Observatoire de l’ESS numérique : interview de Nastasia Fouret, Data Architect

Observatoire de l’ESS numérique : interview de Nastasia Fouret, Data Architect

Le Social Good Accelerator a eu le plaisir d’interviewer Nastasia Fouret, fondatrice et consultante cheffe de projets Data/IA de Dot&Cie, et architecte data sur le projet Observatoire de l’ESS numérique développé par SOGA. Cette interview revient sur la première phase du projet, à savoir l’agrégation des données, sur ses enjeux, ses avancées ainsi que sur la deuxième phase qui s’annonce. Nastasia nous partage également son expérience en tant que bénévole pour SOGA, depuis fin janvier 2026 via Data for Good.

Peux-tu te présenter et nous dire ce que tu fais ?

Je suis Nastasia Fouret, j’interviens auprès de clients sur des problématiques data (gestion, datas d’infrastructures, gestion des stocks, des achats, etc.) ; en somme, tout ce qui permet à une entreprise de fonctionner. Mon rôle est de permettre leur utilisation et leur mise en visibilité pour que la structure puisse piloter son activité.

En quoi consiste le projet d'Observatoire ?

Le projet d’Observatoire de l’ESS numérique c’est un projet qui a pour objectif de mettre en visibilité les structures de l’ESS numérique et surtout de leur permettre de se reconnaître comme tel. C’est en somme un projet d’autodétermination qui a pour but d’aider les structures à se dire “Oui, je suis de l’ESS numérique” ou “Non, je ne suis pas de l’ESS numérique”. 

Quel est ton rôle dans le projet d'Observatoire de l'ESS numérique ?

J’ai commencé à travailler avec SOGA fin janvier via Data for good. Je devais intervenir en tant que data architect sur le projet de création de l’Observatoire. Je n’étais pas toute seule, il y avait Augustin de Chevigny, qui intervenait dans le cadre de ses études à Centrale Lille. En amont, et avec d’autres étudiants, il a mis en place les bases : l’identification des actrices et acteurs du secteur de l’ESS, leur répartition dans 8 familles de l’ESS numérique, etc. Et ce que j’ai fait, c’est reprendre toutes les règles de gestion qu’il avait appliqué et les “industrialiser” dans un process un peu data pour pouvoir reproduire cette analyse régulièrement plutôt que ce soit une analyse “one shot” et que de ce fait, on se retrouve avec un jeu de données qui ne se maintient pas dans le temps.

J’ai donc réfléchi à introduire des règles de gouvernance et d’architecture. L’idée étant d’essayer de trouver un juste milieu entre “il faut utiliser le plus d’outils open source, le plus de données qu’on met en forme nous-mêmes” et “il faut aller vite, avoir des données de qualité” même si ce n’est pas toujours facile de les avoir. L’enjeu derrière d’avoir des données mises en forme par nos propres moyens, c’est que l’on puisse mieux les tracker, qu’on soit en mesure de se dire “Ok, ces données proviennent de là, elles ont cette validité” ; on sait d’où elles viennent et on sait comment les obtenir à nouveau en cas de besoin.

Un autre aspect de mon travail c’est de rassembler des données, donc de solliciter les personnes qui seraient potentiellement de l’ESS numérique et de les faire se rassembler autour d’une table, de déterminer si oui ou non elles cochent les cases. Et pour ça il faut aussi poser le cadre : qu’est-ce qu’une structure numérique ? Quelles sont les différences ? Comment la notion même de numérique évolue ? Est-ce qu’on se reconnaît dedans ou pas ? etc. Mon rôle, c’est vraiment de créer cette impulsion en termes de source de données et de structure qui fera en sorte que, demain, les données pourront vivre, refléter et s’alimenter par rapport à la communauté numérique que l’Observatoire est en train de créer. 

Et en tant que bénévole, comment vis-tu ton expérience avec SOGA ?

Au départ, ce n’était pas un engagement très fort pour moi. Ma vision était plutôt orientée accompagnement d’un projet, mais au final j’ai trouvé le projet intéressant. Les personnes avec qui j’interagissais étaient vraiment agréables, et il se trouvait que j’avais un peu de temps à ce moment-là. Donc j’ai proposé à Jeanne de continuer de travailler sur le projet parce que ça changeait de ce que je faisais d’habitude : là, je n’avais pas les données sources. Je travaille souvent sur des données de gestion par exemple, qui sont disponibles parce que c’est l’entreprise qui les crée elle-même, donc je n’ai pas besoin d’aller les chercher, juste besoin de vérifier qu’elles sont bien alimentées. Et quand elles ne le sont pas, je vais voir le responsable de l’équipe. En fait, tu ne gères pas du tout le manque de données de la même manière au sein d’un écosystème et dans le cadre de données libres.

Donc ça, ça été la première surprise métier, je ne m’attendais pas à cette logique. Ensuite, j’ai adoré travailler avec Jeanne et Clarisse ! Ça m’a fait du bien. Pour moi, l’humain est plus important que le projet en lui-même. Que ce soit l’équipe de SOGA ou les personnes du Comité, j’aime leur façon de travailler qui est très différente de ce que je connais en entreprise. Aussi, c’est une de mes premières expériences bénévoles aussi long terme dans mon domaine, donc ça me donne l’impression d’être utile. En revanche, c’est aussi très challengeant de composer entre mon activité, ma vie perso et le bénévolat, mais Jeanne est très compréhensive donc c’est agréable. Le tout c’est de fonctionner par priorités. Il peut y avoir des moments où je ne peux pas me consacrer au bénévolat, mais je sais que ce n’est pas grave et je reprends après. Ce qui est plus difficile c’est d’avoir des rituels quand on a un planning qui change toutes les semaines, mais avec Clarisse on commence à trouver une routine en programmant une réunion systématique et c’est ce qui fonctionne le mieux.

Tu vas bientôt aborder la phase 2 du projet. Qu'as-tu prévu dans ces prochains mois ? Quels seront vos besoins pour la mener à bien ?

Avant d’entamer la phase 2, il faut déjà terminer la phase 1 et avoir le socle de données prêt à être déployé. Je pense qu’au fur et à mesure, on aura moins besoin de moi en termes de développement, donc ce sera plus une question d’animation : présenter les données, mettre à disposition les outils, etc. D’ailleurs, ce n’est pas forcément moi qui vais m’en occuper, ce sera plus Jeanne et Clarisse. Mon objectif c’est vraiment de terminer la phase 1 et la livrer. 

En termes de besoins, en ce qui me concerne, ce sera surtout de la maintenance, dans la mesure où ce seront les utilisateurs et les responsables de réseaux qui fourniront les données et ce sera à nous de déterminer ce qu’on en fait. Pour permettre cette maintenance et faire en sorte que d’autres personnes puissent s’en saisir, j’ai tout développé en Python. C’est un langage que les développeurs, même sans être spécialistes data, maîtrisent et peuvent mettre à jour, et tout mis sur GitHub.

Qu'avez-vous prévu entre les deux phases ? Est-ce qu'il y aura des événements pour présenter les avancements du projet ?

Après ça, pour la partie data, on voudrait organiser un datathon et un meet-up sur Label Studio qui est un outil open source de labellisation des données. Ça se présente sous forme d’application web, donc on a accès aux données, on peut les filtrer, chercher celles qu’on veut, contrôler si elles sont bien dedans, etc. Dans notre cas, avec Jeanne, on a conçu un questionnaire qui permettra de déterminer si les données sont bien qualifiées, s’il faut les modifier, à quelle catégorie de l’ESS telle structure appartient, s’il manque des catégories ESS, pourquoi les gens décident de prendre cette raison, etc. Ainsi, on pourra enrichir les données et les labelliser.

Pour le meet-up Label Studio, nous allons rassembler principalement les personnes du comité data avec qui nous travaillons. L’objectif sera de savoir ce qui pour eux est bon et ce sur quoi nous devrons retravailler, est-ce que ça remplit bien l’objectif du projet, etc. Si tout est OK avec quelques retours, on fera le nécessaire pour y répondre, et si c’est pas OK on posera plein de questions et on leur donnera potentiellement des accès au réseau.

Un mot de la fin ?

J’ai bien aimé cette expérience, c’est challengeant en termes d’investissement et ça change de ce que je fais au quotidien. Là, je vais présenter ce que j’ai fait à des personnes techniques, ce qui est très différent de mon rôle de consultante dans une entreprise data où j’aide les gens à gérer leurs données. Contrairement à ce projet où je dois partir de données extérieures pour les mettre dans l’entreprise et les mettre à disposition. Ça m’a permis de me poser plein de questions d’architecture de données, de tester Claude Code, etc. 

Quatre études au premier trimestre 2025 et un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Dans une société toujours plus connectée mais profondément inégalitaire face au numérique, l’urgence climatique s’aggrave, amplifiée par nos usages digitaux. En ces mois de mars-avril 2025, quatre études importantes paraissent et sont sans appel: la transition numérique doit changer de cap. Le Social Good Accelerator, association qui documente, mobilise et promeut les acteurs de l’ESS numérique, mobilise ses membres et partenaires pour transformer ces défis en opportunités. À travers une approche collective et de mieux en mieux structurée, l’ESS numérique propose des réponses innovantes et solidaires, essentielles à l’inclusion numérique et à la sobriété environnementale – un rôle qui doit gagner en reconnaissance.

Inclusion numérique : le rôle de l’ESS pour combler les inégalité et amplifier les solidarités territoriales

Même si 94% des Français sont connectés à Internet, 15% restent éloignés du numérique car incapables d’utiliser les services essentiels en ligne. Plus frappant encore: 36% rencontrent des freins, faute de compétences numériques de base ou d’équipements adaptés. 

L’ESS numérique, avec ses diverses familles, (éducation populaire, plateformes solidaires, communs numériques), s’impose comme un pilier de l’inclusion. Elle soutient les politiques nationales et européennes par des solutions concrètes, adaptées aux territoires et aux publics.

Ces acteurs agissent concrètement sur le terrain, avec les moyens du bord :

  • Emmaüs Connect et Solinum facilitent l’accès aux équipements et accompagnent les plus fragiles.
  • Les Assembleurs et La MedNum œuvrent pour un maillage territorial renforcé des acteurs de l’inclusion numérique, en coordination avec les politiques publiques. Les acteurs de l’ESS dans le champ de l’inclusion numérique soulignent la nécessité d’alternatives aux démarches dématérialisées et la pérennisation des dispositifs comme Numérique Ensemble.

Impact environnemental : le poids croissant des données (et de l’IA ?)

Le numérique représente désormais 4,4% de l’empreinte carbone de la France, un chiffre en forte hausse, tiré par la croissance exponentielle des volumes de données et des usages, avec une trajectoire qui pourrait atteindre 7% d’ici 2040. Longtemps sous-estimé, le poids des données explose: aujourd’hui, les data centers (ou centres de données) représentent près de 46% de l’empreinte carbone du numérique, contre seulement 16% en 2020. Cette évolution s’explique par la croissance fulgurante des usages: streaming, cloud, intelligence artificielle générative, etc. Le stockage et le transfert de données deviennent ainsi les principaux responsables de l’impact environnemental du numérique.

Si la fabrication des terminaux reste le principal poste d’émissions (50%, en baisse par rapport aux data centers quoique les émissions totales connaissent une en forte hausse), l’impact des infrastructures de données – en particulier les centres de données – connaît une progression spectaculaire, notamment sous l’effet du développement de l’intelligence artificielle (IA) générative. Depuis fin 2022, l’IA générative (comme ChatGPT) s’est imposée à une vitesse inédite: 1 million d’utilisateurs en 5 jours, 100 millions en 2 mois, et aujourd’hui plus de 400 millions de visites hebdomadaires. Cette adoption massive a accéléré la demande en puissance de calcul et en stockage, poussant les acteurs du numérique à investir massivement dans de nouveaux centres de données et serveurs toujours plus puissants.

Selon le rapport intermédiaire du Shift Project (mars 2025), la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait passer de 460 TWh en 2022 à 1050 TWh d’ici 2026. En France, les nouveaux projets de centres de données dédiés à l’IA pourraient demander une augmentation de puissance installée supplémentaire dans la décennie à venir. Cette évolution place certains sites (Ile-de-France, Grand Est, etc…) au même niveau de consommation énergétique que des industries lourdes comme la sidérurgie. L’impact carbone de l’IA ne se limite pas à l’énergie: il englobe aussi la fabrication et le renouvellement accéléré des équipements (serveurs, processeurs, terminaux), la consommation d’eau pour le refroidissement, et l’artificialisation des sols liée à la construction de nouveaux centres de données. En plus, la consommation des IA génératives restent difficiles à comprendre, comme l’a prouvé Sam Altman, le PDG de OpenAI, en confirmant sur X que l’entreprise aurait perdu des “dizaines de millions de dollars” en coût d’électricité à cause des utilisateurs qui seraient “polis” avec ChatGPT.

 Le Shift Project estime que les émissions de gaz à effet de serre des centres de données pourraient atteindre entre 500 et 900 MtCOe au niveau mondial, soit augmenter de 80% à 200% d’ici 2030.

Là encore, des acteurs de l’ESS numériques proposent des solutions :

  • Emmaüs Connect, Commown, Télécoop, ADB Solidatech, Ecodair, la Fédération Envie réinventent l’usage des équipements via la location et le reconditionnement, y compris pour les plus fragiles
  • Data for Good et Latitudes développent des outils de mesure et d’optimisation de l’empreinte environnementale et plaident pour un usage raisonné de l’IA.
  • Open Food Facts, par le biais de son étiquetage environnemental, pourrait délivrer un label public de qualité pour les produits reconditionnés, indiquant également l’impact social et environnemental du reconditionneur.

La famille ESS numérique de l’économie circulaire, soutenue par notre réseau, joue un rôle clé en structurant des filières locales et durables, créatrices d’emplois.

L’ESS numérique : s’allier pour un numérique équitable, souverain et durable 

Nos actions s’inscrivent dans un écosystème riche :

  • Éducation populaire : formation numérique avec Les Assembleurs, Solinum.
  • Alternatives télécom : Télécoop innove en proposant un opérateur coopératif.
  • Communs numériquesOpen food facts, Data for Good, Emmaüs Connect construisent des bases de données ouvertes pour la transition environnementale.
  • Économie circulaire : Label Emmaüs développe des plateformes éthiques.

Chaque famille apporte une réponse spécifique, mais leur synergie est notre force. Ensemble, elles renforcent la capacité d’agir de l’ESS face aux défis numériques contemporains.

Il reste un chemin considérable à parcourir. Malgré 75 % des foyers connectés à la fibre ou au câble, des disparités territoriales subsistent. Des acteurs associatifs comme les Fournisseurs d’accès à internet associatifs œuvrent pour couvrir les zones mal desservies par les acteurs publics et les opérateurs économiques.

Selon l’Ademe, 78 % de l’empreinte carbone d’un PC est liée à sa phase de fabrication. Si une prise de conscience est observée pour les smartphones (27 % sont conservés plus de 3 ans), on ne peut pas en dire autant pour le matériel informatique. En effet, la moitié des smartphones (52%) prennent la poussière alors qu’ils pourraient être revalorisés par des acteurs locaux de l’insertion. Ainsi, ils permettraient la création d’emplois à forte valeur ajoutée économique, sociale et environnementale non délocalisables sur les territoires

Le Social Good Accelerator et ses partenaires, forts de leur expertise, s’engagent à amplifier cette dynamique. Nous appelons à un soutien renforcé des politiques publiques pour une transition numérique humaniste, fondée sur la coopération, l’innovation sociale et l’engagement écologique.

Notre projet phare pour 2025 : documenter les familles de l’ESS numérique pour créer de la connaissance, objectiver leur poids dans l’économique et la transition environnementale juste et mieux co-construire les solutions de demain. 

Rejoignez le mouvement et contribuez avec nous au développement et à la promotion de l’ESS numérique !


 Les quatre études parues en mars-avril 2025 sur l’impact environnemental et social du numérique :
  • La 4e édition de l’enquête annuelle “Pour un numérique soutenable” de l’Arcep (avril 2025). Cette étude approfondit l’empreinte carbone du numérique en France, avec une attention particulière à la progression des émissions liées aux centres de données et à l’impact croissant de l’intelligence artificielle. Elle intègre pour la première fois les données de 21 opérateurs-hébergeurs représentant la moitié des datacenters français. Cette mise à jour élargit le périmètre d’évaluation de l’empreinte carbone du numérique, en incluant notamment les usages français hébergés dans des centres de données à l’étranger. Elle fournit des chiffres actualisés sur la répartition des émissions entre terminaux, data centers et réseaux.  
  • Le Baromètre du numérique, publié chaque année, est une étude de référence qui dresse un état des lieux détaillé des usages, des équipements et des inégalités numériques en France. Réalisé par le Crédoc (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), ce baromètre est commandité par plusieurs institutions publiques : l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), le Conseil général de l’économie (CGE), et l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT). Ces organismes, engagés dans la régulation et la cohésion numérique du territoire, s’appuient sur les résultats du baromètre pour orienter les politiques publiques en matière d’inclusion et d’accessibilité numérique. L’édition 2025 met en lumière les progrès réalisés, mais aussi les persistantes fractures numériques, notamment sociales et territoriales, qui appellent des actions ciblées et concertées.
Sources additionnelles:
 Insee Première – 1953. Cette étude de l’INSEE rapporte des statistiques sur l’utilisation du numérique en France en 2021.
IA : 3 cas d’usages de l’intelligence artificielle pour l’intérêt général

IA : 3 cas d’usages de l’intelligence artificielle pour l’intérêt général

Le SOGA a lancé un groupe de réflexion pour comprendre les rapports entre l’IA et l’ESS, échanger sur les usages, l’éthique, la responsabilité et les alternatives de l’IA. Dans ce cadre, s’est tenu une réunion sous forme de webinaire le jeudi 18 avril 2024.

La discussion s’est ouverte par un sujet d’actualité : des entretiens d’embauche menés par des chatbots. Il a partagé l’histoire d’une jeune femme chargée de communication dont le processus de sélection du CV et l’entretien à distance ont été réalisés entièrement par des chatbots, pour finalement recevoir un refus de sa candidature également envoyé par un chatbot. Cette anecdote soulève une question essentielle : est-ce éthique d’utiliser des chatbots pour des processus de recrutement humains ? 

Cette réflexion est étroitement liée à la question de l’impact de l’IA sur les métiers, soulignant les défis et les dilemmes éthiques auxquels nous sommes confrontés dans un monde où la technologie évolue rapidement. Une belle introduction avant de laisser la parole aux 3 experts venus partager leur expertise dans le domaine de l’IA : Joël Gombin, Chief Data Officer chez Avneer; Lea Rogliano, chercheuse en éthique de l’IA chez FARI; et Guilhem Menard, co-fondateur de Share it.

 

Cas d’usage 1 : Outiller les aidants numériques sur les enjeux de l’IA et de la data

Léa Rogliano a partagé des retours précieux sur la manière d’outiller les aidants numériques pour aborder les enjeux de l’IA et des données. Elle a souligné le besoin urgent d’outiller les aidants numériques pour mieux comprendre et communiquer sur les implications éthiques et pratiques de l’IA et des données dans leurs activités. La chercheuse nous a présenté un projet pilote en cours chez FARI, axé sur la diversité et l’inclusivité, visant à comprendre les besoins des Espaces Publics Numériques (EPN) à Bruxelles. Ces EPN sont des lieux où le grand public peut accéder à internet et à d’autres technologies numériques, et recevoir de l’aide quant aux usages numériques. 

L’objectif principal était de saisir les besoins des aidants numériques, qui sont chargés d’aider les utilisateurs dans leur utilisation des technologies. Ils ont observé une forte demande pour des ressources et des formations spécifiques, soulignant que les aidants numériques préféraient souvent être formés sur place plutôt que de se déplacer vers des centres plus institutionnels. Ils ont souligné l’importance de créer des outils pédagogiques pour initier les pédagogues eux-mêmes aux enjeux de l’IA et de la data, ainsi que la nécessité de proposer des démonstrations concrètes de l’utilisation de l’IA pour optimiser les processus, telles que la création de chatbots ou de CV automatisés, pour susciter l’intérêt et la motivation du public des EPN. Les outils présentés visent à sensibiliser ces acteurs aux enjeux éthiques de l’IA et de la data, garantissant ainsi une utilisation responsable de ces technologies dans le secteur de l’ESS.

 

Cas d’usage 2 : les embeddings au service de l’orientation professionnelle

Joël Gombin a pris la parole pour partager les défis et solutions que présente l’utilisation de l’IA dans la création d’une application. Il a récemment développé l’application Avneer, qui aide les jeunes à trouver le métier qui leur correspond. Il s’adresse à ce jeune public en proposant un processus gamifié avec un avatar interactif. Lors du développement de l’application, plusieurs défis se sont posés. Premièrement, il a fallu créer un moteur de recommandation de métiers basé sur le matching entre les compétences des utilisateurs et les exigences des emplois, en utilisant des données ouvertes sur l’éducation, l’orientation et la formation. 

Deuxièmement, les variations et les erreurs potentielles lorsque l’utilisateur entre un terme dans la barre de recherche de l’application peuvent poser problème. Pour surmonter ce défi, ils ont opté pour l’utilisation de l’apprentissage automatique, en particulier les embeddings. Les embeddings sont une technique utilisée en intelligence artificielle pour représenter des mots ou des phrases sous forme de nombres sur un graphique en plusieurs dimensions. Cela permet à l’ordinateur de comprendre la signification et les relations entre les mots. Par exemple, dans un espace de dimensions, chaque mot est représenté par un ensemble de nombres qui capturent ses caractéristiques et ses associations avec d’autres mots. Cela permet à l’ordinateur de traiter le langage naturel de manière plus efficace et de mieux comprendre et répondre aux demandes hétérogènes des utilisateurs, facilitant ainsi la recherche de métiers pertinents. En utilisant des algorithmes sophistiqués, les embeddings permettent une meilleure correspondance entre les compétences des individus et les exigences des emplois, offrant ainsi une orientation professionnelle plus efficace.

 

Cas d’usage 3 – Intégration de l’IA : stratégies pour les acteurs de l’intérêt général

Guilhem Menard a abordé les défis spécifiques rencontrés par les acteurs de l’intérêt général dans l’adoption de l’IA. Co-fondateur de Share it, fort de ses 6 ans d’accompagnement de projets dans l’ESS, il  a mis en lumière le lancement d’un projet spécifique sur l’IA. La structure a constaté un faible nombre d’utilisations de l’IA au sein des associations, soulignant un décalage entre le secteur marchand et le secteur associatif en matière de numérisation. Ainsi, il a souligné l’importance d’outiller les structures de l’ESS pour tirer parti des avantages de l’IA. 

Il a identifié trois types de cas d’usage pour l’IA : l’utilisation générique, pour utiliser l’IA au quotidien afin de gagner en efficacité (gestion de projet, aide à la rédaction, traduction…); l’utilisation métier, plus spécifique du secteur (fundraising, marketing/com, accompagnement des bénéficiaires); l’utilisation “organisation”, permettant de repenser l’activité d’une organisation en s’appuyant sur l’IA.

Guilhem a ensuite présenté un programme ambitieux visant à acculturer et accompagner les acteurs de l’ESS à l’utilisation des IA génératives. Ce programme vise à accompagner 2000 structures d’ici 2026, dont 400 dès 2024 à Paris, à travers trois phases : la diffusion d’une veille technologique et de recommandations sur l’IA adaptées au secteur de l’ESS, l’organisation de webinaires d’acculturation et enfin, la formation des acteurs de l’ESS à l’usage de l’IA sur des cas métiers simples avec des temps de mise en pratique collectifs et individuels. 

 

Développement de l’IA dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

Développement de l’IA dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

Développement de l’intelligence artificielle dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

L’intelligence artificielle (IA) connaît une croissance fulgurante. Depuis l’arrivée de ChatGPT, le débat public s’est intensifié. Dans une lettre ouverte datée du 28 mars 2023, plus d’une centaine d’experts ont appelé à une pause dans le développement de certaines IA afin de mieux encadrer leurs implications éthiques.

Dans un précédent article, nous montrions que, dans des secteurs technologiques sous tension comme l’IA, le simple statut non lucratif ne suffit plus à garantir l’alignement avec les valeurs défendues par les organisations. C’est pourquoi les acteurs de l’économie sociale se montrent souvent prudents face à ces technologies.

Pourtant, le développement de l’IA dans l’économie sociale pourrait permettre de mettre la technologie au service de l’impact social.

Comprendre le fonctionnement de l’intelligence artificielle

Avant d’explorer ses usages, rappelons ce qu’est une IA.

Une intelligence artificielle est un ensemble de techniques permettant à une machine de simuler certaines capacités humaines : traitement du langage, reconnaissance d’images, prédiction, classification, etc.

Dans le cas de ChatGPT, le système repose sur un modèle de type GPT (Generative Pre-Trained Transformer), un réseau neuronal entraîné sur de vastes corpus de données. Il génère des réponses en analysant des probabilités statistiques et des associations linguistiques — non sur une compréhension réelle du contenu.

Ainsi, les outils actuellement disponibles relèvent davantage du machine learning avancé que d’une intelligence dotée d’un raisonnement autonome.

IA et campagnes de dons : améliorer le ciblage

Certaines organisations ont déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs stratégies de levée de fonds.

Le rouge correspond au démarchage classique non ciblé, le vert au ciblage classique et le bleu au ciblage effectué à l’aide d’algorithmes. L’intelligence artificielle améliore l’efficacité des campagnes de dons en identifiant les profils des donateurs et en orientant les mailings de la meilleure façon possible. Il s’agit donc d’un gain d’efficacité, de rentabilité, mais aussi d’un argument écologique en réduisant le nombre d’e-mails et donc l’impact carbone d’une campagne.

Des outils d’analyse prédictive permettent :

  • d’identifier les profils les plus susceptibles de donner,

  • d’optimiser les campagnes d’emailing,

  • de réduire les sollicitations inutiles,

  • d’améliorer le retour sur investissement (ROI).

L’algorithme permet d’affiner le ciblage par rapport aux méthodes traditionnelles, ce qui peut :

  • accroître l’efficacité financière,

  • réduire l’empreinte carbone des campagnes (moins d’emails, moins de papier),

  • améliorer la pertinence des messages.

Cependant, plusieurs limites subsistent :

  • manque de transparence des algorithmes,

  • absence de données open source,

  • difficulté d’évaluation indépendante de la performance réelle.

L’efficacité de ces dispositifs dépend fortement de la qualité des données disponibles.

Mesurer l’impact social grâce à l’analyse automatisée

La mesure d’impact est un enjeu central pour les organisations de l’économie sociale.

Or, quantifier la valeur sociale créée reste complexe et coûteux. L’intelligence artificielle peut contribuer à :

  • analyser à grande échelle les retours des bénéficiaires,

  • effectuer des analyses de sentiment sur les réseaux sociaux,

  • détecter des tendances dans les perceptions publiques,

  • structurer des données qualitatives en indicateurs exploitables.

Le développement d’outils d’IA spécifiquement conçus pour analyser l’impact social pourrait aider les organisations à :

Freins à l’adoption de l’IA dans l’économie sociale

Un expert en data science travaillant pour une grande mutuelle souligne plusieurs obstacles :

1. Une perception négative du secteur

L’IA est parfois perçue comme un domaine réservé aux « geeks », éloigné des préoccupations sociales.

2. Des difficultés de collecte de données

La structuration et la qualité des données sont souvent insuffisantes pour déployer des modèles prédictifs robustes.

3. Une transformation organisationnelle complexe

Dans des secteurs comme la mutualité, la gestion des risques repose historiquement sur l’expérience métier. Introduire des outils automatisés implique un changement culturel profond.

    Des bénéfices concrets déjà observables

    Malgré ces freins, des applications existent déjà :

    • tri automatique des emails et documents scannés,

    • optimisation de la relation bénéficiaire,

    • automatisation des demandes courantes,

    • détection des fraudes.

    Les résultats observés incluent :

    • un gain de temps significatif,

    • une amélioration de la qualité de service,

    • une meilleure allocation des ressources humaines.

    Conclusion : vers une IA éthique et responsable dans l’économie sociale

    L’intelligence artificielle soulève des questions éthiques majeures :

    • gouvernance des données,

    • biais algorithmiques,

    • respect de la vie privée,

    • transparence des modèles.

    Mais elle représente également une opportunité stratégique pour l’économie sociale.

    Selon Dr. Lobna Karoui, spécialiste de l’éthique de l’IA, l’intelligence artificielle peut devenir un levier puissant pour :

    • améliorer l’efficacité organisationnelle,

    • renforcer la connaissance des bénéficiaires,

    • optimiser l’impact social.

    À condition qu’elle reste un outil au service de l’humain, et non un substitut.

    Le défi pour l’économie sociale est clair :
    développer une IA alignée sur ses valeurs démocratiques, solidaires et responsables.

      FAQ — Intelligence artificielle et économie sociale

      L’intelligence artificielle est-elle compatible avec les valeurs de l’économie sociale ?

      Oui, si elle est développée de manière éthique, transparente et au service de l’impact social.

      Quels sont les principaux usages de l’IA dans l’économie sociale ?

      Ciblage des campagnes de dons, mesure d’impact, automatisation administrative, détection de fraudes, analyse de données.

      Quels sont les risques associés ?

      Biais algorithmiques, opacité des modèles, dépendance technologique, problèmes de gouvernance des données.

      Pourquoi l’adoption est-elle lente dans l’économie sociale ?

      Manque de compétences internes, réticences culturelles, ressources financières limitées.

      L’IA peut-elle remplacer les professionnels du secteur social ?

      Non. Elle peut assister, optimiser et analyser, mais elle ne remplace pas l’expertise humaine ni la relation sociale.

      Orange Digital Center : des espaces pour l’inclusion numérique en Europe

      Orange Digital Center : des espaces pour l’inclusion numérique en Europe

      Orange Digital Center : un programme international pour l’inclusion numérique

      À l’occasion de l’adhésion d’Orange au Social Good Accelerator (SOGA), découvrons ensemble l’initiative Orange Digital Center, un programme ambitieux en faveur de l’inclusion numérique dans les territoires.
      Nous avons échangé avec les équipes d’Orange pour mieux comprendre la philosophie, les ambitions et les premiers résultats de ce projet.

      Orange Digital Center

      Le premier Digital Center d’Orange, France
      Photo credit: Orange

      Un réseau international pour développer les compétences numériques

      Les Orange Digital Center sont des espaces ouverts et gratuits dédiés à l’apprentissage et au développement des compétences numériques.
      De la formation au code à la fabrication numérique, en passant par la création d’entreprise, ces lieux favorisent l’apprentissage par la pratique.

      Leur mission : permettre à chacun — étudiant, demandeur d’emploi, jeune décrocheur, entrepreneur — d’acquérir les compétences nécessaires pour évoluer dans un monde numérique.

      Les programmes de formation y sont conçus pour répondre à des besoins concrets :

      • ateliers de codage,
      • fablabs pour la fabrication numérique,
      • accompagnement à l’entrepreneuriat,
      • formation à la sécurité et à la responsabilité numérique.

      Une initiative déployée dans le monde entier

      À septembre 2022, 15 Orange Digital Center étaient déjà ouverts en Afrique et au Moyen-Orient (Tunisie, Sénégal, Cameroun, Éthiopie, Jordanie…).
      En Europe, le centre de Bruxelles a accueilli ses premiers apprenants au printemps 2022, suivi par celui de Saint-Ouen (France) en juin.

      D’autres centres verront bientôt le jour en Pologne, Luxembourg, Roumanie, Slovaquie, Espagne et Moldavie.
      À terme, le Groupe Orange prévoit d’implanter un Orange Digital Center dans chacun des pays où il opère.

      Cette initiative illustre la responsabilité sociétale du premier opérateur numérique français, avec une conviction forte :

      le numérique ne doit pas créer des fractures, mais des opportunités accessibles à tous.

      Le programme agit donc sur quatre dimensions clés :

      1. l’accès aux infrastructures et aux équipements,
      2. l’usage et l’accompagnement des publics,
      3. la montée en compétences,
      4. et la promotion de la diversité dans les métiers du numérique.

      Une construction locale et collaborative

      Chaque Orange Digital Center adapte sa programmation au contexte local, aux ressources disponibles et aux besoins des bénéficiaires.
      Les formations et ateliers sont co-construits avec un écosystème de partenaires :

      • fablabs de proximité,
      • Simplon au Sénégal,
      • BeCode en Belgique,
      • ou encore le programme AWS Restart en Tunisie.

      Cette approche collaborative permet de renforcer l’impact social du dispositif, en favorisant l’emploi, l’insertion professionnelle et la mixité dans les métiers du numérique.

      “Les parcours de formation associent le code, la fabrication et l’entrepreneuriat pour dynamiser les trajectoires des apprenants.”

      Les défis à relever et les solutions envisagées

      Déployer des centres dans 25 pays est un défi logistique et humain majeur.
      Orange en a déjà ouvert 17 et prévoit d’atteindre son objectif à court terme.

      Les principaux enjeux aujourd’hui :

      • maintenir la dynamique une fois le réseau complet,

      • favoriser la capitalisation et les échanges entre les différents centres,

      • et évaluer l’impact social sur les bénéficiaires.

      Pour y répondre, Orange multiplie les initiatives :

      • un appel à projets pour créer des formations de formateurs dans les fablabs ;

      • une mesure d’impact social sur certains programmes pilotes ;

      • et un partenariat avec le Social Good Accelerator pour croiser expertises et plaidoyer autour de la transition numérique inclusive en Europe.

      Zoom sur le centre de Saint-Ouen : inclusion et formation

      Le Orange Digital Center de Saint-Ouen, inauguré en juin 2022, a lancé son premier programme de préqualification “Envol Numérique destiné aux jeunes décrocheurs scolaires.
      Ce parcours de 5 semaines de formation et 3 semaines de stage vise à leur redonner le goût du numérique et à favoriser leur insertion professionnelle.

      Les participants y découvrent :

      • les bases du développement web et de la fabrication numérique ;

      • les compétences comportementales : communication, confiance en soi, travail en équipe ;

      • et les enjeux environnementaux et sociétaux du numérique.

      Le centre propose aussi :

      • des ateliers grand public pour apprendre à utiliser un smartphone ou paramétrer un contrôle parental ;

      • un fablab accessible pour s’initier à la conception 3D ou à l’électronique.

      Des ressources accessibles à toutes et tous

      L’Orange Digital Center met à disposition une variété de ressources gratuites :

      Découvrir la responsabilité numérique

      • ateliers en ligne sur la protection des données personnelles,
      • modules d’éducation numérique pour les parents,
      • programmes de sensibilisation avec la Fédération française de football sur l’usage responsable du numérique.

      Apprendre à utiliser les outils numériques

      • SuperCoders : ateliers ludiques pour les enfants hospitalisés,
      • Blabla Code : formation pour demandeurs d’emploi souhaitant renforcer leurs compétences digitales,
      • Fablabs : lieux ouverts équipés d’imprimantes 3D et de machines connectées pour expérimenter et innover.

      Entreprendre dans le numérique

      • guides et tutoriels pour créer son activité,
      • ressources pour les femmes entrepreneures,
      • outils pour protéger ses données et communiquer en ligne.


        Un levier majeur d’inclusion numérique

        Avec ses Orange Digital Center, le Groupe Orange déploie une approche concrète du numérique d’intérêt général :
        donner à chacun les moyens de comprendre, créer et entreprendre grâce au numérique.

        “Faire du numérique une opportunité pour tous, sans distinction d’âge, de milieu ou de territoire.”

        Pour en savoir plus : Je consulte le site internet d’Orange

        FAQ — Orange Digital Center et inclusion numérique

        Qu’est-ce qu’un Orange Digital Center ?

        C’est un espace de formation gratuit et ouvert à tous, dédié à l’apprentissage des compétences numériques, à l’entrepreneuriat et à la fabrication digitale.

        Où se trouvent les Orange Digital Center ?

        Les centres sont implantés dans plus de 17 pays en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe (France, Belgique, Tunisie, Cameroun, Sénégal, etc.), avec un objectif de 25 centres ouverts à terme.

        Qui peut y accéder ?

        Toute personne souhaitant développer ses compétences numériques : jeunes, demandeurs d’emploi, entrepreneurs, femmes en reconversion ou simples curieux.

        Quels types de formations sont proposés ?

        Des formations autour du code, de la fabrication numérique, de la responsabilité numérique et de l’entrepreneuriat social.

        Quel est le lien avec le Social Good Accelerator ?

        Le SOGA et Orange collaborent pour renforcer l’impact social du numérique en Europe et partager des bonnes pratiques de médiation numérique dans le cadre de leurs initiatives communes.