse de données peuvent contribuer au développement de la philanthropie.

Les données comme ressource au service de la philanthropie

Les données peuvent devenir un outil utile d’amélioration continue pour la philanthropie. Elles permettent d’analyser plus finement les besoins, d’adapter les réponses et les solutions, mais aussi d’améliorer l’évaluation d’impact.

La plateforme Wenabi, première plateforme destinée à simplifier l’engagement social des entreprises, à mobiliser leurs salariés et à mesurer efficacement l’impact des actions solidaires menées, illustre bien cette logique. Elle propose notamment de mesurer et d’évaluer l’impact des entreprises à travers un outil de reporting intégré, qui permet de suivre les actions mises en œuvre et d’en mesurer les effets sur les salariés comme sur les associations bénéficiaires.

Les données comme boussole pour orienter les financements

Les données permettent aussi de mieux orienter les fonds. La philanthropie peut ainsi investir, par exemple, dans la transition numérique du secteur non lucratif, à travers des data ventures. Encore faut-il disposer d’outils facilitant la gestion, l’analyse et la sélection des projets entrants.

L’outil Optimy, en Belgique, a permis de transformer le processus souvent lourd des appels à projets des fondations. Il y a apporté davantage de transparence et d’efficacité. Le partage de données entre fondations pourrait aller encore plus loin, à condition de respecter le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).

Le numérique peut également nourrir une action prospective. C’est le cas des chatbots conseillers en philanthropie, comme celui mis en place par l’association 30 Millions d’Amis, qui fournit des conseils aux propriétaires d’animaux pendant l’été afin de limiter les risques d’abandon. Autre exemple cité : Alexa, l’assistant vocal d’Amazon, qui a encouragé les dons lors de l’édition américaine de Red Nose Day, ce qui constitue une nouveauté importante.

Les données comme outil de plaidoyer et d’activisme

L’analyse de données globales et partagées peut aussi aider à construire des argumentaires et à porter des mobilisations collectives. Les grandes plateformes de pétitions en ligne comme Change.org et Avaaz ont ouvert la voie. Les médias commencent eux aussi à articuler storytelling et appels à l’action, comme Konbini dans sa récente collaboration avec France Inter autour de la journée « Plastic, no thank you ».

Selon Stefaan Verhulst, de nombreuses fondations investissent déjà dans cette transition. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à utiliser les données pour guider leur stratégie.

Photo de Ali Khadem sur Unsplash

Les données comme vision politique

La philanthropie est appelée à jouer un rôle croissant dans le développement de politiques publiques relatives aux données. C’est ce qu’illustre le cas de Bayes Impact, aujourd’hui engagé en faveur de la mise en place d’un service public citoyen. Cette initiative a conduit à des formes de collaboration public-privé dans la mise à disposition de données utiles aux projets d’innovation sociale portés par des citoyens.

Un appel à créer de nouvelles formes institutionnelles

Lucy Bernholz, du Digital Civil Society Lab, a rappelé les dangers associés à l’usage des données dans chacun des quatre champs évoqués. Elle a insisté sur deux questions fondamentales : qui gouverne ces données et de quelle manière ?

L’une des pistes avancées pour répondre à ces risques consiste à créer de nouvelles formes institutionnelles, extérieures à la fois aux entreprises et aux gouvernements. Lucy Bernholz a formulé cet avertissement sans ambiguïté : « La philanthropie doit investir et créer ces institutions, sinon elles seront inventées sans nous. »

Plateformisation, désintermédiation et nouveaux modèles

Rhodri Davies, Head of Policy and Program Director du think tank britannique Giving Thought, estime que l’impact de la technologie sur la collecte de fonds sera global. Selon lui, il modifiera à la fois le , le comment et le quoi du don.

Il met en lumière un phénomène de désintermédiation des acteurs historiques, ainsi qu’une tendance croissante à la plateformisation, c’est-à-dire au rôle grandissant de plateformes comme Facebook ou Instagram dans ce domaine.

Richard Benjamins, Chief Data Officer de Telefonica, a apporté une perspective plus extérieure au secteur philanthropique. Pour lui, « pour avoir un véritable impact sur nos sociétés grâce aux données, il nous faut des modèles économiques durables. La philanthropie ne suffit pas. » Il invite donc à interroger les fondements mêmes de l’exploitation des données. La philanthropie, à elle seule, ne résoudra pas un problème structurel. En revanche, elle peut jouer un rôle de catalyseur de l’innovation sociale, à la manière d’un investisseur d’amorçage, à condition de disposer d’outils de suivi lui permettant de faire changer d’échelle les projets les plus pertinents.

Sensibiliser, former et ouvrir l’accès à ces enjeux

Anne Bouverot, fondatrice de la Fondation Abeona sous l’égide de la Fondation de France et docteure en intelligence artificielle, a insisté sur l’importance de sensibiliser les individus aux besoins du secteur non lucratif. Elle y voit un nouveau rôle pour les fondations.

Pour elle, la clé du développement réside dans la collaboration multi acteurs. Elle l’exprime ainsi : « Si vous voulez réellement faire la différence, vous devez atteindre un nombre important de personnes. […] Il sera difficile pour une entreprise de faire cela à grande échelle sans que cela soit perçu comme un intérêt propre. »

La question devient alors : comment accélérer ce mouvement ?

L’une des idées avancées consiste à mettre les talents des entreprises et des étudiants à disposition, dans une logique de pro bono. Anne Bouverot a également souligné le rôle de l’éducation : « Nous devons nous assurer d’atteindre les personnes qui deviendront les futurs ingénieurs et codeurs de la donnée. »

De nouveaux outils collaboratifs pour gérer la philanthropie en entreprise

De nouveaux outils collaboratifs émergent pour structurer la philanthropie dans les entreprises. C’est le cas de la Plateforme de l’engagement solidaire de microDon, de Wenabi ou encore de MyCrowdcompany, qui propose des dispositifs d’engagement en entreprise fondés sur des plateformes.

Ces outils permettent de mieux piloter les efforts solidaires, de rassembler en un même espace les mécanismes de dons financiers et de dons de temps, et de donner une vision plus claire de l’offre solidaire portée par l’entreprise et de son sens. Grâce à ces solutions simples et attractives, la philanthropie devient beaucoup plus accessible dans l’entreprise, notamment grâce aux données.

Lucy Bernholz estime, de son côté, que l’activisme et la proposition de modèles alternatifs seront également indispensables pour inclure réellement la société civile dans ce champ. Selon elle, le secteur non lucratif et la philanthropie doivent se poser en remparts protégeant le bien commun et devenir des interlocuteurs essentiels.

Vers des modèles collaboratifs à l’échelle des Objectifs de développement durable

C’est précisément l’un des objectifs de la plateforme SDG Philanthropy Platform, un modèle collaboratif inter-fondations qui permet le partage de données sur les efforts philanthropiques et la visualisation de données liées aux Objectifs de développement durable des Nations unies et à leurs 169 cibles. Cette initiative a été mise en œuvre en 2015, à la suite d’une vaste consultation multi-acteurs, afin de concentrer collectivement les efforts sur les urgences sociales et climatiques.

Malgré les nombreux défis et obstacles encore à surmonter, la session s’est achevée sur une note d’espoir. Les intervenants ont souligné qu’un sentiment croissant de responsabilité se développe autour des données et de leurs usages. Comme l’a rappelé Richard Benjamins, « nous nous interrogeons de plus en plus sur l’impact, indépendamment des algorithmes. Il existe tout un mouvement pour être responsable. » Et il ajoute : « Il y a désormais des leaders dans ce mouvement. »

Il appartient désormais aux fondations européennes de saisir les super-pouvoirs de la technologie pour construire un modèle vertueux d’intelligence collective autour du Big Data et de l’intelligence artificielle, et pour renforcer l’impact ainsi que la croissance de la philanthropie sur le vieux continent.

Une question de responsabilité partagée

Pour répondre aux grands défis contemporains, il faut réinventer les modèles actuels, explique Lucy Bernholz. Elle considère notamment que la prochaine étape doit consister à mettre en place un agenda de politique publique du numérique. Selon elle, « le Parlement britannique, les représentants américains et les grandes entreprises doivent s’engager à partager leurs données ; cela relève de leur responsabilité. »

Les démocraties sont en danger si nous n’apprenons pas à collaborer et à croiser les visions des différents acteurs. Il devient donc nécessaire de penser de nouvelles manières de coopérer avec la société civile, dans une logique plus centrée sur les usages. C’est tout un enjeu de démocratisation et d’accessibilité des données qui apparaît ici.

Pour Alberto Alemanno, fondateur et directeur de The Good Lobby, la mise en place de cadres juridiques est essentielle. Il explique que « pour débloquer durablement les données détenues par le secteur privé, les secteurs privé et public doivent se comprendre, harmoniser leurs attentes et veiller à ce que les bénéfices respectifs soient compris et accessibles à tous. Il s’agit d’une responsabilité partagée […] de les partager avec le plus grand nombre, et non avec une minorité. »

Interview avec Matt Stokes, chercheur principal à la Fondation Nesta : Les enjeux de l’innovation numérique sociale

Interview avec Matt Stokes, chercheur principal à la Fondation Nesta : Les enjeux de l’innovation numérique sociale

Le Social Good Accelerator a eu le plaisir d’interviewer Matt Stokes, chercheur principal en économie collaborative à la Fondation Nesta et responsable du projet DSI4EU financé par Horizon 2020. Cette interview explore ses opinions sur le #SocialGoodTech et sa collaboration avec notre étude européenne, où il fait partie du comité d’experts. Les premiers résultats seront présentés en novembre 2018.

Pouvez-vous nous présenter le projet DSI4EU et la Fondation Nesta ?

La Fondation Nesta est une fondation d’innovation mondiale ayant pour mission de soutenir les nouvelles idées afin de relever les grands défis de notre époque. Grâce à notre expertise, nos réseaux, notre financement et nos compétences, nous travaillons dur pour créer des opportunités, répondre à des défis, façonner des idées en solutions pratiques et orienter les systèmes dans une nouvelle direction.

Nous travaillons dans le domaine de l’innovation sociale numérique (ISN) depuis 2013, en soutenant les personnes, projets et organisations à travers l’Europe qui utilisent des technologies ouvertes et collaboratives pour résoudre des défis sociaux. Nous avons publié des rapports majeurs tels que Growing a Digital Social Innovation Ecosystem for Europe et What Next for Digital Social Innovation?, et développé un hub en ligne pour la communauté sur digitalsocial.eu, où l’on trouve des informations, des études de cas, des opportunités de financement, des événements et la plus grande base de données européenne d’organisations et projets ISN.

Le projet est soutenu par la Commission Européenne. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce partenariat ?

L’une des valeurs fondamentales de Nesta est de ne jamais travailler seule. Depuis notre entrée dans le domaine de la DSI, nous avons collaboré avec plusieurs organisations. Actuellement, nous travaillons avec six organisations : Waag (Pays-Bas), WeMake (Italie), betterplace lab (Allemagne), Barcelona Activa et Fab Lab Barcelona (Espagne), et ePaństwo Foundation (Pologne). Nous mettons en commun nos compétences, réseaux et connaissances pour maximiser notre impact.

Notre travail dans la DSI a été possible grâce au financement généreux de la Commission Européenne, en particulier de la DG-CONNECT. La Commission a été l’une des premières grandes institutions à reconnaître le potentiel de la technologie pour résoudre des défis sociaux et a financé plus de 50 projets dans le programme Horizon 2020, notamment dans le programme CAPS (Collective Awareness Platforms for Sustainability).

Notre rôle est d’aider à définir une agenda commune pour la ISN en Europe, d’influencer les politiques et de créer de nouvelles connexions pour accélérer la croissance et maximiser l’impact.

Quels sont les principaux résultats du projet DSI4EU ? Quelles sont les perspectives pour les mois à venir ?

Le cœur du projet est le site digitalsocial.eu, qui est une ressource précieuse pour tous les types de parties prenantes. Actuellement, nous investissons massivement dans son développement pour le rendre encore plus utile, notamment en augmentant la bibliothèque des études de cas.

Dans le cadre de notre projet actuel, nous sommes ravis de renforcer notre engagement politique, avec le développement d’un DSI Index qui mesurera comment différents pays et villes soutiennent la DSI et offrira un réservoir d’idées pour les décideurs politiques. Nous développons également six DSI clusters, des programmes d’activités concentrées sur des domaines sociaux spécifiques, qui aident les praticiens à maximiser leur impact. Côté recherche, nous commençons à travailler sur des sujets tournés vers l’avenir, notamment sur l’impact des tendances technologiques émergentes sur la DSI et la construction de scénarios futurs positifs pour l’utilisation de la technologie pour résoudre des défis sociaux.

Pourquoi est-il important que le Social Good Accelerator s’engage dans "Plus de Tech pour le Bien Social, plus de Bien Social dans la Tech" en Europe ?

Cet engagement est crucial car il va droit au cœur de ce que la DSI cherche à accomplir. Ces dernières années, l’innovation sociale a attiré de plus en plus d’attention, mais relativement peu a été consacré à la façon dont la technologie peut être utilisée comme un outil. Beaucoup d’acteurs dans le secteur social, y compris les associations, manquent de compétences numériques et peinent à exploiter les opportunités. Dans le même temps, des sommes colossales ont été investies dans la recherche et l’innovation pour des technologies numériques, mais une fraction infime a été allouée à l’innovation numérique orientée vers le social.

Le secteur social doit prendre en compte cette dynamique pour influencer le développement de la technologie de manière responsable, éthique et inclusive. C’est là que la DSI joue un rôle clé : en orientant les innovations numériques dans des directions qui respectent les principes d’inclusivité et de responsabilité.

Que pouvons-nous faire ensemble pour accélérer l’innovation sociale numérique ?

Il existe de nombreuses opportunités de collaboration : événements, contributions à la recherche, efforts communs pour influencer les politiques et renforcer les réseaux. Nous croyons qu’une des raisons pour lesquelles la DSI n’a pas encore atteint son plein potentiel est le manque d’une agenda partagée et d’un sentiment de communauté. Nous devons construire ce mouvement ensemble pour augmenter l’impact de la DSI. Il est essentiel de travailler avec des organisations à travers et au-delà de l’Europe pour maximiser l’impact de ce domaine.