Quatre études en 2025, un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Quatre études en 2025, un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Quatre études en 2025, un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Dans une société toujours plus connectée mais profondément inégalitaire, le numérique alourdit l’empreinte écologique. En mars-avril 2025, quatre études clés dressent le même constat : il faut changer de cap. Le Social Good Accelerator (SOGA) mobilise ses membres pour structurer des réponses collectives et solidaires à ces défis. L’ESS numérique incarne cette troisième voie : inclusive, éthique et durable.

Inclusion numérique : un rôle clé pour l’ESS

Même si 94 % des Français sont connectés, 15 % restent exclus des services numériques.

Empreinte environnementale : explosion du poids des données

Le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone française, tiré par les data centers et l’IA générative.

Une force collective pour un numérique souverain et éthique

De l’éducation populaire aux plateformes coopératives en passant par les communs numériques, les acteurs de l’ESS numérique apportent des réponses complémentaires.

  • Leur structuration collective est essentielle pour bâtir une souveraineté numérique européenne fondée sur des valeurs humaines.

Notre projet 2025 : documenter l’ESS numérique

SOGA lance une grande enquête pour objectiver l’impact des différentes familles de l’ESS numérique :

  • Insertion & économie circulaire : formation numérique avec Les Assembleurs, Solinum.

  • Éducation populaire & inclusion : Télécoop innove en proposant un opérateur coopératif.

  • Communs numériques & open data : Open food facts, Data for Good, Emmaüs Connect construisent des bases de données ouvertes pour la transition environnementale.

  • Plateformes solidaires & souveraines : Label Emmaüs développe des plateformes éthiques.

Objectif : mieux coconstruire les politiques publiques de demain.

Ce que disent les études clés du printemps 2025 :

  • ARCEP : explosion des émissions liées aux data centers.

  • ARCEP x ADEME : trajectoires alarmantes si rien n’est fait d’ici 2030.

  • Crédoc : des inégalités numériques persistantes, surtout chez les publics fragiles.

  • Shift Project : l’IA générative menace les équilibres énergétiques.

Rejoignez le mouvement

Soutenir l’ESS numérique, c’est défendre un numérique utile, humain et durable.
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✅ Qu’est-ce que l’ESS numérique ?

L’ESS numérique désigne l’ensemble des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire qui développent ou utilisent des outils numériques au service de l’intérêt général. Cela inclut les structures d’insertion, les communs numériques, les plateformes coopératives ou les initiatives d’inclusion numérique. Ces organisations allient innovation technologique, gouvernance démocratique et impact social ou environnemental.

🌐 Quel est le rôle de l’ESS dans la transition numérique ?

L’ESS joue un rôle fondamental pour rendre la transition numérique plus inclusive, éthique et durable. Elle agit concrètement sur le terrain pour :

  • Réduire les inégalités d’accès au numérique

  • Promouvoir des solutions alternatives aux GAFAM

  • Encourager le reconditionnement des équipements

  • Défendre la souveraineté numérique européenne

📉 En quoi le numérique aggrave-t-il l’impact environnemental ?

Le numérique a une empreinte carbone croissante, due à :

  • La fabrication d’équipements (ordinateurs, smartphones)

  • L’explosion des volumes de données à stocker et à traiter

  • Le développement rapide de l’intelligence artificielle générative
    Les centres de données, en particulier, consomment de plus en plus d’énergie et de ressources naturelles.

✅ Qu’est-ce que l’ESS numérique ?

L’ESS numérique désigne l’ensemble des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire qui développent ou utilisent des outils numériques au service de l’intérêt général. Cela inclut les structures d’insertion, les communs numériques, les plateformes coopératives ou les initiatives d’inclusion numérique. Ces organisations allient innovation technologique, gouvernance démocratique et impact social ou environnemental.

🧠 Que propose l’ESS pour un numérique plus responsable ?

L’ESS numérique propose des alternatives concrètes comme :

  • Le reconditionnement d’équipements (Ecodair, Envie, Emmaüs Connect)

  • Des opérateurs télécoms coopératifs (Télécoop)

  • Des bases de données ouvertes (Open Food Facts)

  • Des outils de mesure de l’empreinte numérique (Data For Good, Latitudes)

🗺️ Quelles sont les grandes familles d’acteurs de l’ESS numérique ?

On peut regrouper l’ESS numérique en plusieurs familles :

  • Économie circulaire : réemploi, réparation, reconditionnement

  • Éducation populaire : inclusion et formation numérique

  • Communs numériques : outils libres et open data

  • Plateformes coopératives : alternatives éthiques aux plateformes dominantes

📊 Quelles études récentes documentent ces enjeux ?

Plusieurs rapports publiés au premier trimestre 2025 renforcent l’alerte :

  • Le Baromètre du numérique 2025 (Crédoc, ARCEP, ANCT)

  • Le rapport intermédiaire du Shift Project sur l’IA

  • L’étude ARCEP x ADEME sur la trajectoire environnementale du numérique

  • Le rapport annuel Pour un numérique soutenable (ARCEP)

🤝 Comment soutenir ou rejoindre le mouvement ESS numérique ?

Vous pouvez :

  • Adhérer au Social Good Accelerator pour rejoindre une communauté engagée

  • Faire un don pour soutenir les projets de transformation numérique éthique

  • Participer à nos événements ou contribuer à nos groupes de travail

Opportunités et défis de l’IA pour l’économie sociale

Opportunités et défis de l’IA pour l’économie sociale

Le rôle des communs de données dans l’IA pour l’économie sociale

Du 12 au 15 mai 2025, Eline Coustenoble, chargée de capitalisation au Social Good Accelerator, a participé au EU-US Young Leader Seminar 2025. Le séminaire a abordé l’IA pour l’économie sociale, ses opportunités et ses défis pour les organisations de l’ESS. Dans cet article, elle détaille les conversations et leurs implications pour l’association, l’ESS, et le monde de la technologie.

L’événement était organisé par la European Union Delegation to the United States, le German Marshall Fund of the United States et la Commission for Educational Exchange between the U.S., Belgium and Luxembourg.
(suite…)

Quatre études au premier trimestre 2025 et un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Dans une société toujours plus connectée mais profondément inégalitaire face au numérique, l’urgence climatique s’aggrave, amplifiée par nos usages digitaux. En ces mois de mars-avril 2025, quatre études importantes paraissent et sont sans appel: la transition numérique doit changer de cap. Le Social Good Accelerator, association qui documente, mobilise et promeut les acteurs de l’ESS numérique, mobilise ses membres et partenaires pour transformer ces défis en opportunités. À travers une approche collective et de mieux en mieux structurée, l’ESS numérique propose des réponses innovantes et solidaires, essentielles à l’inclusion numérique et à la sobriété environnementale – un rôle qui doit gagner en reconnaissance.

Inclusion numérique : le rôle de l’ESS pour combler les inégalité et amplifier les solidarités territoriales

Même si 94% des Français sont connectés à Internet, 15% restent éloignés du numérique car incapables d’utiliser les services essentiels en ligne. Plus frappant encore: 36% rencontrent des freins, faute de compétences numériques de base ou d’équipements adaptés. 

L’ESS numérique, avec ses diverses familles, (éducation populaire, plateformes solidaires, communs numériques), s’impose comme un pilier de l’inclusion. Elle soutient les politiques nationales et européennes par des solutions concrètes, adaptées aux territoires et aux publics.

Ces acteurs agissent concrètement sur le terrain, avec les moyens du bord :

  • Emmaüs Connect et Solinum facilitent l’accès aux équipements et accompagnent les plus fragiles.
  • Les Assembleurs et La MedNum œuvrent pour un maillage territorial renforcé des acteurs de l’inclusion numérique, en coordination avec les politiques publiques. Les acteurs de l’ESS dans le champ de l’inclusion numérique soulignent la nécessité d’alternatives aux démarches dématérialisées et la pérennisation des dispositifs comme Numérique Ensemble.

Impact environnemental : le poids croissant des données (et de l’IA ?)

Le numérique représente désormais 4,4% de l’empreinte carbone de la France, un chiffre en forte hausse, tiré par la croissance exponentielle des volumes de données et des usages, avec une trajectoire qui pourrait atteindre 7% d’ici 2040. Longtemps sous-estimé, le poids des données explose: aujourd’hui, les data centers (ou centres de données) représentent près de 46% de l’empreinte carbone du numérique, contre seulement 16% en 2020. Cette évolution s’explique par la croissance fulgurante des usages: streaming, cloud, intelligence artificielle générative, etc. Le stockage et le transfert de données deviennent ainsi les principaux responsables de l’impact environnemental du numérique.

Si la fabrication des terminaux reste le principal poste d’émissions (50%, en baisse par rapport aux data centers quoique les émissions totales connaissent une en forte hausse), l’impact des infrastructures de données – en particulier les centres de données – connaît une progression spectaculaire, notamment sous l’effet du développement de l’intelligence artificielle (IA) générative. Depuis fin 2022, l’IA générative (comme ChatGPT) s’est imposée à une vitesse inédite: 1 million d’utilisateurs en 5 jours, 100 millions en 2 mois, et aujourd’hui plus de 400 millions de visites hebdomadaires. Cette adoption massive a accéléré la demande en puissance de calcul et en stockage, poussant les acteurs du numérique à investir massivement dans de nouveaux centres de données et serveurs toujours plus puissants.

Selon le rapport intermédiaire du Shift Project (mars 2025), la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait passer de 460 TWh en 2022 à 1050 TWh d’ici 2026. En France, les nouveaux projets de centres de données dédiés à l’IA pourraient demander une augmentation de puissance installée supplémentaire dans la décennie à venir. Cette évolution place certains sites (Ile-de-France, Grand Est, etc…) au même niveau de consommation énergétique que des industries lourdes comme la sidérurgie. L’impact carbone de l’IA ne se limite pas à l’énergie: il englobe aussi la fabrication et le renouvellement accéléré des équipements (serveurs, processeurs, terminaux), la consommation d’eau pour le refroidissement, et l’artificialisation des sols liée à la construction de nouveaux centres de données. En plus, la consommation des IA génératives restent difficiles à comprendre, comme l’a prouvé Sam Altman, le PDG de OpenAI, en confirmant sur X que l’entreprise aurait perdu des “dizaines de millions de dollars” en coût d’électricité à cause des utilisateurs qui seraient “polis” avec ChatGPT.

 Le Shift Project estime que les émissions de gaz à effet de serre des centres de données pourraient atteindre entre 500 et 900 MtCOe au niveau mondial, soit augmenter de 80% à 200% d’ici 2030.

Là encore, des acteurs de l’ESS numériques proposent des solutions :

  • Emmaüs Connect, Commown, Télécoop, ADB Solidatech, Ecodair, la Fédération Envie réinventent l’usage des équipements via la location et le reconditionnement, y compris pour les plus fragiles
  • Data for Good et Latitudes développent des outils de mesure et d’optimisation de l’empreinte environnementale et plaident pour un usage raisonné de l’IA.
  • Open Food Facts, par le biais de son étiquetage environnemental, pourrait délivrer un label public de qualité pour les produits reconditionnés, indiquant également l’impact social et environnemental du reconditionneur.

La famille ESS numérique de l’économie circulaire, soutenue par notre réseau, joue un rôle clé en structurant des filières locales et durables, créatrices d’emplois.

L’ESS numérique : s’allier pour un numérique équitable, souverain et durable 

Nos actions s’inscrivent dans un écosystème riche :

  • Éducation populaire : formation numérique avec Les Assembleurs, Solinum.
  • Alternatives télécom : Télécoop innove en proposant un opérateur coopératif.
  • Communs numériquesOpen food facts, Data for Good, Emmaüs Connect construisent des bases de données ouvertes pour la transition environnementale.
  • Économie circulaire : Label Emmaüs développe des plateformes éthiques.

Chaque famille apporte une réponse spécifique, mais leur synergie est notre force. Ensemble, elles renforcent la capacité d’agir de l’ESS face aux défis numériques contemporains.

Il reste un chemin considérable à parcourir. Malgré 75 % des foyers connectés à la fibre ou au câble, des disparités territoriales subsistent. Des acteurs associatifs comme les Fournisseurs d’accès à internet associatifs œuvrent pour couvrir les zones mal desservies par les acteurs publics et les opérateurs économiques.

Selon l’Ademe, 78 % de l’empreinte carbone d’un PC est liée à sa phase de fabrication. Si une prise de conscience est observée pour les smartphones (27 % sont conservés plus de 3 ans), on ne peut pas en dire autant pour le matériel informatique. En effet, la moitié des smartphones (52%) prennent la poussière alors qu’ils pourraient être revalorisés par des acteurs locaux de l’insertion. Ainsi, ils permettraient la création d’emplois à forte valeur ajoutée économique, sociale et environnementale non délocalisables sur les territoires

Le Social Good Accelerator et ses partenaires, forts de leur expertise, s’engagent à amplifier cette dynamique. Nous appelons à un soutien renforcé des politiques publiques pour une transition numérique humaniste, fondée sur la coopération, l’innovation sociale et l’engagement écologique.

Notre projet phare pour 2025 : documenter les familles de l’ESS numérique pour créer de la connaissance, objectiver leur poids dans l’économique et la transition environnementale juste et mieux co-construire les solutions de demain. 

Rejoignez le mouvement et contribuez avec nous au développement et à la promotion de l’ESS numérique !


 Les quatre études parues en mars-avril 2025 sur l’impact environnemental et social du numérique :
  • La 4e édition de l’enquête annuelle “Pour un numérique soutenable” de l’Arcep (avril 2025). Cette étude approfondit l’empreinte carbone du numérique en France, avec une attention particulière à la progression des émissions liées aux centres de données et à l’impact croissant de l’intelligence artificielle. Elle intègre pour la première fois les données de 21 opérateurs-hébergeurs représentant la moitié des datacenters français. Cette mise à jour élargit le périmètre d’évaluation de l’empreinte carbone du numérique, en incluant notamment les usages français hébergés dans des centres de données à l’étranger. Elle fournit des chiffres actualisés sur la répartition des émissions entre terminaux, data centers et réseaux.  
  • Le Baromètre du numérique, publié chaque année, est une étude de référence qui dresse un état des lieux détaillé des usages, des équipements et des inégalités numériques en France. Réalisé par le Crédoc (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), ce baromètre est commandité par plusieurs institutions publiques : l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), le Conseil général de l’économie (CGE), et l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT). Ces organismes, engagés dans la régulation et la cohésion numérique du territoire, s’appuient sur les résultats du baromètre pour orienter les politiques publiques en matière d’inclusion et d’accessibilité numérique. L’édition 2025 met en lumière les progrès réalisés, mais aussi les persistantes fractures numériques, notamment sociales et territoriales, qui appellent des actions ciblées et concertées.
Sources additionnelles:
 Insee Première – 1953. Cette étude de l’INSEE rapporte des statistiques sur l’utilisation du numérique en France en 2021.
IA : 3 cas d’usages de l’intelligence artificielle pour l’intérêt général

IA : 3 cas d’usages de l’intelligence artificielle pour l’intérêt général

Le SOGA a lancé un groupe de réflexion pour comprendre les rapports entre l’IA et l’ESS, échanger sur les usages, l’éthique, la responsabilité et les alternatives de l’IA. Dans ce cadre, s’est tenu une réunion sous forme de webinaire le jeudi 18 avril 2024.

La discussion s’est ouverte par un sujet d’actualité : des entretiens d’embauche menés par des chatbots. Il a partagé l’histoire d’une jeune femme chargée de communication dont le processus de sélection du CV et l’entretien à distance ont été réalisés entièrement par des chatbots, pour finalement recevoir un refus de sa candidature également envoyé par un chatbot. Cette anecdote soulève une question essentielle : est-ce éthique d’utiliser des chatbots pour des processus de recrutement humains ? 

Cette réflexion est étroitement liée à la question de l’impact de l’IA sur les métiers, soulignant les défis et les dilemmes éthiques auxquels nous sommes confrontés dans un monde où la technologie évolue rapidement. Une belle introduction avant de laisser la parole aux 3 experts venus partager leur expertise dans le domaine de l’IA : Joël Gombin, Chief Data Officer chez Avneer; Lea Rogliano, chercheuse en éthique de l’IA chez FARI; et Guilhem Menard, co-fondateur de Share it.

 

Cas d’usage 1 : Outiller les aidants numériques sur les enjeux de l’IA et de la data

Léa Rogliano a partagé des retours précieux sur la manière d’outiller les aidants numériques pour aborder les enjeux de l’IA et des données. Elle a souligné le besoin urgent d’outiller les aidants numériques pour mieux comprendre et communiquer sur les implications éthiques et pratiques de l’IA et des données dans leurs activités. La chercheuse nous a présenté un projet pilote en cours chez FARI, axé sur la diversité et l’inclusivité, visant à comprendre les besoins des Espaces Publics Numériques (EPN) à Bruxelles. Ces EPN sont des lieux où le grand public peut accéder à internet et à d’autres technologies numériques, et recevoir de l’aide quant aux usages numériques. 

L’objectif principal était de saisir les besoins des aidants numériques, qui sont chargés d’aider les utilisateurs dans leur utilisation des technologies. Ils ont observé une forte demande pour des ressources et des formations spécifiques, soulignant que les aidants numériques préféraient souvent être formés sur place plutôt que de se déplacer vers des centres plus institutionnels. Ils ont souligné l’importance de créer des outils pédagogiques pour initier les pédagogues eux-mêmes aux enjeux de l’IA et de la data, ainsi que la nécessité de proposer des démonstrations concrètes de l’utilisation de l’IA pour optimiser les processus, telles que la création de chatbots ou de CV automatisés, pour susciter l’intérêt et la motivation du public des EPN. Les outils présentés visent à sensibiliser ces acteurs aux enjeux éthiques de l’IA et de la data, garantissant ainsi une utilisation responsable de ces technologies dans le secteur de l’ESS.

 

Cas d’usage 2 : les embeddings au service de l’orientation professionnelle

Joël Gombin a pris la parole pour partager les défis et solutions que présente l’utilisation de l’IA dans la création d’une application. Il a récemment développé l’application Avneer, qui aide les jeunes à trouver le métier qui leur correspond. Il s’adresse à ce jeune public en proposant un processus gamifié avec un avatar interactif. Lors du développement de l’application, plusieurs défis se sont posés. Premièrement, il a fallu créer un moteur de recommandation de métiers basé sur le matching entre les compétences des utilisateurs et les exigences des emplois, en utilisant des données ouvertes sur l’éducation, l’orientation et la formation. 

Deuxièmement, les variations et les erreurs potentielles lorsque l’utilisateur entre un terme dans la barre de recherche de l’application peuvent poser problème. Pour surmonter ce défi, ils ont opté pour l’utilisation de l’apprentissage automatique, en particulier les embeddings. Les embeddings sont une technique utilisée en intelligence artificielle pour représenter des mots ou des phrases sous forme de nombres sur un graphique en plusieurs dimensions. Cela permet à l’ordinateur de comprendre la signification et les relations entre les mots. Par exemple, dans un espace de dimensions, chaque mot est représenté par un ensemble de nombres qui capturent ses caractéristiques et ses associations avec d’autres mots. Cela permet à l’ordinateur de traiter le langage naturel de manière plus efficace et de mieux comprendre et répondre aux demandes hétérogènes des utilisateurs, facilitant ainsi la recherche de métiers pertinents. En utilisant des algorithmes sophistiqués, les embeddings permettent une meilleure correspondance entre les compétences des individus et les exigences des emplois, offrant ainsi une orientation professionnelle plus efficace.

 

Cas d’usage 3 – Intégration de l’IA : stratégies pour les acteurs de l’intérêt général

Guilhem Menard a abordé les défis spécifiques rencontrés par les acteurs de l’intérêt général dans l’adoption de l’IA. Co-fondateur de Share it, fort de ses 6 ans d’accompagnement de projets dans l’ESS, il  a mis en lumière le lancement d’un projet spécifique sur l’IA. La structure a constaté un faible nombre d’utilisations de l’IA au sein des associations, soulignant un décalage entre le secteur marchand et le secteur associatif en matière de numérisation. Ainsi, il a souligné l’importance d’outiller les structures de l’ESS pour tirer parti des avantages de l’IA. 

Il a identifié trois types de cas d’usage pour l’IA : l’utilisation générique, pour utiliser l’IA au quotidien afin de gagner en efficacité (gestion de projet, aide à la rédaction, traduction…); l’utilisation métier, plus spécifique du secteur (fundraising, marketing/com, accompagnement des bénéficiaires); l’utilisation “organisation”, permettant de repenser l’activité d’une organisation en s’appuyant sur l’IA.

Guilhem a ensuite présenté un programme ambitieux visant à acculturer et accompagner les acteurs de l’ESS à l’utilisation des IA génératives. Ce programme vise à accompagner 2000 structures d’ici 2026, dont 400 dès 2024 à Paris, à travers trois phases : la diffusion d’une veille technologique et de recommandations sur l’IA adaptées au secteur de l’ESS, l’organisation de webinaires d’acculturation et enfin, la formation des acteurs de l’ESS à l’usage de l’IA sur des cas métiers simples avec des temps de mise en pratique collectifs et individuels. 

 

Développement de l’IA dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

Développement de l’IA dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

Développement de l’intelligence artificielle dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

L’intelligence artificielle (IA) connaît une croissance fulgurante. Depuis l’arrivée de ChatGPT, le débat public s’est intensifié. Dans une lettre ouverte datée du 28 mars 2023, plus d’une centaine d’experts ont appelé à une pause dans le développement de certaines IA afin de mieux encadrer leurs implications éthiques.

Dans un précédent article, nous montrions que, dans des secteurs technologiques sous tension comme l’IA, le simple statut non lucratif ne suffit plus à garantir l’alignement avec les valeurs défendues par les organisations. C’est pourquoi les acteurs de l’économie sociale se montrent souvent prudents face à ces technologies.

Pourtant, le développement de l’IA dans l’économie sociale pourrait permettre de mettre la technologie au service de l’impact social.

Comprendre le fonctionnement de l’intelligence artificielle

Avant d’explorer ses usages, rappelons ce qu’est une IA.

Une intelligence artificielle est un ensemble de techniques permettant à une machine de simuler certaines capacités humaines : traitement du langage, reconnaissance d’images, prédiction, classification, etc.

Dans le cas de ChatGPT, le système repose sur un modèle de type GPT (Generative Pre-Trained Transformer), un réseau neuronal entraîné sur de vastes corpus de données. Il génère des réponses en analysant des probabilités statistiques et des associations linguistiques — non sur une compréhension réelle du contenu.

Ainsi, les outils actuellement disponibles relèvent davantage du machine learning avancé que d’une intelligence dotée d’un raisonnement autonome.

IA et campagnes de dons : améliorer le ciblage

Certaines organisations ont déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs stratégies de levée de fonds.

Le rouge correspond au démarchage classique non ciblé, le vert au ciblage classique et le bleu au ciblage effectué à l’aide d’algorithmes. L’intelligence artificielle améliore l’efficacité des campagnes de dons en identifiant les profils des donateurs et en orientant les mailings de la meilleure façon possible. Il s’agit donc d’un gain d’efficacité, de rentabilité, mais aussi d’un argument écologique en réduisant le nombre d’e-mails et donc l’impact carbone d’une campagne.

Des outils d’analyse prédictive permettent :

  • d’identifier les profils les plus susceptibles de donner,

  • d’optimiser les campagnes d’emailing,

  • de réduire les sollicitations inutiles,

  • d’améliorer le retour sur investissement (ROI).

L’algorithme permet d’affiner le ciblage par rapport aux méthodes traditionnelles, ce qui peut :

  • accroître l’efficacité financière,

  • réduire l’empreinte carbone des campagnes (moins d’emails, moins de papier),

  • améliorer la pertinence des messages.

Cependant, plusieurs limites subsistent :

  • manque de transparence des algorithmes,

  • absence de données open source,

  • difficulté d’évaluation indépendante de la performance réelle.

L’efficacité de ces dispositifs dépend fortement de la qualité des données disponibles.

Mesurer l’impact social grâce à l’analyse automatisée

La mesure d’impact est un enjeu central pour les organisations de l’économie sociale.

Or, quantifier la valeur sociale créée reste complexe et coûteux. L’intelligence artificielle peut contribuer à :

  • analyser à grande échelle les retours des bénéficiaires,

  • effectuer des analyses de sentiment sur les réseaux sociaux,

  • détecter des tendances dans les perceptions publiques,

  • structurer des données qualitatives en indicateurs exploitables.

Le développement d’outils d’IA spécifiquement conçus pour analyser l’impact social pourrait aider les organisations à :

Freins à l’adoption de l’IA dans l’économie sociale

Un expert en data science travaillant pour une grande mutuelle souligne plusieurs obstacles :

1. Une perception négative du secteur

L’IA est parfois perçue comme un domaine réservé aux « geeks », éloigné des préoccupations sociales.

2. Des difficultés de collecte de données

La structuration et la qualité des données sont souvent insuffisantes pour déployer des modèles prédictifs robustes.

3. Une transformation organisationnelle complexe

Dans des secteurs comme la mutualité, la gestion des risques repose historiquement sur l’expérience métier. Introduire des outils automatisés implique un changement culturel profond.

    Des bénéfices concrets déjà observables

    Malgré ces freins, des applications existent déjà :

    • tri automatique des emails et documents scannés,

    • optimisation de la relation bénéficiaire,

    • automatisation des demandes courantes,

    • détection des fraudes.

    Les résultats observés incluent :

    • un gain de temps significatif,

    • une amélioration de la qualité de service,

    • une meilleure allocation des ressources humaines.

    Conclusion : vers une IA éthique et responsable dans l’économie sociale

    L’intelligence artificielle soulève des questions éthiques majeures :

    • gouvernance des données,

    • biais algorithmiques,

    • respect de la vie privée,

    • transparence des modèles.

    Mais elle représente également une opportunité stratégique pour l’économie sociale.

    Selon Dr. Lobna Karoui, spécialiste de l’éthique de l’IA, l’intelligence artificielle peut devenir un levier puissant pour :

    • améliorer l’efficacité organisationnelle,

    • renforcer la connaissance des bénéficiaires,

    • optimiser l’impact social.

    À condition qu’elle reste un outil au service de l’humain, et non un substitut.

    Le défi pour l’économie sociale est clair :
    développer une IA alignée sur ses valeurs démocratiques, solidaires et responsables.

      FAQ — Intelligence artificielle et économie sociale

      L’intelligence artificielle est-elle compatible avec les valeurs de l’économie sociale ?

      Oui, si elle est développée de manière éthique, transparente et au service de l’impact social.

      Quels sont les principaux usages de l’IA dans l’économie sociale ?

      Ciblage des campagnes de dons, mesure d’impact, automatisation administrative, détection de fraudes, analyse de données.

      Quels sont les risques associés ?

      Biais algorithmiques, opacité des modèles, dépendance technologique, problèmes de gouvernance des données.

      Pourquoi l’adoption est-elle lente dans l’économie sociale ?

      Manque de compétences internes, réticences culturelles, ressources financières limitées.

      L’IA peut-elle remplacer les professionnels du secteur social ?

      Non. Elle peut assister, optimiser et analyser, mais elle ne remplace pas l’expertise humaine ni la relation sociale.

      Analysis of the report on the Digital Commons

      Analyse du rapport sur les communs numériques

      Analyse du rapport sur les communs numériques

      À l’occasion de l’Assemblée numérique co-organisée à Toulouse les 21 et 22 juin par la présidence française du Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne, le rapport sur les communs numériques a été publié. This report was initiated by France during the conference ‘Building Europe’s Digital Sovereignty’ organised on 7 and 8 February. 

      Ce rapport est le résultat d'un travail collectif mené par un groupe composé de 19 États membres de l'Union européenne (UE) et de la Commission européenne.

      L'objectif était d’imaginer collectivement un projet pour promouvoir et accélérer le développement des biens communs numériques.

      Les communs numériques, piliers de la souveraineté numérique européenne

      Selon la définition d'Elinor Ostrom, lauréate du prix Nobel d’économie en 2009, un bien commun est défini comme une ressource conçue et régie par une communauté, avec des règles d'accès et de partage établies. Un bien commun numérique, c’est donc une ressource numérique telle qu’une plateforme, un site web ou encore une application dont la particularité est qu’ils appartiennent à tous et peuvent être modifiés par tous. En d’autres termes, la gouvernance de cette ressource est gérée de manière démocratique et ascendante, c’est-à-dire du bas vers le haut. 

      Le postulat de base est que des communs numériques bien entretenus offrent « une occasion unique de soutenir la souveraineté numérique européenne ».

      D’abord, dans de bonnes conditions, les biens communs numériques contribuent à la préservation du contrôle par les puissances extérieures. En effet, un bien commun numérique n’est par définition ni dans les mains d’une seule grande entreprise, ni dans celles d’un seul État. Cette possession partagée vise à prévenir les risques d’abus.

      Ensuite, les biens communs contribuent à la valorisation collective d’une ressource numérique et à la réutilisation des données et infrastructures numériques la concernant. Les communs numériques favorisent donc l’innovation, la valeur sociale et la durabilité. L’intelligence collective est en effet décuplée par l’accès gratuit aux informations et la possibilité d’enrichir la ressource.

      Enfin, les communs numériques constituent un pilier en matière de cybersécurité, à condition qu’ils soient bien entretenus. En d’autres termes, selon l’adage d'Eric S. Raymond, « si l'on a assez d'yeux, tous les bugs sont superficiels » (The Cathedral and the Bazaar, 1999).

       

      Un besoin fort de visibilité et d’acculturation aux communs numériques

      Cependant, sans un changement culturel sur la compréhension de la valeur ajoutée des biens communs, leur durabilité est menacée par un manque d'utilisation et de contribution. » Comme le souligne ce rapport, les communs numériques représentent d’excellents outils pour tendre vers une souveraineté numérique européenne, à condition d’être largement utilisée. Il est vrai que sans une large utilisation et contribution, la ressource peut rapidement devenir inefficace et obsolète. D’où les propositions du rapport visant premièrement à donner de la visibilité aux communs numériques, et deuxièmement, à gagner la confiance des différents acteurs, en particulier ceux de la communauté des biens communs numériques.

      Quatre propositions pour promouvoir et accélérer le développement des biens communs numériques

      Proposition n°1 : Créer un guichet unique européen pour orienter les communautés vers les financements et aides publiques adéquats

      L’idée est de créer une plateforme afin de centraliser à un niveau européen le processus de recherche de financements publiques par les communautés numériques en fournissant notamment orientation, expertises et ressources.

       

      Proposition n°2 : Lancer un appel à projet aux communs les plus stratégiques

      Un appel à projet sur les biens communs numériques permettrait de répondre aux problématiques financières que rencontrent la majorité des biens communs, au regard de leurs ressources limitées.

      Une orientation des fonds vers des biens communs numériques thématiques est recommandée. Les thématiques identifiées comme prioritaires par le groupe de travail sont la recherche, l’administration en ligne et les éléments stratégiques.

       

      Proposition n°3 : Créer une fondation européenne pour les communs numériques

      La création d’une fondation européenne se révèle être la proposition la plus ambitieuse. « En coordination avec les objectifs politiques de l'UE, la structure viserait à favoriser le développement d'écosystèmes de biens communs numériques à travers l'Europe, afin de renforcer les communautés existantes et d'encourager la réutilisation des ressources numériques, tout en facilitant la diffusion du modèle de biens communs numériques en soutenant la génération de nouveaux biens communs numériques. »

      Mais, elle ne deviendrait un véritable catalyseur, soutien et promoteur des biens communs numériques “que si sa gouvernance est ouverte et partagée avec les communautés concernées.” La gouvernance serait donc partagée entre les États, la Commission européenne et les communautés des communs numériques. De plus, une équipe permanente serait dédiée au soutien de cette structure.

       

      Proposition n°4 : Montrer l’exemple, le principe des communs numériques par défaut

      Cette proposition vise à ce que les administrations nationales et européennes évaluent en priorité la possibilité d’une solution utilisant des codes à source ouverte et des données ouvertes dès qu’ils sont confrontés aux développement de ressources numériques.

      Conclusion : la portée du rapport

      Salué par bon nombre de membres de la communauté des biens communs numériques, ces propositions sont encourageantes pour l’avenir et s’inscrivent pleinement dans les objectifs climatiques et numériques de l'Union européenne.

      La prochaine étape est suggéréepar le rapport. Il s’agit d’une vaste consultation ouverte à ce sujet de manière coordonnée avec le lancement de l’appel à projet. Toutefois, la prudence est de mise. En effet, la présidence tchèque de l’Union européenne - qui a débuté le 1er juillet 2022 - doit prendre la relève pour assurer l’ensemble des défis se présentant. Mais la Tchéquie est un État membre visiblement absent de la liste des États membres ayant soutenu le rapport. L’adoption de ces recommandations pourrait donc être ralentie.

      Enfin, pour compléter ces éléments, les acteurs du secteur, dont Wikimédia France Framasoft, ou encore Mobicoop, se sont emparés de la question. Ils ont, à leur tour, édicté un ensemble de propositions en vue du même objectif.

      Les communs numériques ont encore un bel avenir. À ce sujet, notre prochaine étude portera sur les nouveaux modèles d’économie citoyenne et contributive en Europe. Cette étude analysera les pratiques, partenariats et effets de deux communs numériques par des acteurs de l'économie sociale : Open Street Map et Open Food Facts.

      Un article écrit par

      Justine Coopman
      justine(at)socialgoodaccelerator.eu
      Affaires publiques et Communication
      Lille, France