C'est quoi la Social Tech ?

Pour une "permaculture numérique" - écosystèmes génératifs basés sur l'économie sociale et numérique : consolider et déployer les "Social Tech" en Europe

Le Social Good Accelerator souhaite renforcer et diffuser le concept de Social Tech en Europe, à la croisée des modèles libristes (citizen tech) et des modèles économiques et démocratiques de l'Economie Sociale et Solidaire. 

La Social Tech, selon Wikipédia et la journaliste Chrystèle Bazin,, c'est l'utilisation de la technologie au service de l'action sociale, sociétale et citoyenne : agir sur les inégalités, tisser de nouvelles solidarités, ou encore produire de l'innovation sociale. En mobilisant les capacités technologiques, la social tech promet à chacun la possibilité d'agir au service de l'intérêt général.

La Social Tech est donc constituée de modèles technologiques qui s'appuient sur les acteurs et les infrastructures de l'économie sociale et solidaire pour proposer des systèmes à fort impact social et environnemental. La mutualisation des infrastructures permet de réduire les coûts de fonctionnement, la valeur générée est redistribuée de manière équitable aux acteurs et l'infrastructure est gouvernée de manière démocratique. Les modèles se sont multipliés en Europe et dans le monde et sont prêts à être démultipliés.

L'économie sociale et solidaire doit passer à l'ère du numérique : il s'agit de préserver notre patrimoine social immatériel, qui est au cœur du modèle et de la cohésion européenne, mais aussi d'accélérer la transition sociale et écologique. Plutôt qu'une destruction créatrice schumpétérienne, considérons l'" upcycling " numérique de l'économie sociale comme une espèce indispensable à la survie de l'écosystème social et solidaire européen. Comme tous les acteurs économiques, les acteurs de l'ESS doivent conduire un changement profond de leur organisation, intégrer une culture de l'innovation à tous les niveaux, et mettre à niveau leurs équipes. Il est temps que l'ESS s'approprie la Tech non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen d'améliorer, de pérenniser et de renforcer ses modèles, ses emplois, son influence et son impact sur les bénéficiaires finaux.

Afin d'"encapaciter" l'économie sociale et solidaire dans le monde numérique, il est nécessaire de tirer des connaissances des modèles technologiques de marché, de les partager, de les digérer et enfin de les transformer en biens communs orientés vers l'impact social et environnemental.

A long terme, pour pouvoir générer toute la valeur issue du croisement entre l'économie sociale et l'économie numérique, et favoriser son démarrage, il est nécessaire de reconsidérer la production de valeur non seulement économique mais aussi sociale et environnementale (mesurée en termes d'épargne collective) afin de pouvoir mettre en place un système de rémunération de la valeur citoyenne. C'est une condition nécessaire au " transinvestissement " (D. Kleiner et B. Gottlied, 2016). Cela implique une refonte des systèmes de comptabilité nationale pour y inclure cette valeur. La société civile deviendrait productive grâce à la participation des citoyens à la création collaborative de la valeur collective. Avant de pouvoir généraliser cette nouvelle comptabilité et ces " communs ", il faut pouvoir les prototyper au niveau européen, en créant des pôles de compétitivité autour des Services d'Intérêt Général (SIG) et des Communs (gestion de l'eau, alimentation durable, énergie, numérique, réseaux postaux et télécoms, etc...).

À cette fin, nous soutenons les propositions des penseurs européens Michel Bauwens et Vassilis Kostakis dans leur Manifeste pour une économie véritablement collaborative (2018). Comme ils le recommandent, pour basculer d'une existence " micro " à une existence " macro ", le prototypage de ces types de solutions nécessite une " institutionnalisation " (à la fois en termes d'assouplissement ou d'ouverture des cadres réglementaires pour permettre l'expérimentation et en termes de garantie financière) de trois catégories de systèmes, dont la codépendance et l'identification constituent les conditions du passage à l'échelle :

  • Une "communauté productive", comprenant des fournisseurs de données non personnelles, pour organiser la génération de produits, de services et de connaissances (société civile) : ces modèles se retrouvent déjà dans Wikipedia, Open Street Map, Open Food Facts en termes de génération de données et de modération de ces données.
  • Une "coalition entrepreneuriale" : des professionnels qui gèrent et ajoutent de la valeur, qui génèrent des profits et de la valeur rémunérée (production générative) pour créer et gérer de la valeur (travailleurs) sur un modèle coopératif et solidaire d'allocation des ressources financières et physiques. Un écosystème de start-ups qui redistribuerait une partie de la valeur générée aux communs et aux infrastructures sur un mode coopératif constituerait un modèle économique vertueux.
  • Enfin, une infrastructure juridique, l'"association d'utilité sociale", est nécessaire pour protéger et gouverner les biens communs de manière démocratique et dans une logique de lucrativité ou de non-lucrativité limitée, soutenue par un "État" partenaire.

Ainsi, dans le secteur technologique, nous trouverions une diversité d'acteurs et de modalités de mutualisation et de partenariats pour le bien commun autour des services numériques d'intérêt général. Ce sous-secteur fonctionnerait selon les règles éprouvées de l'Economie Sociale et Solidaire telles que définies par notre partenaire Social Economy Europe :

  • la primauté de la personne et de l'objet social sur le capital,
  • une adhésion volontaire et ouverte,
  • contrôle démocratique par les membres
  • défense et application des principes de solidarité et de responsabilité
  • l'autonomie de gestion et l'indépendance vis-à-vis des autorités publiques,
  • l'affectation de la majorité des excédents à la réalisation d'objectifs favorisant le développement durable et servant les intérêts des membres et l'intérêt général.

Pour faire de cette économie sociale et solidaire numérique en Europe un secteur leader de la transition écologique et sociétale du continent, sa transformation numérique doit être considérablement accélérée dans les prochaines années, en agissant sur trois aspects.

  • Ressources et infrastructures : renforcer les moyens et la coopération pour une économie sociale numérique et collaborative
  • Proposition de valeur et modèles socio-économiques : évaluer et développer de nouveaux modèles de "biens communs" au cœur du plan de relance
  • Compétences : acculturation numérique et nouveaux métiers

Vous pouvez consulter sur ce lien notre soumission à l'appel à contributions de l'OCDE dans le cadre de l'action mondiale de l'OCDE "Promouvoir les écosystèmes de l'économie sociale et solidaire".