Observatoire de l’ESS numérique : interview de Nastasia Fouret, Data Architect

Observatoire de l’ESS numérique : interview de Nastasia Fouret, Data Architect

Le Social Good Accelerator a eu le plaisir d’interviewer Nastasia Fouret, fondatrice et consultante cheffe de projets Data/IA de Dot&Cie, et architecte data sur le projet Observatoire de l’ESS numérique développé par SOGA. Cette interview revient sur la première phase du projet, à savoir l’agrégation des données, sur ses enjeux, ses avancées ainsi que sur la deuxième phase qui s’annonce. Nastasia nous partage également son expérience en tant que bénévole pour SOGA, depuis fin janvier 2026 via Data for Good.

Peux-tu te présenter et nous dire ce que tu fais ?

Je suis Nastasia Fouret, j’interviens auprès de clients sur des problématiques data (gestion, datas d’infrastructures, gestion des stocks, des achats, etc.) ; en somme, tout ce qui permet à une entreprise de fonctionner. Mon rôle est de permettre leur utilisation et leur mise en visibilité pour que la structure puisse piloter son activité.

En quoi consiste le projet d'Observatoire ?

Le projet d’Observatoire de l’ESS numérique c’est un projet qui a pour objectif de mettre en visibilité les structures de l’ESS numérique et surtout de leur permettre de se reconnaître comme tel. C’est en somme un projet d’autodétermination qui a pour but d’aider les structures à se dire “Oui, je suis de l’ESS numérique” ou “Non, je ne suis pas de l’ESS numérique”. 

Quel est ton rôle dans le projet d'Observatoire de l'ESS numérique ?

J’ai commencé à travailler avec SOGA fin janvier via Data for good. Je devais intervenir en tant que data architect sur le projet de création de l’Observatoire. Je n’étais pas toute seule, il y avait Augustin de Chevigny, qui intervenait dans le cadre de ses études à Centrale Lille. En amont, et avec d’autres étudiants, il a mis en place les bases : l’identification des actrices et acteurs du secteur de l’ESS, leur répartition dans 8 familles de l’ESS numérique, etc. Et ce que j’ai fait, c’est reprendre toutes les règles de gestion qu’il avait appliqué et les “industrialiser” dans un process un peu data pour pouvoir reproduire cette analyse régulièrement plutôt que ce soit une analyse “one shot” et que de ce fait, on se retrouve avec un jeu de données qui ne se maintient pas dans le temps.

J’ai donc réfléchi à introduire des règles de gouvernance et d’architecture. L’idée étant d’essayer de trouver un juste milieu entre “il faut utiliser le plus d’outils open source, le plus de données qu’on met en forme nous-mêmes” et “il faut aller vite, avoir des données de qualité” même si ce n’est pas toujours facile de les avoir. L’enjeu derrière d’avoir des données mises en forme par nos propres moyens, c’est que l’on puisse mieux les tracker, qu’on soit en mesure de se dire “Ok, ces données proviennent de là, elles ont cette validité” ; on sait d’où elles viennent et on sait comment les obtenir à nouveau en cas de besoin.

Un autre aspect de mon travail c’est de rassembler des données, donc de solliciter les personnes qui seraient potentiellement de l’ESS numérique et de les faire se rassembler autour d’une table, de déterminer si oui ou non elles cochent les cases. Et pour ça il faut aussi poser le cadre : qu’est-ce qu’une structure numérique ? Quelles sont les différences ? Comment la notion même de numérique évolue ? Est-ce qu’on se reconnaît dedans ou pas ? etc. Mon rôle, c’est vraiment de créer cette impulsion en termes de source de données et de structure qui fera en sorte que, demain, les données pourront vivre, refléter et s’alimenter par rapport à la communauté numérique que l’Observatoire est en train de créer. 

Et en tant que bénévole, comment vis-tu ton expérience avec SOGA ?

Au départ, ce n’était pas un engagement très fort pour moi. Ma vision était plutôt orientée accompagnement d’un projet, mais au final j’ai trouvé le projet intéressant. Les personnes avec qui j’interagissais étaient vraiment agréables, et il se trouvait que j’avais un peu de temps à ce moment-là. Donc j’ai proposé à Jeanne de continuer de travailler sur le projet parce que ça changeait de ce que je faisais d’habitude : là, je n’avais pas les données sources. Je travaille souvent sur des données de gestion par exemple, qui sont disponibles parce que c’est l’entreprise qui les crée elle-même, donc je n’ai pas besoin d’aller les chercher, juste besoin de vérifier qu’elles sont bien alimentées. Et quand elles ne le sont pas, je vais voir le responsable de l’équipe. En fait, tu ne gères pas du tout le manque de données de la même manière au sein d’un écosystème et dans le cadre de données libres.

Donc ça, ça été la première surprise métier, je ne m’attendais pas à cette logique. Ensuite, j’ai adoré travailler avec Jeanne et Clarisse ! Ça m’a fait du bien. Pour moi, l’humain est plus important que le projet en lui-même. Que ce soit l’équipe de SOGA ou les personnes du Comité, j’aime leur façon de travailler qui est très différente de ce que je connais en entreprise. Aussi, c’est une de mes premières expériences bénévoles aussi long terme dans mon domaine, donc ça me donne l’impression d’être utile. En revanche, c’est aussi très challengeant de composer entre mon activité, ma vie perso et le bénévolat, mais Jeanne est très compréhensive donc c’est agréable. Le tout c’est de fonctionner par priorités. Il peut y avoir des moments où je ne peux pas me consacrer au bénévolat, mais je sais que ce n’est pas grave et je reprends après. Ce qui est plus difficile c’est d’avoir des rituels quand on a un planning qui change toutes les semaines, mais avec Clarisse on commence à trouver une routine en programmant une réunion systématique et c’est ce qui fonctionne le mieux.

Tu vas bientôt aborder la phase 2 du projet. Qu'as-tu prévu dans ces prochains mois ? Quels seront vos besoins pour la mener à bien ?

Avant d’entamer la phase 2, il faut déjà terminer la phase 1 et avoir le socle de données prêt à être déployé. Je pense qu’au fur et à mesure, on aura moins besoin de moi en termes de développement, donc ce sera plus une question d’animation : présenter les données, mettre à disposition les outils, etc. D’ailleurs, ce n’est pas forcément moi qui vais m’en occuper, ce sera plus Jeanne et Clarisse. Mon objectif c’est vraiment de terminer la phase 1 et la livrer. 

En termes de besoins, en ce qui me concerne, ce sera surtout de la maintenance, dans la mesure où ce seront les utilisateurs et les responsables de réseaux qui fourniront les données et ce sera à nous de déterminer ce qu’on en fait. Pour permettre cette maintenance et faire en sorte que d’autres personnes puissent s’en saisir, j’ai tout développé en Python. C’est un langage que les développeurs, même sans être spécialistes data, maîtrisent et peuvent mettre à jour, et tout mis sur GitHub.

Qu'avez-vous prévu entre les deux phases ? Est-ce qu'il y aura des événements pour présenter les avancements du projet ?

Après ça, pour la partie data, on voudrait organiser un datathon et un meet-up sur Label Studio qui est un outil open source de labellisation des données. Ça se présente sous forme d’application web, donc on a accès aux données, on peut les filtrer, chercher celles qu’on veut, contrôler si elles sont bien dedans, etc. Dans notre cas, avec Jeanne, on a conçu un questionnaire qui permettra de déterminer si les données sont bien qualifiées, s’il faut les modifier, à quelle catégorie de l’ESS telle structure appartient, s’il manque des catégories ESS, pourquoi les gens décident de prendre cette raison, etc. Ainsi, on pourra enrichir les données et les labelliser.

Pour le meet-up Label Studio, nous allons rassembler principalement les personnes du comité data avec qui nous travaillons. L’objectif sera de savoir ce qui pour eux est bon et ce sur quoi nous devrons retravailler, est-ce que ça remplit bien l’objectif du projet, etc. Si tout est OK avec quelques retours, on fera le nécessaire pour y répondre, et si c’est pas OK on posera plein de questions et on leur donnera potentiellement des accès au réseau.

Un mot de la fin ?

J’ai bien aimé cette expérience, c’est challengeant en termes d’investissement et ça change de ce que je fais au quotidien. Là, je vais présenter ce que j’ai fait à des personnes techniques, ce qui est très différent de mon rôle de consultante dans une entreprise data où j’aide les gens à gérer leurs données. Contrairement à ce projet où je dois partir de données extérieures pour les mettre dans l’entreprise et les mettre à disposition. Ça m’a permis de me poser plein de questions d’architecture de données, de tester Claude Code, etc. 

Opportunités et défis de l’IA pour l’économie sociale

Opportunités et défis de l’IA pour l’économie sociale

Le rôle des communs de données dans l’IA pour l’économie sociale

Du 12 au 15 mai 2025, Eline Coustenoble, chargée de capitalisation au Social Good Accelerator, a participé au EU-US Young Leader Seminar 2025. Le séminaire a abordé l’IA pour l’économie sociale, ses opportunités et ses défis pour les organisations de l’ESS. Dans cet article, elle détaille les conversations et leurs implications pour l’association, l’ESS, et le monde de la technologie.

L’événement était organisé par la European Union Delegation to the United States, le German Marshall Fund of the United States et la Commission for Educational Exchange between the U.S., Belgium and Luxembourg.
(suite…)

‘It was a successful experience’, Social Economy Europe’s view on the European Social Economy Summit.

"Une expérience réussie", le point de vue de Social Economy Europe sur le Sommet européen de l'économie sociale.

“Ce fut une expérience réussie”, Social Economy Europe à propos du sommet européen de l'économie sociale.

Le sommet européen de l'économie sociale et solidaire a rassemblé près de 2000 participants le 5 et 6 mai 2022 à Strasbourg. Organisé dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne avec le soutien de l’Eurométropole de Strasbourg, l’objectif était de discuter de place de l'économie sociale dans l'Union européenne et de son avenir autour de conférences, d’ateliers et de rencontres.

Le Social Good Accelerator, membre du comité de pilotage de l’évènement, était présent et a contribué à la promotion et diffusion de ses idées à savoir la sensibilisation sur la nécessaire transition numérique de l’économie sociale et solidaire (ESS) par le biais de deux ateliers et d’une conférence.

Notre membre, Social Economy Europe, membre également du comité de pilotage de l’évènement a participé à ce sommet par le biais de nombreux ateliers et conférences.

Cette interview avec Victor Meseguer, Directeur au sein de Social Economy Europe, a pour but d’enrichir le retour d’expérience sur ce sommet européen majeur pour l'économie sociale.

Du côté de Social Economy Europe, comment vous êtes-vous préparé à cet évènement ?

La préparation de l’événement a débuté en juin 2021. La première réunion a eu lieu avec Pierre Roth et Sandra Guilmin à Bruxelles à l’époque où ils étaient en train d’explorer les différentes options de financement du sommet européen de l’ESS (ci-après “Conférence”). À cette époque, on savait déjà que la Présidence française du Conseil de l’Union européenne allait se tenir donc on espérait une forte présence de la Présidence française mais aussi une forte présence de la Commission européenne qui était présente à travers des ressources humaines et des représentants politiques. En juillet 2021, l’équipe de Social Economy Europe (SEE) s’est déplacée à Strasbourg avec les présidents et co-présidents de l’intergroupe économie sociale du Parlement européen pour avoir une réunion avec la maire de Strasbourg. Les échanges ont porté sur les attentes liées à la Conférence.

Cette Conférence était attendue comme la grande Conférence européenne de l’économie sociale en 2022. On peut aussi dire qu’il y a eu une sorte de passation de légitimité à la fin du sommet de l’ESS de Mannheim en 2021.

A partir de là, la façon de travailler a été similaire à celle du SOGA notamment par le biais de réunions pour co-construire l'événement. La valeur ajoutée de SEE a également été similaire à celle du SOGA. Nous avons eu pour but de créer des ponts entre les acteurs, de s’assurer que la Conférence ait une dimension européenne, qu’elle réponde bien aux intérêts des acteurs de l’économie sociale. Notre valeur ajoutée comme réseau est notre capacité à mobiliser des personnes, réseaux et organisations partout en Europe.

Aussi, du côté de SEE, nous avons organisé notre assemblée générale à Strasbourg, la veille de la Conférence, ce qui a permis de mobiliser la plupart de nos membres. 

Du côté de SEE, comment se sont déroulés les ateliers ? Notamment celui sur transition pathways, qu’en retenir ?

C’était un atelier intéressant. On a mobilisé entre 30 et 50 personnes. Il y avait dans la salle des acteurs clés de l’économie sociale : à la fois des grands réseaux européens, par exemple Coopérative Europe, Philea, ESS France Outremer et d'autres. Nous avons aussi réussi à mobiliser deux acteurs fortement mobilisés pour l’économie sociale dans les territoires : la région de Bruxelles et la région de Navarre au Nord de l’Espagne. 

"C'était une expérience réussie", une première possibilité de faire de la pédagogie sur un sujet qui est difficile à comprendre, non qu’il soit difficile en tant que tel, mais c’est surtout la terminologie, l’argot qui peut poser problème. Lorsque l’on parle de transition pathways pour l’économie sociale, on parle d’un grand plan stratégique où tout le monde doit être partie prenante et exprimer ses attentes et ses besoins. Sur ce dernier point, il y a un problème de connexion avec la réalité. Donc cet atelier a été une étape pour commencer à expliquer l’exercice qu’on est en train de faire et son importance. 

Aussi, nous avons recueilli des informations intéressantes. D’abord, le problème avec le transition pathways, c’est que l’on a beaucoup accès à des experts généralistes, à des gens qui connaissent très bien le sujet “économie sociale” dans son entièreté. Mais il est difficile de trouver des gens avec une expertise sur la transition verte et la transition digitale.Il y a un second problème. On ne capture pas l’ensemble de la réalité de l'économie sociale. Il faut capturer l’ensemble de la réalité de l’économie sociale qui est beaucoup plus large. Le Social Good Accelerator a un rôle clé à jouer sur ce point pour faire participer son réseau. 

Vous aviez un stand partagé avec ESS France et la CRESS Grand Est. Quelles ont été les interactions avec le public ?

Nous avons eu pas mal de personnes de milieu très divers qui sont passées notamment la représentante d'une association grecque, un journaliste d’Euractiv par exemple. Beaucoup d'entre eux ont demandé des informations sur l'économie sociale et des informations pour nous rejoindre.  

Juan Antonio Pedreño présente la vision de Social Economy Europe pour l'avenir du secteur sur le continent, à Strasbourg.

Crédit photo : Social Economy Europe

L’économie sociale, le futur de l’Europe : c’était là le nom de ce forum. Que retenir de ce sommet pour le futur de l’ESS ?

On peut retenir ces mots-clés : alliance, changement d’échelle, grands objectifs macro économiques. Notre objectif est en effet de passer de 6.3% de l’emploi en matière d’ESS en Europe (soit 13,6M d’emploi) à 10% (soit plus de 22M d’emploi) en 2030 à l’horizon du plan d’action.

"Le plan d’action pour l’économie sociale est notre fenêtre d’opportunité pour grandir."

Ce n’est pas grandir pour grandir, ce n’est pas grandir pour plus d’argent mais c’est grandir pour créer plus d’emploi de qualité en Europe, pour créer plus d’insertion pour des collectifs défavorisés et/ou en risque d'exclusion sociale, pour créer plus d’innovation sociale, environnementale et technologique et pour être le grand acteur en Europe des transitions digitales, vertes et justes.Pour grandir, il faut se rencontrer et se connaître. Il faut construire plus d’alliance à l’échelle européenne en partant du local. On a, à ce sujet, une grosse fenêtre d’opportunité à notre table avec le plan européen de l’économie sociale.

Êtes-vous satisfait de ce sommet ?

On est très satisfait car il y avait 2000 personnes inscrites. Il y avait quand même un risque que ce soit très francophone, je ne pense pas que ça ait été le cas. J’ai vu es gens de partout en Europe : de la Lituanie, de l’Ukraine, de la Lettonie, de la Pologne, de la Roumanie, de l’Irlande.

On constate aussi que tout est en place pour sauter. C’est l’image du trampoline. Pour sauter, il faut beaucoup de coopération et d’alliances. Le principe de l’économie sociale est la coopération mais on peut beaucoup mieux faire sur ce terrain.

Quelles sont les prochaines étapes pour Social Economy Europe ?

Les prochaines étapes sont de continuer à grandir. Nous avons récemment acceuilli deux nouveaux membres, un membre ukrainien et un membre polonais. Nous sommes la voix des 2,8M d’organisation de l’économie sociale en Europe. On vise à représenter des réseaux européens mais aussi paneuropéen.

Nous avons 2 autres objectifs clés qui vont arriver rapidement. Avant l’été, nous souhaitons rédiger un policy paper sur la mise en œuvre du plan d’action avec des propositions concrètes. Depuis 2014, on a fait deux propositions de plan d’action. Par exemple, nous avons demandé la plateforme unique sur l’économie sociale, que la Commission européenne a accepté. Mais aujourd’hui il faut aller plus loin et dire ce qu’on veut exactement à travers cette plateforme. Le nouveau policy paper portera sur ce sujet. En parallèle, nous engageons un processus de réflexion stratégique pour consolider l’organisation.

Un article écrit par

Justine Coopman
justine(at)socialgoodaccelerator.eu
Affaires publiques et Communication
Lille, France
La MedNum, “a singular structure” for digital inclusion

La Mednum, « une structure singulière » pour l’inclusion numérique

La Mednum, « une structure singulière » pour l’inclusion numérique

Le 15 mars 2022, Guilhem Pradalié, Directeur Général de la MedNum, membre du Social good accelerator, nous a accordé un entretien au cours duquel il revient sur ce qu'est la MedNum, quels sont ses projets, défis et son rôle au sein du SOGA.

Guilhem Pradalié
Directeur Général de La MedNum

Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Issu d’une formation économique et d’un master de Sciences Po Paris, j’ai un parcours d’une dizaine d'années dans la mutualité, au sein de la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN). J’ai travaillé sur différents programmes numériques et innovations puis à la direction stratégie du groupe.

J’ai ensuite été conseiller du Président, chargé des questions économiques et financières, de la stratégie et des engagements numériques jusqu’en septembre 2021. J’ai rejoint la Mednum en tant que Directeur général en octobre 2021. Attaché aux questions d’inclusion et de médiation numériques, je mobilise les équipes de la coopérative pour faciliter et amplifier l’action vertueuse des sociétaires de la MedNum dans tous les territoires.

Qu’est-ce que la MedNum ?

La MedNum est une structure singulière. En effet, il s’agit d’une coopérative (NDLR Société coopérative d’intérêt collectif, soit une SCIC) qui rassemble des sociétaires très divers, tous acteurs de l’inclusion numérique. Elle remplit des missions de représentation et de structuration d’un secteur tout en menant des activités “projet” et “conseil” autour de l’industrialisation de solutions d’inclusion numérique. Nous travaillons ainsi avec nos sociétaires à la création de projets nationaux. L’objectif est de faire grandir le secteur tout en portant la voix de ses acteurs.

Qui compose la MedNum ?

L'équipe est composée d’une quinzaine de salariés. Dernièrement, nous avons opéré une réorganisation des activités autour de 3 directions : une direction étude et plaidoyer, une direction projet qui est transversale et une direction finance et services aux sociétaires qui devrait voir le jour à la fin du 1er semestre. La direction générale porte enfin les pôles communication et vie coopérative, essentiels à la bonne animation de nos réseaux et la mise en lumière des actions de nos sociétaires.

Mais la MedNum est composée de parties prenantes très diverses : plus de 100 sociétaires, des collectivités territoriales, l’État, les acteurs économiques et d’autres types d’acteurs comme des personnes physiques, des acteurs de la médiation numérique qui portent ensemble, au-delà de l’enjeu social, les valeurs du libre, des communs… bref, d’un numérique au service de l’intérêt général.

En parlant des valeurs, quelles sont celles de la MedNum ?

Nous avons avant tout un attachement à la chose commune et à l’intérêt général. Cela se traduit dans la forme même de notre coopérative et dans son fonctionnement. Nous intervenons plus largement sur l’ensemble des sujets en développant l’idée d’un numérique responsable et accessible à tous (santé, territoires, éducation, accueil des réfugiés, culture…). Nous sommes évidemment très attachés à la culture de l’internet libre et des communs, comme bon nombre de nos sociétaires.

Vous mettez ces valeurs en œuvre notamment à travers les projets que vous réalisez. Lequel de ces projets vous rend le plus fier ?

Difficile de choisir tant les projets sont tous importants ! Mais je dirais, en raison du contexte actuel de la guerre en Ukraine, que “refugiés.info” est celui qui me rend le plus fier. Les équipes s’y sont engagées personnellement, en mettant toutes leurs compétences à son service. Il y a un gros investissement humain sur ce projet qui opère, en ce moment, la plateforme officielle du gouvernement pour la mise en relation des français voulant apporter leur aide pour l’hébergement avec des associations et les personnes en exprimant le besoin.

En quoi le projet Réfugiés.info consiste-t-il ?

In “normal” times, it is an information portal, contributory and open-source, co-developed with the Interministerial Delegation for the Reception and Integration of Refugees, which provides simple and translated information to refugees and their carers.

This project helps refugees to find an initiative, a training adapted to their situation, to understand the administrative procedures or to consult the directory to find an association.

This platform works like Wikipedia: everyone can contribute by writing or translating practical information.

Si vous deviez résumer les principaux enjeux de la MedNum actuellement quels seraient-il ?

D’abord ce serait réussir à faire entendre la voix de nos sociétaires lors des différentes élections à venir, présidentielles et législatives. Nous avons de gros objectifs autour des projets data cette année, mais également autour du lancement d’une version 2 des plateformes téléphoniques d’aide et d’accompagnement aux usages du numérique du quotidien.

 
 

Les élections présidentielles arrivent bientôt en France. Vous avez d’ailleurs publié vos propositions pour l’élection présidentielle de 2022. À ce sujet, à quel problème répondez-vous et quelles solutions préconisez-vous ? 

En France, plus de 14 millions de personnes seraient en situation de fragilité numérique, c’est-à-dire éloignées, non équipées et/ou en grande difficulté avec les différents usages du numérique. C’est à ce problème de justice sociale que nous répondons.

Nous préconisons des actions sur 4 thématiques importantes pour nos sociétaires : l’éducation, l’emploi et le pouvoir d’achat, la santé et l’environnement.

Nous insistons avant tout sur la nécessité de créer une véritable filière professionnelle de la médiation numérique, par exemple en travaillant sur la stabilité des financements aux structures de l’inclusion numérique, d’offrir des services numériques accessibles à tous et partout et de promouvoir un numérique d’intérêt général, libre, ouvert, universel et collectif.

En matière d’éducation, nous proposons de faire de l’éducation numérique une priorité dans l’enseignement, du primaire au supérieur, pour former les citoyens éclairés de demain, et d’outiller, de sensibiliser et de former les professionnels de l’éducation et de l’accompagnement social. Mais également d’affirmer les complémentarités entre médiation et éducation numérique tout en donnant une attention spécifique aux publics particulièrement éloignés.

Sur les questions d’emploi et de pouvoir d’achat, nous oeuvrons pour intensifier les efforts de formation et d’accompagnement au numérique pour les jeunes et les demandeurs d’emploi ; pour faire de l’entreprise un véritable lieu d’apprentissage du numérique ; pour accompagner les petites structures dans leur transformation numérique et pour faire du numérique un accélérateur de pouvoir d’achat des citoyens. Nous défendons, par exemple, la mise en œuvre d’un réel “tarif social internet” pour les ménages modestes.

En matière de santé, enfin, la MedNum propose d'agir au plus près des personnes en situation de fragilité pour leur garantir un accès aux informations et aux soins, de renforcer la dynamique d’acculturation entre la médiation numérique et le monde de la santé et de créer les conditions de la confiance des usagers dans l'utilisation du numérique en santé.

Enfin, quels sont vos liens et vos attentes vis-à-vis du Social Good Accelerator ?

La MedNum est membre du Social Good Accelerator depuis deux ans. Nous sommes partenaires du projet Social Tech Academy, qui explore les compétences numériques de l'ESS pour créer un portail d'information, et membres du groupe de travail European Public Affairs.

Pour de nombreuses personnes, les questions européennes semblent encore lointaines, mais nous sommes convaincus que la gestion de projets de cette envergure est efficace, tant en termes de partage de bonnes pratiques avec nos voisins que de stimulation de développements politiques intéressants pour le secteur de l'économie sociale et l'inclusion numérique en particulier.

Faire partie du Social Good Accelerator nous permet de disposer d'un environnement commun pour exprimer nos attentes et mettre en commun les moyens de les réaliser. Cette démarche s'inscrit dans le prolongement direct de la manière dont nous travaillons avec nos membres et est particulièrement en phase avec nos valeurs.

Un article écrit par

Justine Coopman
justine(at)socialgoodaccelerator.eu
Affaires publiques et Communication
Lille, France
Interview avec Matt Stokes, chercheur principal à la Fondation Nesta : Les enjeux de l’innovation numérique sociale

Interview avec Matt Stokes, chercheur principal à la Fondation Nesta : Les enjeux de l’innovation numérique sociale

Le Social Good Accelerator a eu le plaisir d’interviewer Matt Stokes, chercheur principal en économie collaborative à la Fondation Nesta et responsable du projet DSI4EU financé par Horizon 2020. Cette interview explore ses opinions sur le #SocialGoodTech et sa collaboration avec notre étude européenne, où il fait partie du comité d’experts. Les premiers résultats seront présentés en novembre 2018.

Pouvez-vous nous présenter le projet DSI4EU et la Fondation Nesta ?

La Fondation Nesta est une fondation d’innovation mondiale ayant pour mission de soutenir les nouvelles idées afin de relever les grands défis de notre époque. Grâce à notre expertise, nos réseaux, notre financement et nos compétences, nous travaillons dur pour créer des opportunités, répondre à des défis, façonner des idées en solutions pratiques et orienter les systèmes dans une nouvelle direction.

Nous travaillons dans le domaine de l’innovation sociale numérique (ISN) depuis 2013, en soutenant les personnes, projets et organisations à travers l’Europe qui utilisent des technologies ouvertes et collaboratives pour résoudre des défis sociaux. Nous avons publié des rapports majeurs tels que Growing a Digital Social Innovation Ecosystem for Europe et What Next for Digital Social Innovation?, et développé un hub en ligne pour la communauté sur digitalsocial.eu, où l’on trouve des informations, des études de cas, des opportunités de financement, des événements et la plus grande base de données européenne d’organisations et projets ISN.

Le projet est soutenu par la Commission Européenne. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce partenariat ?

L’une des valeurs fondamentales de Nesta est de ne jamais travailler seule. Depuis notre entrée dans le domaine de la DSI, nous avons collaboré avec plusieurs organisations. Actuellement, nous travaillons avec six organisations : Waag (Pays-Bas), WeMake (Italie), betterplace lab (Allemagne), Barcelona Activa et Fab Lab Barcelona (Espagne), et ePaństwo Foundation (Pologne). Nous mettons en commun nos compétences, réseaux et connaissances pour maximiser notre impact.

Notre travail dans la DSI a été possible grâce au financement généreux de la Commission Européenne, en particulier de la DG-CONNECT. La Commission a été l’une des premières grandes institutions à reconnaître le potentiel de la technologie pour résoudre des défis sociaux et a financé plus de 50 projets dans le programme Horizon 2020, notamment dans le programme CAPS (Collective Awareness Platforms for Sustainability).

Notre rôle est d’aider à définir une agenda commune pour la ISN en Europe, d’influencer les politiques et de créer de nouvelles connexions pour accélérer la croissance et maximiser l’impact.

Quels sont les principaux résultats du projet DSI4EU ? Quelles sont les perspectives pour les mois à venir ?

Le cœur du projet est le site digitalsocial.eu, qui est une ressource précieuse pour tous les types de parties prenantes. Actuellement, nous investissons massivement dans son développement pour le rendre encore plus utile, notamment en augmentant la bibliothèque des études de cas.

Dans le cadre de notre projet actuel, nous sommes ravis de renforcer notre engagement politique, avec le développement d’un DSI Index qui mesurera comment différents pays et villes soutiennent la DSI et offrira un réservoir d’idées pour les décideurs politiques. Nous développons également six DSI clusters, des programmes d’activités concentrées sur des domaines sociaux spécifiques, qui aident les praticiens à maximiser leur impact. Côté recherche, nous commençons à travailler sur des sujets tournés vers l’avenir, notamment sur l’impact des tendances technologiques émergentes sur la DSI et la construction de scénarios futurs positifs pour l’utilisation de la technologie pour résoudre des défis sociaux.

Pourquoi est-il important que le Social Good Accelerator s’engage dans "Plus de Tech pour le Bien Social, plus de Bien Social dans la Tech" en Europe ?

Cet engagement est crucial car il va droit au cœur de ce que la DSI cherche à accomplir. Ces dernières années, l’innovation sociale a attiré de plus en plus d’attention, mais relativement peu a été consacré à la façon dont la technologie peut être utilisée comme un outil. Beaucoup d’acteurs dans le secteur social, y compris les associations, manquent de compétences numériques et peinent à exploiter les opportunités. Dans le même temps, des sommes colossales ont été investies dans la recherche et l’innovation pour des technologies numériques, mais une fraction infime a été allouée à l’innovation numérique orientée vers le social.

Le secteur social doit prendre en compte cette dynamique pour influencer le développement de la technologie de manière responsable, éthique et inclusive. C’est là que la DSI joue un rôle clé : en orientant les innovations numériques dans des directions qui respectent les principes d’inclusivité et de responsabilité.

Que pouvons-nous faire ensemble pour accélérer l’innovation sociale numérique ?

Il existe de nombreuses opportunités de collaboration : événements, contributions à la recherche, efforts communs pour influencer les politiques et renforcer les réseaux. Nous croyons qu’une des raisons pour lesquelles la DSI n’a pas encore atteint son plein potentiel est le manque d’une agenda partagée et d’un sentiment de communauté. Nous devons construire ce mouvement ensemble pour augmenter l’impact de la DSI. Il est essentiel de travailler avec des organisations à travers et au-delà de l’Europe pour maximiser l’impact de ce domaine.