Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

ChatGPT n’est pas seulement une révolution technologique : c’est aussi un cas d’école en matière de responsabilité sociale des entreprises.
Conçu à l’origine comme un contre-modèle aux GAFAM au sein d’une organisation à but non lucratif, OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, a progressivement basculé vers un modèle capitaliste.

L’affaire révélée par le magazine Time sur les conditions de travail des sous-traitants kenyans — employés par Samasource, une ancienne ONG devenue entreprise à but lucratif — a mis en lumière les paradoxes du modèle.
Ces révélations posent une question de fond : les statuts “non lucratifs” servent-ils aujourd’hui de tremplin à des entreprises technologiques motivées par le profit plutôt que par l’intérêt général ?
Retour sur un cas emblématique et les interrogations qu’il soulève.

Bien que le secteur à but non lucratif se structure traditionnellement autour de valeurs de gouvernance démocratique, de transparence et d’éthique, certaines situations viennent interroger cette éthique de solidarité.
Comme toute entreprise, les organisations à but non lucratif sont confrontées à des pressions économiques : baisse de revenus, difficultés de trésorerie, plans sociaux…
Ces contraintes les obligent parfois à faire coexister éthique et performance, au risque que la recherche d’efficacité supplante progressivement la mission d’intérêt général.

L’évolution d’OpenAI : du modèle non lucratif au statut à but lucratif limité

Fondée en 2015 par Elon Musk et Sam Altman, OpenAI naît comme une organisation à but non lucratif.
Son ambition initiale : développer une intelligence artificielle au service du bien commun, en opposition aux modèles de captation de données des géants du numérique.

Mais en 2019, un an après le départ d’Elon Musk, la structure change de statut pour devenir une “limited-profit company”, un modèle hybride américain permettant d’accueillir des capitaux privés tout en plafonnant la rémunération des investisseurs.
Malgré cette évolution, OpenAI continue d’affirmer que sa mission est de « développer une intelligence artificielle pour le bénéfice de toute l’humanité ».

Jusqu’à la publication de l’enquête du Time en janvier 2023, l’entreprise cultivait une image d’éthique et de transparence fidèle à ses origines.
Mais l’enquête révèle que pour résoudre les problèmes de toxicité linguistique dans ses modèles d’IA, OpenAI a eu recours à un prestataire basé au Kenya, où des travailleurs ont été exposés à des contenus violents et haineux pour un salaire dérisoire.

Dans sa réponse officielle, la direction d’OpenAI affirme ne pas avoir eu connaissance des conditions de travail de ce sous-traitant.
Cependant, l’affaire a profondément écorné son image de pionnier éthique de l’intelligence artificielle.

De fortes pressions dans un secteur ultra-compétitif

Ce scandale révèle le paradoxe entre compétitivité et éthique dans le secteur de l’intelligence artificielle.
Pour rester dans la course face aux GAFAM, OpenAI s’est heurtée aux limites de ses engagements moraux.

Le prestataire mis en cause travaille d’ailleurs pour la plupart des concurrents directs d’OpenAI, en raison de tarifs extrêmement compétitifs.
Les géants comme Google, Meta ou Microsoft ont eux aussi recours à ces sous-traitants chargés de filtrer les données violentes ou haineuses, dans le cadre de l’entraînement de leurs modèles.

OpenAI n’a donc pas inventé cette pratique : elle l’a reproduite pour survivre dans une industrie dominée par la logique de vitesse et de performance.
Son évolution – du statut juridique à la recherche de fonds – l’a rendue de plus en plus semblable à ses concurrents, y compris dans ses méthodes.

La principale critique adressée à OpenAI tient à l’incohérence entre son discours et ses pratiques.
L’entreprise s’était imposée mondialement grâce à un positionnement moral fort. Lorsque la réalité de son fonctionnement a été dévoilée, une partie du public s’est sentie trahie.

Mais il serait injuste de généraliser ce cas à l’ensemble du secteur non lucratif ou à celui de l’IA.
Le développement de l’intelligence artificielle reste une opportunité majeure pour la Social Tech, qui pourra s’appuyer sur ces outils pour produire des innovations éthiques, responsables et utiles au bien commun.

Quelle est la position de ChatGPT lui-même ?

Pour clore l’analyse, ChatGPT a été interrogé sur le dilemme éthique auquel ses créateurs ont été confrontés : productivité ou éthique ?
Sa réponse est sans équivoque :

« Les entreprises qui se revendiquent d’un modèle éthique ou à but non lucratif ont une responsabilité envers le public et le reste du secteur. La transparence et la redevabilité sont des conditions essentielles de la confiance. »

Une position lucide, bien éloignée des ambitions financières actuelles d’OpenAI, qui prévoit désormais d’atteindre 1 milliard de dollars de revenus d’ici 2024 — un objectif qui s’éloigne sensiblement de son intention initiale : créer une intelligence artificielle au service de l’humanité.

Orange Digital Center : des espaces pour l’inclusion numérique en Europe

Orange Digital Center : des espaces pour l’inclusion numérique en Europe

Orange Digital Center : un programme international pour l’inclusion numérique

À l’occasion de l’adhésion d’Orange au Social Good Accelerator (SOGA), découvrons ensemble l’initiative Orange Digital Center, un programme ambitieux en faveur de l’inclusion numérique dans les territoires.
Nous avons échangé avec les équipes d’Orange pour mieux comprendre la philosophie, les ambitions et les premiers résultats de ce projet.

Orange Digital Center

Le premier Digital Center d’Orange, France
Photo credit: Orange

Un réseau international pour développer les compétences numériques

Les Orange Digital Center sont des espaces ouverts et gratuits dédiés à l’apprentissage et au développement des compétences numériques.
De la formation au code à la fabrication numérique, en passant par la création d’entreprise, ces lieux favorisent l’apprentissage par la pratique.

Leur mission : permettre à chacun — étudiant, demandeur d’emploi, jeune décrocheur, entrepreneur — d’acquérir les compétences nécessaires pour évoluer dans un monde numérique.

Les programmes de formation y sont conçus pour répondre à des besoins concrets :

  • ateliers de codage,
  • fablabs pour la fabrication numérique,
  • accompagnement à l’entrepreneuriat,
  • formation à la sécurité et à la responsabilité numérique.

Une initiative déployée dans le monde entier

À septembre 2022, 15 Orange Digital Center étaient déjà ouverts en Afrique et au Moyen-Orient (Tunisie, Sénégal, Cameroun, Éthiopie, Jordanie…).
En Europe, le centre de Bruxelles a accueilli ses premiers apprenants au printemps 2022, suivi par celui de Saint-Ouen (France) en juin.

D’autres centres verront bientôt le jour en Pologne, Luxembourg, Roumanie, Slovaquie, Espagne et Moldavie.
À terme, le Groupe Orange prévoit d’implanter un Orange Digital Center dans chacun des pays où il opère.

Cette initiative illustre la responsabilité sociétale du premier opérateur numérique français, avec une conviction forte :

le numérique ne doit pas créer des fractures, mais des opportunités accessibles à tous.

Le programme agit donc sur quatre dimensions clés :

  1. l’accès aux infrastructures et aux équipements,
  2. l’usage et l’accompagnement des publics,
  3. la montée en compétences,
  4. et la promotion de la diversité dans les métiers du numérique.

Une construction locale et collaborative

Chaque Orange Digital Center adapte sa programmation au contexte local, aux ressources disponibles et aux besoins des bénéficiaires.
Les formations et ateliers sont co-construits avec un écosystème de partenaires :

  • fablabs de proximité,
  • Simplon au Sénégal,
  • BeCode en Belgique,
  • ou encore le programme AWS Restart en Tunisie.

Cette approche collaborative permet de renforcer l’impact social du dispositif, en favorisant l’emploi, l’insertion professionnelle et la mixité dans les métiers du numérique.

“Les parcours de formation associent le code, la fabrication et l’entrepreneuriat pour dynamiser les trajectoires des apprenants.”

Les défis à relever et les solutions envisagées

Déployer des centres dans 25 pays est un défi logistique et humain majeur.
Orange en a déjà ouvert 17 et prévoit d’atteindre son objectif à court terme.

Les principaux enjeux aujourd’hui :

  • maintenir la dynamique une fois le réseau complet,

  • favoriser la capitalisation et les échanges entre les différents centres,

  • et évaluer l’impact social sur les bénéficiaires.

Pour y répondre, Orange multiplie les initiatives :

  • un appel à projets pour créer des formations de formateurs dans les fablabs ;

  • une mesure d’impact social sur certains programmes pilotes ;

  • et un partenariat avec le Social Good Accelerator pour croiser expertises et plaidoyer autour de la transition numérique inclusive en Europe.

Zoom sur le centre de Saint-Ouen : inclusion et formation

Le Orange Digital Center de Saint-Ouen, inauguré en juin 2022, a lancé son premier programme de préqualification “Envol Numérique destiné aux jeunes décrocheurs scolaires.
Ce parcours de 5 semaines de formation et 3 semaines de stage vise à leur redonner le goût du numérique et à favoriser leur insertion professionnelle.

Les participants y découvrent :

  • les bases du développement web et de la fabrication numérique ;

  • les compétences comportementales : communication, confiance en soi, travail en équipe ;

  • et les enjeux environnementaux et sociétaux du numérique.

Le centre propose aussi :

  • des ateliers grand public pour apprendre à utiliser un smartphone ou paramétrer un contrôle parental ;

  • un fablab accessible pour s’initier à la conception 3D ou à l’électronique.

Des ressources accessibles à toutes et tous

L’Orange Digital Center met à disposition une variété de ressources gratuites :

Découvrir la responsabilité numérique

  • ateliers en ligne sur la protection des données personnelles,
  • modules d’éducation numérique pour les parents,
  • programmes de sensibilisation avec la Fédération française de football sur l’usage responsable du numérique.

Apprendre à utiliser les outils numériques

  • SuperCoders : ateliers ludiques pour les enfants hospitalisés,
  • Blabla Code : formation pour demandeurs d’emploi souhaitant renforcer leurs compétences digitales,
  • Fablabs : lieux ouverts équipés d’imprimantes 3D et de machines connectées pour expérimenter et innover.

Entreprendre dans le numérique

  • guides et tutoriels pour créer son activité,
  • ressources pour les femmes entrepreneures,
  • outils pour protéger ses données et communiquer en ligne.


    Un levier majeur d’inclusion numérique

    Avec ses Orange Digital Center, le Groupe Orange déploie une approche concrète du numérique d’intérêt général :
    donner à chacun les moyens de comprendre, créer et entreprendre grâce au numérique.

    “Faire du numérique une opportunité pour tous, sans distinction d’âge, de milieu ou de territoire.”

    Pour en savoir plus : Je consulte le site internet d’Orange

    FAQ — Orange Digital Center et inclusion numérique

    Qu’est-ce qu’un Orange Digital Center ?

    C’est un espace de formation gratuit et ouvert à tous, dédié à l’apprentissage des compétences numériques, à l’entrepreneuriat et à la fabrication digitale.

    Où se trouvent les Orange Digital Center ?

    Les centres sont implantés dans plus de 17 pays en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe (France, Belgique, Tunisie, Cameroun, Sénégal, etc.), avec un objectif de 25 centres ouverts à terme.

    Qui peut y accéder ?

    Toute personne souhaitant développer ses compétences numériques : jeunes, demandeurs d’emploi, entrepreneurs, femmes en reconversion ou simples curieux.

    Quels types de formations sont proposés ?

    Des formations autour du code, de la fabrication numérique, de la responsabilité numérique et de l’entrepreneuriat social.

    Quel est le lien avec le Social Good Accelerator ?

    Le SOGA et Orange collaborent pour renforcer l’impact social du numérique en Europe et partager des bonnes pratiques de médiation numérique dans le cadre de leurs initiatives communes.

    Analysis of the report on the Digital Commons

    Analyse du rapport sur les communs numériques

    Analyse du rapport sur les communs numériques

    À l’occasion de l’Assemblée numérique co-organisée à Toulouse les 21 et 22 juin par la présidence française du Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne, le rapport sur les communs numériques a été publié. This report was initiated by France during the conference ‘Building Europe’s Digital Sovereignty’ organised on 7 and 8 February. 

    Ce rapport est le résultat d'un travail collectif mené par un groupe composé de 19 États membres de l'Union européenne (UE) et de la Commission européenne.

    L'objectif était d’imaginer collectivement un projet pour promouvoir et accélérer le développement des biens communs numériques.

    Les communs numériques, piliers de la souveraineté numérique européenne

    Selon la définition d'Elinor Ostrom, lauréate du prix Nobel d’économie en 2009, un bien commun est défini comme une ressource conçue et régie par une communauté, avec des règles d'accès et de partage établies. Un bien commun numérique, c’est donc une ressource numérique telle qu’une plateforme, un site web ou encore une application dont la particularité est qu’ils appartiennent à tous et peuvent être modifiés par tous. En d’autres termes, la gouvernance de cette ressource est gérée de manière démocratique et ascendante, c’est-à-dire du bas vers le haut. 

    Le postulat de base est que des communs numériques bien entretenus offrent « une occasion unique de soutenir la souveraineté numérique européenne ».

    D’abord, dans de bonnes conditions, les biens communs numériques contribuent à la préservation du contrôle par les puissances extérieures. En effet, un bien commun numérique n’est par définition ni dans les mains d’une seule grande entreprise, ni dans celles d’un seul État. Cette possession partagée vise à prévenir les risques d’abus.

    Ensuite, les biens communs contribuent à la valorisation collective d’une ressource numérique et à la réutilisation des données et infrastructures numériques la concernant. Les communs numériques favorisent donc l’innovation, la valeur sociale et la durabilité. L’intelligence collective est en effet décuplée par l’accès gratuit aux informations et la possibilité d’enrichir la ressource.

    Enfin, les communs numériques constituent un pilier en matière de cybersécurité, à condition qu’ils soient bien entretenus. En d’autres termes, selon l’adage d'Eric S. Raymond, « si l'on a assez d'yeux, tous les bugs sont superficiels » (The Cathedral and the Bazaar, 1999).

     

    Un besoin fort de visibilité et d’acculturation aux communs numériques

    Cependant, sans un changement culturel sur la compréhension de la valeur ajoutée des biens communs, leur durabilité est menacée par un manque d'utilisation et de contribution. » Comme le souligne ce rapport, les communs numériques représentent d’excellents outils pour tendre vers une souveraineté numérique européenne, à condition d’être largement utilisée. Il est vrai que sans une large utilisation et contribution, la ressource peut rapidement devenir inefficace et obsolète. D’où les propositions du rapport visant premièrement à donner de la visibilité aux communs numériques, et deuxièmement, à gagner la confiance des différents acteurs, en particulier ceux de la communauté des biens communs numériques.

    Quatre propositions pour promouvoir et accélérer le développement des biens communs numériques

    Proposition n°1 : Créer un guichet unique européen pour orienter les communautés vers les financements et aides publiques adéquats

    L’idée est de créer une plateforme afin de centraliser à un niveau européen le processus de recherche de financements publiques par les communautés numériques en fournissant notamment orientation, expertises et ressources.

     

    Proposition n°2 : Lancer un appel à projet aux communs les plus stratégiques

    Un appel à projet sur les biens communs numériques permettrait de répondre aux problématiques financières que rencontrent la majorité des biens communs, au regard de leurs ressources limitées.

    Une orientation des fonds vers des biens communs numériques thématiques est recommandée. Les thématiques identifiées comme prioritaires par le groupe de travail sont la recherche, l’administration en ligne et les éléments stratégiques.

     

    Proposition n°3 : Créer une fondation européenne pour les communs numériques

    La création d’une fondation européenne se révèle être la proposition la plus ambitieuse. « En coordination avec les objectifs politiques de l'UE, la structure viserait à favoriser le développement d'écosystèmes de biens communs numériques à travers l'Europe, afin de renforcer les communautés existantes et d'encourager la réutilisation des ressources numériques, tout en facilitant la diffusion du modèle de biens communs numériques en soutenant la génération de nouveaux biens communs numériques. »

    Mais, elle ne deviendrait un véritable catalyseur, soutien et promoteur des biens communs numériques “que si sa gouvernance est ouverte et partagée avec les communautés concernées.” La gouvernance serait donc partagée entre les États, la Commission européenne et les communautés des communs numériques. De plus, une équipe permanente serait dédiée au soutien de cette structure.

     

    Proposition n°4 : Montrer l’exemple, le principe des communs numériques par défaut

    Cette proposition vise à ce que les administrations nationales et européennes évaluent en priorité la possibilité d’une solution utilisant des codes à source ouverte et des données ouvertes dès qu’ils sont confrontés aux développement de ressources numériques.

    Conclusion : la portée du rapport

    Salué par bon nombre de membres de la communauté des biens communs numériques, ces propositions sont encourageantes pour l’avenir et s’inscrivent pleinement dans les objectifs climatiques et numériques de l'Union européenne.

    La prochaine étape est suggéréepar le rapport. Il s’agit d’une vaste consultation ouverte à ce sujet de manière coordonnée avec le lancement de l’appel à projet. Toutefois, la prudence est de mise. En effet, la présidence tchèque de l’Union européenne - qui a débuté le 1er juillet 2022 - doit prendre la relève pour assurer l’ensemble des défis se présentant. Mais la Tchéquie est un État membre visiblement absent de la liste des États membres ayant soutenu le rapport. L’adoption de ces recommandations pourrait donc être ralentie.

    Enfin, pour compléter ces éléments, les acteurs du secteur, dont Wikimédia France Framasoft, ou encore Mobicoop, se sont emparés de la question. Ils ont, à leur tour, édicté un ensemble de propositions en vue du même objectif.

    Les communs numériques ont encore un bel avenir. À ce sujet, notre prochaine étude portera sur les nouveaux modèles d’économie citoyenne et contributive en Europe. Cette étude analysera les pratiques, partenariats et effets de deux communs numériques par des acteurs de l'économie sociale : Open Street Map et Open Food Facts.

    Un article écrit par

    Justine Coopman
    justine(at)socialgoodaccelerator.eu
    Affaires publiques et Communication
    Lille, France
    La MedNum, “a singular structure” for digital inclusion

    La Mednum, « une structure singulière » pour l’inclusion numérique

    La Mednum, « une structure singulière » pour l’inclusion numérique

    Le 15 mars 2022, Guilhem Pradalié, Directeur Général de la MedNum, membre du Social good accelerator, nous a accordé un entretien au cours duquel il revient sur ce qu'est la MedNum, quels sont ses projets, défis et son rôle au sein du SOGA.

    Guilhem Pradalié
    Directeur Général de La MedNum

    Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

    Issu d’une formation économique et d’un master de Sciences Po Paris, j’ai un parcours d’une dizaine d'années dans la mutualité, au sein de la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN). J’ai travaillé sur différents programmes numériques et innovations puis à la direction stratégie du groupe.

    J’ai ensuite été conseiller du Président, chargé des questions économiques et financières, de la stratégie et des engagements numériques jusqu’en septembre 2021. J’ai rejoint la Mednum en tant que Directeur général en octobre 2021. Attaché aux questions d’inclusion et de médiation numériques, je mobilise les équipes de la coopérative pour faciliter et amplifier l’action vertueuse des sociétaires de la MedNum dans tous les territoires.

    Qu’est-ce que la MedNum ?

    La MedNum est une structure singulière. En effet, il s’agit d’une coopérative (NDLR Société coopérative d’intérêt collectif, soit une SCIC) qui rassemble des sociétaires très divers, tous acteurs de l’inclusion numérique. Elle remplit des missions de représentation et de structuration d’un secteur tout en menant des activités “projet” et “conseil” autour de l’industrialisation de solutions d’inclusion numérique. Nous travaillons ainsi avec nos sociétaires à la création de projets nationaux. L’objectif est de faire grandir le secteur tout en portant la voix de ses acteurs.

    Qui compose la MedNum ?

    L'équipe est composée d’une quinzaine de salariés. Dernièrement, nous avons opéré une réorganisation des activités autour de 3 directions : une direction étude et plaidoyer, une direction projet qui est transversale et une direction finance et services aux sociétaires qui devrait voir le jour à la fin du 1er semestre. La direction générale porte enfin les pôles communication et vie coopérative, essentiels à la bonne animation de nos réseaux et la mise en lumière des actions de nos sociétaires.

    Mais la MedNum est composée de parties prenantes très diverses : plus de 100 sociétaires, des collectivités territoriales, l’État, les acteurs économiques et d’autres types d’acteurs comme des personnes physiques, des acteurs de la médiation numérique qui portent ensemble, au-delà de l’enjeu social, les valeurs du libre, des communs… bref, d’un numérique au service de l’intérêt général.

    En parlant des valeurs, quelles sont celles de la MedNum ?

    Nous avons avant tout un attachement à la chose commune et à l’intérêt général. Cela se traduit dans la forme même de notre coopérative et dans son fonctionnement. Nous intervenons plus largement sur l’ensemble des sujets en développant l’idée d’un numérique responsable et accessible à tous (santé, territoires, éducation, accueil des réfugiés, culture…). Nous sommes évidemment très attachés à la culture de l’internet libre et des communs, comme bon nombre de nos sociétaires.

    Vous mettez ces valeurs en œuvre notamment à travers les projets que vous réalisez. Lequel de ces projets vous rend le plus fier ?

    Difficile de choisir tant les projets sont tous importants ! Mais je dirais, en raison du contexte actuel de la guerre en Ukraine, que “refugiés.info” est celui qui me rend le plus fier. Les équipes s’y sont engagées personnellement, en mettant toutes leurs compétences à son service. Il y a un gros investissement humain sur ce projet qui opère, en ce moment, la plateforme officielle du gouvernement pour la mise en relation des français voulant apporter leur aide pour l’hébergement avec des associations et les personnes en exprimant le besoin.

    En quoi le projet Réfugiés.info consiste-t-il ?

    In “normal” times, it is an information portal, contributory and open-source, co-developed with the Interministerial Delegation for the Reception and Integration of Refugees, which provides simple and translated information to refugees and their carers.

    This project helps refugees to find an initiative, a training adapted to their situation, to understand the administrative procedures or to consult the directory to find an association.

    This platform works like Wikipedia: everyone can contribute by writing or translating practical information.

    Si vous deviez résumer les principaux enjeux de la MedNum actuellement quels seraient-il ?

    D’abord ce serait réussir à faire entendre la voix de nos sociétaires lors des différentes élections à venir, présidentielles et législatives. Nous avons de gros objectifs autour des projets data cette année, mais également autour du lancement d’une version 2 des plateformes téléphoniques d’aide et d’accompagnement aux usages du numérique du quotidien.

     
     

    Les élections présidentielles arrivent bientôt en France. Vous avez d’ailleurs publié vos propositions pour l’élection présidentielle de 2022. À ce sujet, à quel problème répondez-vous et quelles solutions préconisez-vous ? 

    En France, plus de 14 millions de personnes seraient en situation de fragilité numérique, c’est-à-dire éloignées, non équipées et/ou en grande difficulté avec les différents usages du numérique. C’est à ce problème de justice sociale que nous répondons.

    Nous préconisons des actions sur 4 thématiques importantes pour nos sociétaires : l’éducation, l’emploi et le pouvoir d’achat, la santé et l’environnement.

    Nous insistons avant tout sur la nécessité de créer une véritable filière professionnelle de la médiation numérique, par exemple en travaillant sur la stabilité des financements aux structures de l’inclusion numérique, d’offrir des services numériques accessibles à tous et partout et de promouvoir un numérique d’intérêt général, libre, ouvert, universel et collectif.

    En matière d’éducation, nous proposons de faire de l’éducation numérique une priorité dans l’enseignement, du primaire au supérieur, pour former les citoyens éclairés de demain, et d’outiller, de sensibiliser et de former les professionnels de l’éducation et de l’accompagnement social. Mais également d’affirmer les complémentarités entre médiation et éducation numérique tout en donnant une attention spécifique aux publics particulièrement éloignés.

    Sur les questions d’emploi et de pouvoir d’achat, nous oeuvrons pour intensifier les efforts de formation et d’accompagnement au numérique pour les jeunes et les demandeurs d’emploi ; pour faire de l’entreprise un véritable lieu d’apprentissage du numérique ; pour accompagner les petites structures dans leur transformation numérique et pour faire du numérique un accélérateur de pouvoir d’achat des citoyens. Nous défendons, par exemple, la mise en œuvre d’un réel “tarif social internet” pour les ménages modestes.

    En matière de santé, enfin, la MedNum propose d'agir au plus près des personnes en situation de fragilité pour leur garantir un accès aux informations et aux soins, de renforcer la dynamique d’acculturation entre la médiation numérique et le monde de la santé et de créer les conditions de la confiance des usagers dans l'utilisation du numérique en santé.

    Enfin, quels sont vos liens et vos attentes vis-à-vis du Social Good Accelerator ?

    La MedNum est membre du Social Good Accelerator depuis deux ans. Nous sommes partenaires du projet Social Tech Academy, qui explore les compétences numériques de l'ESS pour créer un portail d'information, et membres du groupe de travail European Public Affairs.

    Pour de nombreuses personnes, les questions européennes semblent encore lointaines, mais nous sommes convaincus que la gestion de projets de cette envergure est efficace, tant en termes de partage de bonnes pratiques avec nos voisins que de stimulation de développements politiques intéressants pour le secteur de l'économie sociale et l'inclusion numérique en particulier.

    Faire partie du Social Good Accelerator nous permet de disposer d'un environnement commun pour exprimer nos attentes et mettre en commun les moyens de les réaliser. Cette démarche s'inscrit dans le prolongement direct de la manière dont nous travaillons avec nos membres et est particulièrement en phase avec nos valeurs.

    Un article écrit par

    Justine Coopman
    justine(at)socialgoodaccelerator.eu
    Affaires publiques et Communication
    Lille, France
    Social Tech Atlas: why a single map for a thousand social organisations?

    Social Tech Atlas : pourquoi une seule et même carte pour 1000 organisations de l'ESS ?

    Social Tech Atlas : pourquoi une seule et même carte pour 1000 organisations de l'ESS ?

    Jusqu’alors, il n’existait aucune base de données européenne regroupant à la fois les organisations soutenant les acteurs de l’économie sociale dans leur transition numérique, ni celles offrant des outils et services numériques alternatifs. C’est désormais chose faite avec le Social Tech Atlas, qui ne prétend pas avoir réussi à les réunir, mais en a bien l’ambition.

    Voici les objectifs de cet outil gratuit, ouvert et accessible.

    Screenshot Social Tech Atlas
    Une brève vue du Social Tech Atlas : chaque point correspond à une organisation, et chaque couleur à un secteur précis.
    Source: Social Tech Atlas

    Rassembler les acteurs de la Social Tech
    Alors que de nombreux autres cas de cartographie existaient déjà, le SOGA a récemment fait le constat qu’une cartographie regroupant les acteurs impliqués de près comme de loin pour la Social Tech était aux abonnés absents. Par exemple, des organisations comme Impact Database ont proposé une carte interactive du paysage des investisseurs à impact en Europe. Dans le cas du SOGA, le but est bien de regrouper les acteurs de la Social Tech. Ce concept décrit le fait d’utiliser les technologies numériques pour agir pour l’intérêt général et la société. En d’autres termes, il s’agit du modèle que le SOGA prône depuis sa création, c’est-à-dire celui de résorber les inégalités, de renforcer les solidarités existantes ou encore d’innover socialement à travers l’utilisation des outils numériques ouverts et libres.


    Constituée de modèles technologies s’appuyant sur des acteurs et des infrastructures de l’ESS, la Social Tech propose des systèmes à fort impact social et environnemental. Par ailleurs, il est nécessaire que l’ESS réussisse sa transition numérique, notamment pour qu’elle préserve son patrimoine social immatériel, au coeur du modèle européen.

    Une carte interactive pour mutualiser les forces des spécificités du modèle Tech européen
    Pour y parvenir, comme de nombreux acteurs du secteur, le Social Good Accelerator souhaite lui aussi proposer des outils ouverts couplés à des applications pratiques. Cette idée de base de données que l’association a désormais en tête depuis quelque temps permettra aux organisations de l’ESS en Europe et aux décideurs politiques d’identifier rapidement plusieurs acteurs. Les bases de données qui fourniront le Social Tech Atlas seront d’ailleurs des bases ouvertes de nos partenaires, qui recensent déjà un certain nombre de structures que le SOGA souhaiterait référencer. Il faut en effet agréger cette donnée, la valider, la rendre conforme au RGPD pour qu’ensuite elle soit intégrée dans l’Atlas. L’équipe du projet a dû garder en tête l’objectif de cette cartographie ouverte, et donc de bien filtrer les organisations qui avaient lieu d’y être des autres.

    D’abord, l’Atlas leur permettra de trouver les organisations européennes qui accompagnent en particulier les acteurs de l’ESS dans leur transition numérique par des méthodes axées par exemple sur un accompagnement au changement ou de l’UX design adapté. Ensuite, toute organisation pourra trouver des structures européennes à statuts variables (coopératives, mutuelles, associations, fondations) proposant des outils et services numériques alternatifs et ouverts.

    L’objectif du Social Tech Atlas est bien de mutualiser les forces pour contribuer aux spécificités du modèle Tech européen, tout en améliorant la reconnaissance de valeur ajoutée qu’il incombe. Mutualiser les forces pour le plus grand bien permettra aux structures concernées de leur limiter des coûts financiers et temporels. En effet, avec le Social Tech Atlas, un gain de temps considérable est potentiellement envisageable pour les structures de l’économie sociale. La création de tels communs s’inscrit dans la démarche du SOGA de renforcer les missions du secteur. Il s’agit là de permettre aux acteurs européens de l’ESS de trouver des partenaires en phase avec la transformation numérique de leur structure. 

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    Le logo du Social Tech Atlas.
    Source: Social Good Accelerator

    En plus d’offrir des compétences et des services utiles au bien commun, les organisations référencées sont ici aussi spécialisées sur les enjeux ESS (parfois même en en faisant statutairement partie).

    L’ambition du SOGA dans la création d’un tel commun numérique est bien de voir se multiplier les coopérations européennes dans la Social Tech. Cette ambition n’aurait pas pu être concrétisée sans l’incroyable engagement des partenaires et bénévoles de l’association d’Aésio Mutuelle, qui fut le principal financeur de ce projet. Un immense merci à nos bénévoles de >Contournement>, de Latitudes, du Fantastique Bazar et de Vizity pour l’énorme travail accompli. Allez faire un tour sur leur site, c’est super ce qu’ils font !

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    AESIO Mutuelle
    PANA
    Données et philanthropie : comment accélérer l’impact grâce à des partenariats au service du bien commun ?

    Données et philanthropie : comment accélérer l’impact grâce à des partenariats au service du bien commun ?

    Jeudi 23 mai, nous étions au Forum annuel de l’European Foundation Center à Paris, une édition placée sous la bannière des valeurs françaises : « Liberty, Equality, Philanthropy… ». Ce rendez-vous a permis aux 800 participants, représentants de fondations venues de toute l’Europe, de découvrir les spécificités et les engagements philanthropiques français à travers des acteurs comme la Fondation de France, La France s’engage, Schneider Electric ou Accenture.

    En fin de journée, un thème central pour le secteur du mécénat a donné lieu à un débat particulièrement riche. Cette séquence, consacrée à « Data and Philanthropy », posait une question centrale : comment la philanthropie peut-elle produire un impact systémique, plutôt qu’occasionnel, grâce aux données ?

    Avec Generation2 – Connection Philanthropy collaboration, nous proposons ici une synthèse de cette discussion, enrichie d’illustrations concrètes issues de notre écosystème.

    Les différents usages des données dans la philanthropie

    Stefaan Verhulst, cofondateur et directeur de la recherche et du développement de GovLab, a ouvert le débat avec une taxonomie particulièrement précise. Il a montré comment la collecte et l’analyse de données peuvent contribuer au développement de la philanthropie.

    Les données comme ressource au service de la philanthropie

    Les données peuvent devenir un outil utile d’amélioration continue pour la philanthropie. Elles permettent d’analyser plus finement les besoins, d’adapter les réponses et les solutions, mais aussi d’améliorer l’évaluation d’impact.

    La plateforme Wenabi, première plateforme destinée à simplifier l’engagement social des entreprises, à mobiliser leurs salariés et à mesurer efficacement l’impact des actions solidaires menées, illustre bien cette logique. Elle propose notamment de mesurer et d’évaluer l’impact des entreprises à travers un outil de reporting intégré, qui permet de suivre les actions mises en œuvre et d’en mesurer les effets sur les salariés comme sur les associations bénéficiaires.

    Les données comme boussole pour orienter les financements

    Les données permettent aussi de mieux orienter les fonds. La philanthropie peut ainsi investir, par exemple, dans la transition numérique du secteur non lucratif, à travers des data ventures. Encore faut-il disposer d’outils facilitant la gestion, l’analyse et la sélection des projets entrants.

    L’outil Optimy, en Belgique, a permis de transformer le processus souvent lourd des appels à projets des fondations. Il y a apporté davantage de transparence et d’efficacité. Le partage de données entre fondations pourrait aller encore plus loin, à condition de respecter le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).

    Le numérique peut également nourrir une action prospective. C’est le cas des chatbots conseillers en philanthropie, comme celui mis en place par l’association 30 Millions d’Amis, qui fournit des conseils aux propriétaires d’animaux pendant l’été afin de limiter les risques d’abandon. Autre exemple cité : Alexa, l’assistant vocal d’Amazon, qui a encouragé les dons lors de l’édition américaine de Red Nose Day, ce qui constitue une nouveauté importante.

    Les données comme outil de plaidoyer et d’activisme

    L’analyse de données globales et partagées peut aussi aider à construire des argumentaires et à porter des mobilisations collectives. Les grandes plateformes de pétitions en ligne comme Change.org et Avaaz ont ouvert la voie. Les médias commencent eux aussi à articuler storytelling et appels à l’action, comme Konbini dans sa récente collaboration avec France Inter autour de la journée « Plastic, no thank you ».

    Selon Stefaan Verhulst, de nombreuses fondations investissent déjà dans cette transition. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à utiliser les données pour guider leur stratégie.

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    Les données comme vision politique

    La philanthropie est appelée à jouer un rôle croissant dans le développement de politiques publiques relatives aux données. C’est ce qu’illustre le cas de Bayes Impact, aujourd’hui engagé en faveur de la mise en place d’un service public citoyen. Cette initiative a conduit à des formes de collaboration public-privé dans la mise à disposition de données utiles aux projets d’innovation sociale portés par des citoyens.

    Un appel à créer de nouvelles formes institutionnelles

    Lucy Bernholz, du Digital Civil Society Lab, a rappelé les dangers associés à l’usage des données dans chacun des quatre champs évoqués. Elle a insisté sur deux questions fondamentales : qui gouverne ces données et de quelle manière ?

    L’une des pistes avancées pour répondre à ces risques consiste à créer de nouvelles formes institutionnelles, extérieures à la fois aux entreprises et aux gouvernements. Lucy Bernholz a formulé cet avertissement sans ambiguïté : « La philanthropie doit investir et créer ces institutions, sinon elles seront inventées sans nous. »

    Plateformisation, désintermédiation et nouveaux modèles

    Rhodri Davies, Head of Policy and Program Director du think tank britannique Giving Thought, estime que l’impact de la technologie sur la collecte de fonds sera global. Selon lui, il modifiera à la fois le , le comment et le quoi du don.

    Il met en lumière un phénomène de désintermédiation des acteurs historiques, ainsi qu’une tendance croissante à la plateformisation, c’est-à-dire au rôle grandissant de plateformes comme Facebook ou Instagram dans ce domaine.

    Richard Benjamins, Chief Data Officer de Telefonica, a apporté une perspective plus extérieure au secteur philanthropique. Pour lui, « pour avoir un véritable impact sur nos sociétés grâce aux données, il nous faut des modèles économiques durables. La philanthropie ne suffit pas. » Il invite donc à interroger les fondements mêmes de l’exploitation des données. La philanthropie, à elle seule, ne résoudra pas un problème structurel. En revanche, elle peut jouer un rôle de catalyseur de l’innovation sociale, à la manière d’un investisseur d’amorçage, à condition de disposer d’outils de suivi lui permettant de faire changer d’échelle les projets les plus pertinents.

    Sensibiliser, former et ouvrir l’accès à ces enjeux

    Anne Bouverot, fondatrice de la Fondation Abeona sous l’égide de la Fondation de France et docteure en intelligence artificielle, a insisté sur l’importance de sensibiliser les individus aux besoins du secteur non lucratif. Elle y voit un nouveau rôle pour les fondations.

    Pour elle, la clé du développement réside dans la collaboration multi acteurs. Elle l’exprime ainsi : « Si vous voulez réellement faire la différence, vous devez atteindre un nombre important de personnes. […] Il sera difficile pour une entreprise de faire cela à grande échelle sans que cela soit perçu comme un intérêt propre. »

    La question devient alors : comment accélérer ce mouvement ?

    L’une des idées avancées consiste à mettre les talents des entreprises et des étudiants à disposition, dans une logique de pro bono. Anne Bouverot a également souligné le rôle de l’éducation : « Nous devons nous assurer d’atteindre les personnes qui deviendront les futurs ingénieurs et codeurs de la donnée. »

    De nouveaux outils collaboratifs pour gérer la philanthropie en entreprise

    De nouveaux outils collaboratifs émergent pour structurer la philanthropie dans les entreprises. C’est le cas de la Plateforme de l’engagement solidaire de microDon, de Wenabi ou encore de MyCrowdcompany, qui propose des dispositifs d’engagement en entreprise fondés sur des plateformes.

    Ces outils permettent de mieux piloter les efforts solidaires, de rassembler en un même espace les mécanismes de dons financiers et de dons de temps, et de donner une vision plus claire de l’offre solidaire portée par l’entreprise et de son sens. Grâce à ces solutions simples et attractives, la philanthropie devient beaucoup plus accessible dans l’entreprise, notamment grâce aux données.

    Lucy Bernholz estime, de son côté, que l’activisme et la proposition de modèles alternatifs seront également indispensables pour inclure réellement la société civile dans ce champ. Selon elle, le secteur non lucratif et la philanthropie doivent se poser en remparts protégeant le bien commun et devenir des interlocuteurs essentiels.

    Vers des modèles collaboratifs à l’échelle des Objectifs de développement durable

    C’est précisément l’un des objectifs de la plateforme SDG Philanthropy Platform, un modèle collaboratif inter-fondations qui permet le partage de données sur les efforts philanthropiques et la visualisation de données liées aux Objectifs de développement durable des Nations unies et à leurs 169 cibles. Cette initiative a été mise en œuvre en 2015, à la suite d’une vaste consultation multi-acteurs, afin de concentrer collectivement les efforts sur les urgences sociales et climatiques.

    Malgré les nombreux défis et obstacles encore à surmonter, la session s’est achevée sur une note d’espoir. Les intervenants ont souligné qu’un sentiment croissant de responsabilité se développe autour des données et de leurs usages. Comme l’a rappelé Richard Benjamins, « nous nous interrogeons de plus en plus sur l’impact, indépendamment des algorithmes. Il existe tout un mouvement pour être responsable. » Et il ajoute : « Il y a désormais des leaders dans ce mouvement. »

    Il appartient désormais aux fondations européennes de saisir les super-pouvoirs de la technologie pour construire un modèle vertueux d’intelligence collective autour du Big Data et de l’intelligence artificielle, et pour renforcer l’impact ainsi que la croissance de la philanthropie sur le vieux continent.

    Une question de responsabilité partagée

    Pour répondre aux grands défis contemporains, il faut réinventer les modèles actuels, explique Lucy Bernholz. Elle considère notamment que la prochaine étape doit consister à mettre en place un agenda de politique publique du numérique. Selon elle, « le Parlement britannique, les représentants américains et les grandes entreprises doivent s’engager à partager leurs données ; cela relève de leur responsabilité. »

    Les démocraties sont en danger si nous n’apprenons pas à collaborer et à croiser les visions des différents acteurs. Il devient donc nécessaire de penser de nouvelles manières de coopérer avec la société civile, dans une logique plus centrée sur les usages. C’est tout un enjeu de démocratisation et d’accessibilité des données qui apparaît ici.

    Pour Alberto Alemanno, fondateur et directeur de The Good Lobby, la mise en place de cadres juridiques est essentielle. Il explique que « pour débloquer durablement les données détenues par le secteur privé, les secteurs privé et public doivent se comprendre, harmoniser leurs attentes et veiller à ce que les bénéfices respectifs soient compris et accessibles à tous. Il s’agit d’une responsabilité partagée […] de les partager avec le plus grand nombre, et non avec une minorité. »