Zoom sur…l’Observatoire de l’ESS numérique

Zoom sur…l’Observatoire de l’ESS numérique

Accélérer l’ESS numérique : un Observatoire sous forme de commun pour rendre visibles nos alternatives et confirmer leurs promesses

À l’heure où l’IA et les grandes plateformes redessinent nos usages, une autre histoire du numérique s’écrit dans l’ombre : celle de l’économie sociale et solidaire. L’Observatoire de l’ESS numérique, porté par le Social Good Accelerator (SOGA), entend sortir ces alternatives de l’invisibilité en les rendant enfin repérables, lisibles et actionnables pour les citoyennes et citoyens, les territoires et les décideurs publics.

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Un outil commun pour rendre visibles les alternatives

L’ESS numérique reste largement sous les radars, au moment même où nous aurions le plus besoin de solutions numériques alignées avec les droits fondamentaux, la justice sociale et la soutenabilité environnementale. 

Aujourd’hui, si vous cherchez une alternative numérique éthique — un hébergeur souverain, une plateforme coopérative, un logiciel libre adapté à vos besoins — vous ne savez pas où chercher. Non pas parce que ces alternatives n’existent pas, mais parce qu’elles sont invisibles : jamais recensées, jamais documentées, jamais comparables entre elles.

C’est le problème auquel répond l’Observatoire de l’ESS numérique : constituer pour la première fois un référentiel fiable et ouvert des organisations dont l’activité principale est le numérique d’intérêt général en France et en Belgique — et le rendre accessible à toutes et tous. Concrètement, l’Observatoire prendra la forme d’un annuaire web et mobile, filtrable par secteur, modèle économique, type de technologie ou impact social — une ressource ouverte et maintenue dans le temps par la communauté ESS.

Il s’accompagnera d’outils pédagogiques pour faciliter l’appropriation : jeu de cartes, exposition itinérante, fiches métiers et études de cas.

Au-delà d’un simple annuaire, il s’agit de doter l’ESS numérique d’un levier politique : un baromètre argumenté pour peser dans les débats sur les politiques numériques françaises et européennes, et défendre une « troisième voie » démocratique, éthique et souveraine face aux grandes plateformes numériques dominantes.

Un projet collectif, entre recherche et terrain

Porté par SOGA, think-and-do tank franco-européen et tête de réseau de plus de 50 membres entre Paris et Bruxelles, l’Observatoire agrège dès ses prémisses les têtes de réseaux, les opérateur·rices de l’ESS, les partenaires académiques et un comité de recherche indépendant. S’y retrouvent  notamment ESS France, le GIS Marsouin, l’INSA Rennes (via le Laboratoire Fabrique de Pensée Critique), Datactivist, Data Players, ainsi que des actrices et acteurs engagé·es de la Social Tech.

Le projet se déploie en plusieurs phases entre 2025 et 2028 :  

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2025–2026 : phase de recherche et faisabilité

Cette étape a permis de construire une première mouture de catégorisation et classification des familles d’actrices et acteurs, documenter les modèles socio-économiques, les impacts, la gouvernance et les coopérations. Nous avons ainsi pu identifier des sources de données publiques pertinentes, qualifier des modèles socio-économiques et déterminer des premiers critères de classification. 

L’objectif est de répondre à la question : est-ce faisable techniquement et humainement ?

2026–2027 : phase de développement de l'Observatoire

Cette phase recouvre plusieurs chantiers menés en parallèle. 

  • L’industrialisation du pipeline de données (algorithmes de filtrage avancés, enrichissement multi-sources, API, standards ouverts, actualisation de données)
  • L’ouverture à la communauté ESS via une gouvernance participative et des partenariats avec des bases de données complémentaires. 
  • En parallèle, un Datathon mobilisera des contributrices et contributeurs pour enrichir et valider collectivement la base. 
  • L’extension du périmètre à la Belgique
  • et enfin, le développement de l’interface web de l’Observatoire — moteur de recherche, filtres avancés, fiches organisations — co-conçue avec les futurs usagers et publiée sur data.gouv.fr et Wikidata.

2026–2027: phase de production et de diffusion pédagogique

Cette dernière étape aura pour but de créer et déployer les outils d’appropriation sur quatre à cinq territoires pilotes, avec une forte dimension d’éducation populaire et de dialogue entre ESS, jeunesse et décideurs publics.

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Une coopération étudiante structurante avec les étudiants du master « société numérique » de Sciences Po Lille/Centrale Lille

L’Observatoire n’est pas seulement un dispositif technique ou militant : c’est aussi un chantier d’apprentissage et de recherche-action qui mobilise le monde académique. À Sciences Po Lille, les étudiant·es de master Sociétés numériques sont impliqué·es dans une coopération 2025–2026 : ils analysent la littérature existante, affinent la typologie des familles de l’ESS numérique, recensent les bases de données disponibles, et participent à l’agrégation ainsi qu’à l’analyse des données manquantes via un questionnaire dédié.

Dans cette optique, Augustin de Chevigny, étudiant à Centrale Lille a lancé la brique technique et data, en lien étroit avec l’équipe projet de SOGA et Nastasia Fouret, mentor data. 

En outre, l’INSA Rennes, via le Laboratoire Fabrique de Pensée Critique, structure un programme de recherche-action : analyse documentaire, focus group exploratoire, enquête quantitative (300 réponses visées), puis 80 entretiens qualitatifs en France et en Belgique pour éclairer les modèles économiques, les impacts, les coopérations et les freins au passage à l’échelle.

Plus de 30 millions d'entités, environ 300 à trouver : L’enjeux de la qualification de la données

Au cœur de l’Observatoire, une brique « données » ambitieuse se construit pas à pas, sous l’impulsion de la data architecte Nastasia Fouret (Data for Good) et du travail patient d’Augustin, en charge de l’architecture et du pipeline technique. 

Le défi de fond est un problème de volumétrie et de qualité : le registre SIRENE recense près de 30 millions d’entités et il faut identifier parmi elles les quelque 300 (chiffre estimé) organisations qui relèvent de l’ESS actives dans le numérique. Ce travail exige un pipeline de filtrage et d’enrichissement robuste, reproductible, et auditable. Ces exigences sont indispensables pour identifier et qualifier l’ensemble des organisations de l’ESS actives dans le numérique, produire une base ouverte fiable, documentée et reproductible, et contribuer aux communs tels que data.gouv.fr ou Wikidata.

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Les choix de technologie s’appuient sur cinq principes directeurs :

  • simplicité : chaque brique fait une seule chose, de manière lisible, 
  • reproductibilité : chaque traitement est traçable et documenté, 
  • « open by default » : outils et codes sont disponibles en open source (ouverts à toutes et tous), 
  • interopérabilité : des formats ouverts et des standards partagés. 

Un premier pipeline de données développé en Python (langage informatique open source) a été validé :

il agrège des bases publiques et partenaires et a permis d’identifier près de 2 000 organisations candidates à partir du registre SIRENE. 

L’étape suivante est d’affiner ce résultat grâce à des méthodes d’enrichissement avancées — scraping web, scoring et intelligence artificielle locale — avant de soumettre seulement les cas les plus pertinents à la qualification des expertes et experts ESS, pour en retenir les quelque 300 qui relèvent réellement de l’ESS numérique : Cette qualification humaine des données sera organisée via Label Studio (community edition). La plateforme permettra une annotation structurée, multi-expert·es et auditable.

L’ensemble de cette infrastructure — pipeline, données et outil d’annotation — est hébergé sur un serveur indiehosters, hébergeur éthique et souverain.

À terme, la base validée sera mise à disposition en open data (formats CSV et Parquet), consultable via Grist, un tableau de bord collaboratif open source pour les utilisatrices et utilisateurs métiers, et publiée sur data.gouv.fr et Wikidata. Une API sera proposée pour les réutilisations avancées.

people pointing to a computer to collaborate on a joint project

Un pari tenu pour le moment… grâce au bénévolat et à la mutualisation

Si l’architecture technique, la coopération académique et la dynamique communautaire sont déjà là, tout repose aujourd’hui sur un équilibre extrêmement précaire : mutualisation de financements de projets, temps bénévole, mécénat de compétences et débrouille organisée.

 

Pour que ce chantier ne s’arrête pas au milieu du gué, l’enjeu est désormais de sécuriser des financements plus structurels :  

  • en adhérant au SOGA, avec une adhésion défiscalisée selon la grille votée en janvier 2026,  
  • en faisant un don, ponctuel ou récurrent, au bénéfice de l’Observatoire,  
  • en mobilisant des fondations, têtes de réseau ESS, opérateurs publics ou entreprises engagées susceptibles de devenir partenaires fondateurs (à partir de 5 000 euros, avec siège au comité scientifique, visibilité et co-construction des orientations).

Chaque adhésion, chaque contribution financière, chaque relais compte pour rendre enfin visibles les alternatives numériques de l’ESS, et faire de cette « troisième voie » non plus une promesse, mais une réalité partagée.

 

Nous sommes particulièrement reconnaissant·es envers les membres de notre comité de recherche – Jacques‑François Marchandise (AstroLabe,LFPC), Yaël Benayoun, Élise Ho‑Pun‑Cheung (Datactivist), Emmanuel Porte (INJEP), Amélie Pedrot (La Fonda/Labo de l’ESS), Véra Vidal (Coop des Communs), Emmanuel Rivat Agence Phare), Steve Lewis (ESS France), Anne Rumin (LFPC), Valérie Peugeot (Sciences Po Paris), Auber Richebourg (CSI) et Léa Rogliano AI Institute for Common Good) – qui, par leur expertise et leur disponibilité, garantissent la solidité scientifique de l’Observatoire de l’ESS numérique.

Décryptage du dernier Baromètre du numérique 2026 pour les organisations de l’ESS

Décryptage du dernier Baromètre du numérique 2026 pour les organisations de l’ESS

La dernière édition du Baromètre du numérique, l’enquête annuelle de référence menée par le CREDOC pour l’Arcom, l’Arcep, le Conseil général de l’économie (CGE) et l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), est parue début février 2026. Elle interroge plus de 4 000 personnes de 12 ans et plus, et analyse leurs équipements, leurs usages et leurs compétences numériques. Les résultats sont accessibles sous forme de rapports, d’infographies et de jeux de données ouverts.

Officiellement, le baromètre vise à mesurer l’adoption des équipements, à repérer les inégalités d’accès et de compétences, et à aider les pouvoirs publics à anticiper les grandes tendances. Pour les actrices et acteurs du numérique d’intérêt général et de l’ESS , il s’agit également d’un outil de référence : il met en lumière les progrès réalisés et les zones d’ombre de la numérisation en cours.

Avec nos membres — mention spéciale à Victor (Emmaüs Connect) et Pierre (Télécoop) —, nous proposons ici une lecture critique de cette édition 2026, du point de vue de la cohésion sociale et de la critique du numérique.


L’infographie du Baromètre commentée 
(voir aussi la synthèse en fin de texte)

(suite…)

Quatre études en 2025, un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Quatre études en 2025, un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Quatre études en 2025, un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Dans une société toujours plus connectée mais profondément inégalitaire, le numérique alourdit l’empreinte écologique. En mars-avril 2025, quatre études clés dressent le même constat : il faut changer de cap. Le Social Good Accelerator (SOGA) mobilise ses membres pour structurer des réponses collectives et solidaires à ces défis. L’ESS numérique incarne cette troisième voie : inclusive, éthique et durable.

Inclusion numérique : un rôle clé pour l’ESS

Même si 94 % des Français sont connectés, 15 % restent exclus des services numériques.

Empreinte environnementale : explosion du poids des données

Le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone française, tiré par les data centers et l’IA générative.

Une force collective pour un numérique souverain et éthique

De l’éducation populaire aux plateformes coopératives en passant par les communs numériques, les acteurs de l’ESS numérique apportent des réponses complémentaires.

  • Leur structuration collective est essentielle pour bâtir une souveraineté numérique européenne fondée sur des valeurs humaines.

Notre projet 2025 : documenter l’ESS numérique

SOGA lance une grande enquête pour objectiver l’impact des différentes familles de l’ESS numérique :

  • Insertion & économie circulaire : formation numérique avec Les Assembleurs, Solinum.

  • Éducation populaire & inclusion : Télécoop innove en proposant un opérateur coopératif.

  • Communs numériques & open data : Open food facts, Data for Good, Emmaüs Connect construisent des bases de données ouvertes pour la transition environnementale.

  • Plateformes solidaires & souveraines : Label Emmaüs développe des plateformes éthiques.

Objectif : mieux coconstruire les politiques publiques de demain.

Ce que disent les études clés du printemps 2025 :

  • ARCEP : explosion des émissions liées aux data centers.

  • ARCEP x ADEME : trajectoires alarmantes si rien n’est fait d’ici 2030.

  • Crédoc : des inégalités numériques persistantes, surtout chez les publics fragiles.

  • Shift Project : l’IA générative menace les équilibres énergétiques.

Rejoignez le mouvement

Soutenir l’ESS numérique, c’est défendre un numérique utile, humain et durable.
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✅ Qu’est-ce que l’ESS numérique ?

L’ESS numérique désigne l’ensemble des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire qui développent ou utilisent des outils numériques au service de l’intérêt général. Cela inclut les structures d’insertion, les communs numériques, les plateformes coopératives ou les initiatives d’inclusion numérique. Ces organisations allient innovation technologique, gouvernance démocratique et impact social ou environnemental.

🌐 Quel est le rôle de l’ESS dans la transition numérique ?

L’ESS joue un rôle fondamental pour rendre la transition numérique plus inclusive, éthique et durable. Elle agit concrètement sur le terrain pour :

  • Réduire les inégalités d’accès au numérique

  • Promouvoir des solutions alternatives aux GAFAM

  • Encourager le reconditionnement des équipements

  • Défendre la souveraineté numérique européenne

📉 En quoi le numérique aggrave-t-il l’impact environnemental ?

Le numérique a une empreinte carbone croissante, due à :

  • La fabrication d’équipements (ordinateurs, smartphones)

  • L’explosion des volumes de données à stocker et à traiter

  • Le développement rapide de l’intelligence artificielle générative
    Les centres de données, en particulier, consomment de plus en plus d’énergie et de ressources naturelles.

✅ Qu’est-ce que l’ESS numérique ?

L’ESS numérique désigne l’ensemble des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire qui développent ou utilisent des outils numériques au service de l’intérêt général. Cela inclut les structures d’insertion, les communs numériques, les plateformes coopératives ou les initiatives d’inclusion numérique. Ces organisations allient innovation technologique, gouvernance démocratique et impact social ou environnemental.

🧠 Que propose l’ESS pour un numérique plus responsable ?

L’ESS numérique propose des alternatives concrètes comme :

  • Le reconditionnement d’équipements (Ecodair, Envie, Emmaüs Connect)

  • Des opérateurs télécoms coopératifs (Télécoop)

  • Des bases de données ouvertes (Open Food Facts)

  • Des outils de mesure de l’empreinte numérique (Data For Good, Latitudes)

🗺️ Quelles sont les grandes familles d’acteurs de l’ESS numérique ?

On peut regrouper l’ESS numérique en plusieurs familles :

  • Économie circulaire : réemploi, réparation, reconditionnement

  • Éducation populaire : inclusion et formation numérique

  • Communs numériques : outils libres et open data

  • Plateformes coopératives : alternatives éthiques aux plateformes dominantes

📊 Quelles études récentes documentent ces enjeux ?

Plusieurs rapports publiés au premier trimestre 2025 renforcent l’alerte :

  • Le Baromètre du numérique 2025 (Crédoc, ARCEP, ANCT)

  • Le rapport intermédiaire du Shift Project sur l’IA

  • L’étude ARCEP x ADEME sur la trajectoire environnementale du numérique

  • Le rapport annuel Pour un numérique soutenable (ARCEP)

🤝 Comment soutenir ou rejoindre le mouvement ESS numérique ?

Vous pouvez :

  • Adhérer au Social Good Accelerator pour rejoindre une communauté engagée

  • Faire un don pour soutenir les projets de transformation numérique éthique

  • Participer à nos événements ou contribuer à nos groupes de travail

Internet éthique et souveraineté numérique en Europe

Internet éthique et souveraineté numérique en Europe

Les optimistes de l’internet auraient-ils survécu ?

Étaient-ils au Next Generation Internet Forum 2025 à Bruxelles les 19 et 20 juin ? Nous ne l’écartons pas. En effet, ce que nous retenons après cet événement, c’est que de nombreux projets et leurs porteur·euses œuvrent pour rendre le digital européen – si ce n’est pas ‘parfait’ – meilleur.

L’internet éthique et souveraineté numérique sont des enjeux majeurs pour l’Europe. Alors que la technologie évolue à un rythme rapide, il est crucial que l’Europe conserve son pouvoir sur son écosystème numérique. Cet article explore comment l’Open Internet Stack et les initiatives européennes œuvrent pour une IA éthique qui protège les droits des citoyens tout en favorisant une souveraineté numérique européenne.

Ainsi, ce constat vient après le #NGIForum25, un événement auquel l’équipe du Social Good Accelerator a assisté. Jeanne, Clarisse et Eline ont représenté l’organisation.

Le thème du forum était : “Building a European Internet Stack for European Digital Sovereignty” (Construire une Pile Internet Européenne pour la Souveraineté Digitale Européenne). Ce forum a permis de découvrir l’avancement des projets financés par l’initiative Next Generation Internet (NGI). De plus, ces présentations ont ouvert la voie à des discussions sur des sujets transversaux importants pour les porteur·euses de projets. Les débats ont abordé des sujets allant des challenges du design centré sur les utilisateurs aux moteurs de recherche, en passant par les besoins politiques et les plaidoyers.

L’initiative Next Generation Internet et la place de SOGA dans la souveraineté numérique européenne

La Commission Européenne a lancé le NGI pour soutenir la puissance numérique de l’Europe. Ce projet s’aligne parfaitement avec les sujets chers à SOGA. En effet, nous y avons croisé de nombreux partenaires. Parmi les 1 400 projets numériques soutenus par le NGI, nous avons trouvé des projets comme Open Food Facts, un commun numérique dont les valeurs s’accordent avec celles de l’initiative. Par ailleurs, nous avons aussi rencontré des projets européens comme Mastodon. Lors de l’événement, nous avons échangé avec des acteurs institutionnels tels que la Direction interministérielle du Numérique et la DG Connect.

La Commission Européenne souhaite construire un internet européen axé sur la confiance, la sécurité et l’inclusion. Cependant, ces projets posent la question de la souveraineté numérique européenne, un sujet central du forum.

Pourquoi faudrait-il une souveraineté digitale ?

Des événements récents, comme l’achat de Twitter par Elon Musk, ou le scandale Cambridge Analytica, illustrent bien cette problématique. Alexandra Geese, lors de son intervention au forum, rappelle que les données sont synonymes de pouvoir. “Data is the new oil“, (“Les données sont le nouveau pétrole”) dit-elle. Ainsi, ules instances européennes prennent conscience qu’il est temps de reprendre le pouvoir des données, pour les institutions locales et les citoyen·ne·s.

Un·e panéliste souligne que le web actuel est un compromis inégal. Nous obtenons des services digitaux en échange de nos données personnelles. Or, en tant qu’Européen·ne·s, nous sommes en train de perdre ce compromis. 

Les instances européennes prennent conscience qu’il est temps de reprendre le pouvoir des données, pour les institutions locales et les citoyen·ne·s.

Un·e panéliste fait remarquer que le web actuel repose sur un compromis inégal. En effet, nous échangeons nos données personnelles contre des services digitaux. Cependant, les Européen·ne·s sont en train de perdre ce compromis. Ce constat fait écho à celui rapporté dans l’avis de la Commission Supérieure du Numérique et des Postes, rédigé par Jeanne Bretécher et intitulé “Communs numériques : vers un modèle souverain et durable” :

L’hégémonie des très grandes plateformes conduit les citoyens, les travailleurs indépendants, les petites et moyennes entreprises ainsi que les acteurs publics, à une situation de dépendance vis-à-vis de leurs produits et à la captation des données et de la valeur qu’ils créent. Cette asymétrie des rapports avec ces plateformes menace, à des degrés divers, la souveraineté de l’action publique.

La solution réside dans la souveraineté européenne. Il est donc nécessaire que les États et les instances de gouvernance régulent la gestion des données, la modération et l’utilisation des outils numériques sur leur territoire.

L’Open Internet Stack : oignon numérique

L’une des solutions proposées pour restaurer la souveraineté numérique est l’Open Internet Stack (OIS), ou Pile Internet Ouverte. Ainsi, pour illustrer ce concept, l’un·e des panélistes a utilisé l’image d’un oignon : internet est composé de plusieurs couches. Pour changer le web, il faut changer chaque couche.

De ce faur, l’objectif de l’OIS est de remplacer ces couches par des solutions open source, libres et interopérables. Ces solutions sont développées avec l’utilisateur·rice à l’esprit et un code éthique clair. Une fois l’oignon reconstruit, les utilisateurs auront plus de pouvoir sur leurs outils numériques. Ils n’auront plus à dépendre des solutions commerciales privées.

Thibaut Kleiner, directeur de la DG Connect, affirme que l’OIS représente une solution concrète pour transformer l’écosystème digital en un cyberespace libre, durable et interopérable.

Un internet ouvert, et européen

Les projets NGI présentés lors du forum démontrent la volonté de transformer nos usages du numérique. Ces projets prouvent aussi que des solutions existent déjà. De plus, les talents derrière ces initiatives sont prêts à relever le défi. L’objectif européen, présenté par Thibaut Kleiner, consiste à capitaliser sur les 1 400 projets NGI pour accélérer le déploiement de solutions ouvertes et viables. Cet objectif prend forme à travers le projet Eurostack.

À l’image de l’OIS, l’Eurostack propose des alternatives ouvertes à toutes les couches de l’internet. En somme, un oignon 100% européen, cultivé avec des matériaux locaux. Cela permettrait aux acteurs européens d’avoir un contrôle quasi absolu sur l’espace digital et de reprendre le pouvoir.

Cependant, cette solution souveraine soulève des enjeux. Un des leitmotivs du forum est l’importance des investissements. Que ce soit financier ou humain, l’Eurostack et l’OIS nécessitent des ressources pour se développer. Ils doivent se faire connaître et être viables sans capitaliser sur les données personnelles.

Un autre enjeu soulevé lors du forum est la nécessité d’un soutien politique. Cela inclut un plaidoyer fort, une résistance contre les lobbies des grandes plateformes, et des législations concrètes autour du Open Source. Par exemple, il serait essentiel de systématiser l’usage de solutions libres dans le secteur public.

La vision d’une Europe souveraine, ou d’une Europe autonome

Le terme “souveraineté” peut prêter à confusion. Certains panélistes rappellent que l’objectif n’est pas de cloisonner l’internet européen. Un·e participant·e propose l’alternative de l’autonomie stratégique européenne. L’objectif est de rééquilibrer les rapports de force sur les outils numériques. Thibaut Kleiner insiste sur le fait que la souveraineté n’est pas une question de protectionnisme, mais de prospection vers l’avenir et de valorisation des talents européens.

Œuvrer pour l’autonomie stratégique et les communs, à notre échelle

Cette vision de l’autonomie stratégique plutôt que de la souveraineté est partagée par d’autres acteurs, comme la Coop des Communs. L’association organise un événement à Paris le 1er juillet, intitulé “Pour une autonomie numérique fondée sur les communs”. SOGA interviendra lors de cet événement sur les communs numériques et le droit européen.

Que ce soit pour la souveraineté ou l’autonomie stratégique européenne, pour soutenir un numérique au service du bien, dans des événements comme le NGI Forum ou les rencontres de la Coop des Communs, c’est en soutenant le SOGA que vous pouvez participer à cette transformation.

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Opportunités et défis de l’IA pour l’économie sociale

Opportunités et défis de l’IA pour l’économie sociale

Le rôle des communs de données dans l’IA pour l’économie sociale

Du 12 au 15 mai 2025, Eline Coustenoble, chargée de capitalisation au Social Good Accelerator, a participé au EU-US Young Leader Seminar 2025. Le séminaire a abordé l’IA pour l’économie sociale, ses opportunités et ses défis pour les organisations de l’ESS. Dans cet article, elle détaille les conversations et leurs implications pour l’association, l’ESS, et le monde de la technologie.

L’événement était organisé par la European Union Delegation to the United States, le German Marshall Fund of the United States et la Commission for Educational Exchange between the U.S., Belgium and Luxembourg.
(suite…)

Quatre études au premier trimestre 2025 et un constat : l’ESS numérique en première ligne pour un numérique soutenable et inclusif

Dans une société toujours plus connectée mais profondément inégalitaire face au numérique, l’urgence climatique s’aggrave, amplifiée par nos usages digitaux. En ces mois de mars-avril 2025, quatre études importantes paraissent et sont sans appel: la transition numérique doit changer de cap. Le Social Good Accelerator, association qui documente, mobilise et promeut les acteurs de l’ESS numérique, mobilise ses membres et partenaires pour transformer ces défis en opportunités. À travers une approche collective et de mieux en mieux structurée, l’ESS numérique propose des réponses innovantes et solidaires, essentielles à l’inclusion numérique et à la sobriété environnementale – un rôle qui doit gagner en reconnaissance.

Inclusion numérique : le rôle de l’ESS pour combler les inégalité et amplifier les solidarités territoriales

Même si 94% des Français sont connectés à Internet, 15% restent éloignés du numérique car incapables d’utiliser les services essentiels en ligne. Plus frappant encore: 36% rencontrent des freins, faute de compétences numériques de base ou d’équipements adaptés. 

L’ESS numérique, avec ses diverses familles, (éducation populaire, plateformes solidaires, communs numériques), s’impose comme un pilier de l’inclusion. Elle soutient les politiques nationales et européennes par des solutions concrètes, adaptées aux territoires et aux publics.

Ces acteurs agissent concrètement sur le terrain, avec les moyens du bord :

  • Emmaüs Connect et Solinum facilitent l’accès aux équipements et accompagnent les plus fragiles.
  • Les Assembleurs et La MedNum œuvrent pour un maillage territorial renforcé des acteurs de l’inclusion numérique, en coordination avec les politiques publiques. Les acteurs de l’ESS dans le champ de l’inclusion numérique soulignent la nécessité d’alternatives aux démarches dématérialisées et la pérennisation des dispositifs comme Numérique Ensemble.

Impact environnemental : le poids croissant des données (et de l’IA ?)

Le numérique représente désormais 4,4% de l’empreinte carbone de la France, un chiffre en forte hausse, tiré par la croissance exponentielle des volumes de données et des usages, avec une trajectoire qui pourrait atteindre 7% d’ici 2040. Longtemps sous-estimé, le poids des données explose: aujourd’hui, les data centers (ou centres de données) représentent près de 46% de l’empreinte carbone du numérique, contre seulement 16% en 2020. Cette évolution s’explique par la croissance fulgurante des usages: streaming, cloud, intelligence artificielle générative, etc. Le stockage et le transfert de données deviennent ainsi les principaux responsables de l’impact environnemental du numérique.

Si la fabrication des terminaux reste le principal poste d’émissions (50%, en baisse par rapport aux data centers quoique les émissions totales connaissent une en forte hausse), l’impact des infrastructures de données – en particulier les centres de données – connaît une progression spectaculaire, notamment sous l’effet du développement de l’intelligence artificielle (IA) générative. Depuis fin 2022, l’IA générative (comme ChatGPT) s’est imposée à une vitesse inédite: 1 million d’utilisateurs en 5 jours, 100 millions en 2 mois, et aujourd’hui plus de 400 millions de visites hebdomadaires. Cette adoption massive a accéléré la demande en puissance de calcul et en stockage, poussant les acteurs du numérique à investir massivement dans de nouveaux centres de données et serveurs toujours plus puissants.

Selon le rapport intermédiaire du Shift Project (mars 2025), la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait passer de 460 TWh en 2022 à 1050 TWh d’ici 2026. En France, les nouveaux projets de centres de données dédiés à l’IA pourraient demander une augmentation de puissance installée supplémentaire dans la décennie à venir. Cette évolution place certains sites (Ile-de-France, Grand Est, etc…) au même niveau de consommation énergétique que des industries lourdes comme la sidérurgie. L’impact carbone de l’IA ne se limite pas à l’énergie: il englobe aussi la fabrication et le renouvellement accéléré des équipements (serveurs, processeurs, terminaux), la consommation d’eau pour le refroidissement, et l’artificialisation des sols liée à la construction de nouveaux centres de données. En plus, la consommation des IA génératives restent difficiles à comprendre, comme l’a prouvé Sam Altman, le PDG de OpenAI, en confirmant sur X que l’entreprise aurait perdu des “dizaines de millions de dollars” en coût d’électricité à cause des utilisateurs qui seraient “polis” avec ChatGPT.

 Le Shift Project estime que les émissions de gaz à effet de serre des centres de données pourraient atteindre entre 500 et 900 MtCOe au niveau mondial, soit augmenter de 80% à 200% d’ici 2030.

Là encore, des acteurs de l’ESS numériques proposent des solutions :

  • Emmaüs Connect, Commown, Télécoop, ADB Solidatech, Ecodair, la Fédération Envie réinventent l’usage des équipements via la location et le reconditionnement, y compris pour les plus fragiles
  • Data for Good et Latitudes développent des outils de mesure et d’optimisation de l’empreinte environnementale et plaident pour un usage raisonné de l’IA.
  • Open Food Facts, par le biais de son étiquetage environnemental, pourrait délivrer un label public de qualité pour les produits reconditionnés, indiquant également l’impact social et environnemental du reconditionneur.

La famille ESS numérique de l’économie circulaire, soutenue par notre réseau, joue un rôle clé en structurant des filières locales et durables, créatrices d’emplois.

L’ESS numérique : s’allier pour un numérique équitable, souverain et durable 

Nos actions s’inscrivent dans un écosystème riche :

  • Éducation populaire : formation numérique avec Les Assembleurs, Solinum.
  • Alternatives télécom : Télécoop innove en proposant un opérateur coopératif.
  • Communs numériquesOpen food facts, Data for Good, Emmaüs Connect construisent des bases de données ouvertes pour la transition environnementale.
  • Économie circulaire : Label Emmaüs développe des plateformes éthiques.

Chaque famille apporte une réponse spécifique, mais leur synergie est notre force. Ensemble, elles renforcent la capacité d’agir de l’ESS face aux défis numériques contemporains.

Il reste un chemin considérable à parcourir. Malgré 75 % des foyers connectés à la fibre ou au câble, des disparités territoriales subsistent. Des acteurs associatifs comme les Fournisseurs d’accès à internet associatifs œuvrent pour couvrir les zones mal desservies par les acteurs publics et les opérateurs économiques.

Selon l’Ademe, 78 % de l’empreinte carbone d’un PC est liée à sa phase de fabrication. Si une prise de conscience est observée pour les smartphones (27 % sont conservés plus de 3 ans), on ne peut pas en dire autant pour le matériel informatique. En effet, la moitié des smartphones (52%) prennent la poussière alors qu’ils pourraient être revalorisés par des acteurs locaux de l’insertion. Ainsi, ils permettraient la création d’emplois à forte valeur ajoutée économique, sociale et environnementale non délocalisables sur les territoires

Le Social Good Accelerator et ses partenaires, forts de leur expertise, s’engagent à amplifier cette dynamique. Nous appelons à un soutien renforcé des politiques publiques pour une transition numérique humaniste, fondée sur la coopération, l’innovation sociale et l’engagement écologique.

Notre projet phare pour 2025 : documenter les familles de l’ESS numérique pour créer de la connaissance, objectiver leur poids dans l’économique et la transition environnementale juste et mieux co-construire les solutions de demain. 

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 Les quatre études parues en mars-avril 2025 sur l’impact environnemental et social du numérique :
  • La 4e édition de l’enquête annuelle “Pour un numérique soutenable” de l’Arcep (avril 2025). Cette étude approfondit l’empreinte carbone du numérique en France, avec une attention particulière à la progression des émissions liées aux centres de données et à l’impact croissant de l’intelligence artificielle. Elle intègre pour la première fois les données de 21 opérateurs-hébergeurs représentant la moitié des datacenters français. Cette mise à jour élargit le périmètre d’évaluation de l’empreinte carbone du numérique, en incluant notamment les usages français hébergés dans des centres de données à l’étranger. Elle fournit des chiffres actualisés sur la répartition des émissions entre terminaux, data centers et réseaux.  
  • Le Baromètre du numérique, publié chaque année, est une étude de référence qui dresse un état des lieux détaillé des usages, des équipements et des inégalités numériques en France. Réalisé par le Crédoc (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), ce baromètre est commandité par plusieurs institutions publiques : l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), le Conseil général de l’économie (CGE), et l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT). Ces organismes, engagés dans la régulation et la cohésion numérique du territoire, s’appuient sur les résultats du baromètre pour orienter les politiques publiques en matière d’inclusion et d’accessibilité numérique. L’édition 2025 met en lumière les progrès réalisés, mais aussi les persistantes fractures numériques, notamment sociales et territoriales, qui appellent des actions ciblées et concertées.
Sources additionnelles:
 Insee Première – 1953. Cette étude de l’INSEE rapporte des statistiques sur l’utilisation du numérique en France en 2021.