Data of general interest: towards a public partnership with Social Economy

Données d'intérêt général : vers un partenariat public commun avec l'ESS ?

Données d'intérêt général : 

vers un partenariat public commun avec l'ESS ?

Le 8 novembre 2023 marque le début du NEC ESS Europe, l’événement de rassemblement de l’ESS numérique en France et en Europe organisé par le SOGA. Son objectif ? Faire connaître et accélérer l’ESS numérique. Cet événement s’ancre dans la démarche Numérique en commun[s] de l’ANCT et est co-financée par le Crédit Coopératif. Rassemblant plus de 200 personnes et plus de 80 intervenants, le NEC ESS Europe a été le catalyseur de discussions passionnantes. Nous vous proposons un compte-rendu des échanges de la conférence "Données d'intérêt général : vers un partenariat publics communs avec l'ESS ?" qui s’est déroulée à Paris.

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Cette conférence a rassemblé des personnalités éminentes telles que Jacques François Marchandise (Exploranum), Emmanuel Porte (INJEP), Vincent Bachelet (Inno3), Rémy Gerbet (Wikimedia France), et Madame la Députée Mireille Clapot (CNSP). Ensemble, ils ont exploré les défis et les opportunités de l'utilisation des données dans l'économie sociale et solidaire (ESS) numérique, un sujet de plus en plus prépondérant à l'ère du numérique.

Plaider en faveur d'une transition numérique inclusive

Jacques François Marchandise a lancé les discussions en mettant l'accent sur la transition numérique inclusive. Il a souligné la nécessité de démanteler les barrières entre les domaines professionnels. Jacques François Marchandise a illustré son propos par le rôle transformateur de la médiation numérique dans différents secteurs. Selon lui, c'est la clé d'une intégration réussie de la technologie numérique dans toutes les sphères de la société.

La culture de la donnée dans les associations

Emmanuel Porte a pris la parole pour approfondir le sujet de la culture de la donnée au sein des associations. Emmanuel Porte a remis en cause la vision des données comme une contrainte, notamment dans le cadre du RGPD, en les positionnant plutôt comme un outil de coopération territoriale. Emmanuel Porte a souligné l'importance de la perception et de l'utilisation des données dans la formation professionnelle et le renforcement des capacités des associations. Emmanuel Porte a fait référence aux Cahiers de l’action (n°60) “Les associations au défi des données numériques”.

Exploration de l'utilisation des données dans les communautés numériques

Vincent Bachelet a ensuite orienté la discussion vers l'utilisation des données dans les biens communs numériques. Vincent Bachelet s'est interrogé sur les différentes méthodes permettant d'utiliser efficacement les données collectives, tout en respectant les principes des biens communs numériques. Les réflexions de Vincent Bachelet ont ouvert de nouvelles perspectives sur la valorisation éthique et collaborative des données.

Collaboration dans la diffusion des données

Rémy Gerbet a souligné le rôle critique de la collaboration dans la diffusion des données d'intérêt général. Rémy Gerbet a présenté la collaboration entre l'OMS et le mouvement Wikimedia pendant la pandémie COVID-19 comme un cas exemplaire. Cette collaboration a démontré comment le partage rapide d'informations validées peut avoir un impact global significatif.

Un cadre juridique pour les communs numériques

Mireille Clapot, membre du Parlement européen, a conclu la série d'entretiens. Mireille Clapot a souligné la nécessité de disposer de cadres juridiques adaptés aux biens communs numériques d'intérêt général. Mireille Clapot a plaidé en faveur d'une définition juridique claire des biens communs numériques et de l'adaptation des cadres juridiques et fiscaux. Elle a fait référence à l'avis de la CSNP sur les communs numériques, dirigé par Jeanne Bretécher (Présidente du SOGA), qui offre un aperçu des défis et des solutions pour le développement des biens communs numériques.

Conclusion 

Cette conférence a brillamment mis en lumière la complexité et l'importance de la gestion des données dans l'économie sociale numérique. Vous pouvez regarder le replay de la conférence sur la chaîne Youtube du SOGA.

Si vous êtes intéressé par ces sujets, rejoignez le SOGA pour nous soutenir et développer une économie sociale numérique européenne forte.

 

Un article écrit par

Justine Coopman
Communication and Public Affairs Manager
justine(at)socialgoodaccelerator.eu
Dynamiser l’économie sociale par le numérique

Dynamiser l’économie sociale par le numérique

Dynamiser l’économie sociale par le numérique : les recommandations de la Commission européenne

Avec la montée en puissance du numérique dans nos sociétés, il devient impératif d’assurer l’adaptation de l’économie sociale à cette transformation majeure.
Loin de la recherche effrénée du profit, l’économie sociale occupe une place essentielle en plaçant l’humain, les enjeux sociaux et environnementaux au cœur de son action.

Pour permettre à ce secteur dynamique de s’épanouir pleinement, la Commission européenne a présenté en décembre 2021 un plan d’action ambitieux pour l’économie sociale.
Au cœur de ce plan figure une recommandation du Conseil, adoptée le 13 juin 2024, qui vise à créer les conditions-cadres nécessaires au développement de l’économie sociale en Europe.

Notre analyse se concentre sur les propositions numériques clés de cette recommandation — des mesures innovantes qui ouvrent de nouvelles perspectives pour l’économie sociale à l’ère digitale.

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Renforcer les compétences numériques dans l’économie sociale

Pour réussir les transitions numérique et écologique, il est essentiel de développer les compétences numériques au sein de l’économie sociale.
La Commission encourage les États membres à soutenir la formation, les échanges d’expériences et le développement de compétences managériales, entrepreneuriales et digitales adaptées à un environnement en constante évolution.

Exemple concret : la Social Tech Academy.

Le Social Good Accelerator pilote la Social Tech Academy, programme de référence pour la montée en compétences numériques des acteurs de l’économie sociale.
Ouvert, collaboratif et accessible, ce programme vise à outiller les structures de l’ESS et leurs bénéficiaires — notamment les jeunes et les personnes éloignées de l’emploi — pour une transition numérique inclusive et professionnalisante vers les métiers du “Social Tech”.

Relier politique industrielle et transition numérique

Pour stimuler l’innovation sociale et un développement économique durable, il est crucial d’intégrer les objectifs de l’économie sociale dans les politiques industrielles.
Cette articulation facilite la transition vers une économie circulaire et numérique, où les acteurs coopèrent pour maximiser l’impact social positif.

L’intégration de ces objectifs favorise :

  • la création d’emplois durables,

  • la promotion de l’entrepreneuriat social,

  • et la réduction des inégalités.

En combinant ces dynamiques dans les stratégies industrielles, l’Union européenne trace la voie d’un avenir plus inclusif et équitable, où performance économique et utilité sociale se renforcent mutuellement.

Encourager le développement des initiatives communautaires

La Commission européenne soutient activement le déploiement d’initiatives communautaires au sein de l’économie sociale.
Celles-ci prennent la forme de :

  • communautés énergétiques,

  • solutions de mobilité partagée,

  • plateformes coopératives numériques,

  • coopératives agricoles et circuits courts alimentaires.

Ces initiatives renforcent la cohésion sociale et territoriale en permettant aux citoyens d’accéder à des produits et services locaux tout en participant à des modèles économiques durables.

Dans cette optique, la Commission a lancé le Portail européen de l’économie sociale et numérique : un guichet unique en ligne pour accéder à des informations sur les financements européens, formations, événements et opportunités par pays.

Renforcer l’accès aux outils numériques et aux technologies émergentes

Pour prospérer dans un environnement numérique en constante mutation, les structures de l’économie sociale doivent avoir accès à des outils technologiques avancés.
L’usage de l’open source, du big data et de l’intelligence artificielle responsable permet d’améliorer l’efficacité, la productivité et l’impact social des organisations.

Exemple inspirant : TechSoup fournit des licences logicielles à des milliers d’associations en Europe, leur permettant d’accéder à des outils numériques performants et abordables, renforçant ainsi leur capacité d’action sociale.

Ouvrir l’accès aux marchés et à la commande publique

La Commission européenne encourage une coopération accrue entre entreprises sociales et entreprises classiques, notamment via les technologies numériques qui facilitent l’accès aux marchés privés et publics.
Cette collaboration permet d’amplifier la portée sociale et environnementale des initiatives de l’économie sociale.

Pour accompagner cette dynamique, la Commission préconise :

  • des mécanismes de soutien spécifiques,

  • des formations dédiées à la commande publique responsable,

  • et des incitations financières favorisant les partenariats inclusifs.

Ces mesures ouvrent la voie à de nouvelles opportunités économiques et sociales, tout en facilitant l’intégration professionnelle des personnes vulnérables grâce à la formation et à l’emploi adapté.

L’appui européen aux recommandations numériques : les Transition Pathways

Au cœur de la mise en œuvre de ces recommandations se trouvent les Transition Pathways, un cadre stratégique conçu pour accélérer la transition numérique de l’économie sociale.
Ce processus collaboratif, développé avec le Social Good Accelerator et des centaines d’acteurs européens, définit les étapes clés pour accompagner le changement.

Les Transition Pathways offrent :

  • une méthodologie inclusive et coopérative,

  • une feuille de route claire pour la transformation numérique,

  • et des mesures adaptées pour garantir un avenir numérique durable et équitable.

Cet outil constitue désormais un levier central des politiques européennes en matière d’économie sociale et de transition digitale.

Les impacts attendus de ces recommandations

Ces propositions sont actuellement discutées par le Conseil de l’Union européenne, en vue d’un accord politique commun.
Une fois adoptées, les États membres auront 18 mois pour adapter ou créer leur stratégie nationale de l’économie sociale, intégrant ces priorités numériques.

La Commission assurera ensuite un suivi régulier de leur mise en œuvre, en lien avec le Comité de l’emploi et le Comité de la protection sociale, afin de mesurer les effets concrets et d’ajuster les politiques selon les besoins observés.

Ces recommandations marquent une étape majeure pour faire de l’économie sociale un moteur de la transition numérique européenne, fondée sur l’inclusion, la durabilité et la coopération.

Les engagements du SOGA pour renforcer les compétences numériques de l’ESS

Les engagements du SOGA pour renforcer les compétences numériques de l’ESS

Les engagements du Social Good Accelerator dans le cadre des Transition Pathways : renforcer les compétences numériques dans et par l’économie sociale

La feuille de route Transition Pathways est le fruit d’un intense travail de co-construction mené entre décembre 2021 et mars 2022.
Le Social Good Accelerator (SOGA) y a été mobilisé comme expert européen des enjeux numériques de l’économie sociale auprès de la Commission européenne.

Cette démarche vise à identifier des axes de coopération concrets pour accompagner la double transition numérique et écologique des écosystèmes industriels et de l’économie sociale.
Elle appelle les acteurs publics, privés et associatifs à formuler des engagements collectifs afin de faire converger leurs actions dans les directions proposées.

À la suite de sa présentation officielle le 14 novembre 2023, à laquelle Jeanne Bretécher, présidente du SOGA, a participé, notre organisation a répondu à l’appel à engagement de la Commission européenne.
Nous contribuons ainsi à la mise en œuvre concrète de ces recommandations, en soutenant les acteurs de terrain dans leur transition verte et numérique à l’échelle européenne.

Transition pathway événement de lancement, Lundi 14 novembre 2022, Bruxelles.
crédit photo : Social Economy Europe

Le Social Good Accelerator (SOGA) est un think & do tank européen fondé en 2017 à partir d’un double constat :
la transition numérique des organisations de l’économie sociale reste trop peu accompagnée, et les modèles numériques alternatifs issus de l’économie sociale peinent encore à émerger.

Ces modèles représentent pourtant une “troisième voie” européenne : celle d’une innovation numérique fondée sur les valeurs démocratiques, la justice sociale et le respect de l’environnement.

Aujourd’hui, le SOGA fédère plus de 70 membres, réseaux et citoyens engagés à travers l’Europe.
Nous travaillons à accélérer la transformation de l’économie sociale grâce aux leviers numériques : montée en compétences, plaidoyer et recherche collaborative.

Notre conviction : seules des compétences numériques renforcées permettront aux organisations de l’économie sociale de saisir pleinement les opportunités de la transition digitale et d’utiliser les technologies pour défendre leurs valeurs et promouvoir des modèles numériques fondés sur les communs.

C’est pourquoi le SOGA s’engage à renforcer les compétences numériques de l’économie sociale dans l’Union européenne, à travers son programme “Digital Skills”, qui comprend aujourd’hui deux projets structurants :
le projet européen Social Tech Academy et le projet national Social_tEchSS.

La Social Tech Academy : un travail d’acculturation et de développement des compétences numériques de l’économie sociale

La Social Tech Academy est un projet européen financé par Erasmus+.
À partir de fin 2023, elle deviendra la plateforme de référence pour les métiers du numérique dans l’économie sociale européenne.

Elle s’adresse aux jeunes diplômés, personnes en reconversion, formateurs et recruteurs de l’économie sociale, et proposera :

  • 20 modules de formation en ligne sur des thématiques numériques clés, avec contenus théoriques, études de cas, outils pratiques et bibliothèques de ressources, disponibles en français, anglais, italien et espagnol ;

  • 20 fiches métiers et 20 entretiens avec des professionnels du secteur ;

  • la formation de 80 à 100 formateurs européens au sein de l’enseignement supérieur, via quatre jours de formation dans les quatre langues du projet, afin de créer une communauté d’apprentissage continue autour des métiers du Social Tech.

L’objectif : permettre aux formateurs de transmettre ces compétences aux demandeurs d’emploi, salariés de l’économie sociale et étudiants, en favorisant l’autonomie et la montée en compétence collective.

Le projet prévoit aussi le développement d’une base de données ouverte recensant les acteurs de la transition numérique de l’économie sociale en Europe, sous forme de plateforme web et d’application mobile.
Cette base s’appuie sur le Social Tech Atlas, déjà créé par le SOGA, qui référence plus de 1 000 organisations européennes proposant des solutions technologiques, des services ou un accompagnement à la transformation numérique de l’ESS.

 

Le projet Social_tEchSS : un travail sur les référentiels de compétences numériques

Le projet Social_tEchSS, financé par la Fondation Crédit Coopératif et l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), est un programme de recherche-action visant à co-construire des référentiels de compétences et de formation en compétences numériques de base, adaptés aux réalités professionnelles des salariés de l’économie sociale.
Il mobilise pour cela l’expertise des réseaux de médiation numérique.

Les engagements du projet :

  • Outiller les salarié·es de l’économie sociale grâce à des référentiels communs entre médiation numérique et ESS, afin de leur permettre d’accompagner leurs publics vers l’autonomie digitale ;

  • Enrichir les référentiels de compétences transversales existants en intégrant de nouvelles situations professionnelles propres à l’économie sociale ;

  • Diffuser et valoriser les pratiques et outils de médiation numérique dans le secteur ;

  • Sensibiliser les décideurs publics et financeurs à l’importance d’investir dans la formation numérique des acteurs de l’ESS.

Le projet cible huit branches professionnelles de l’économie sociale en France, dont les salarié·es sont en contact direct avec des publics vulnérables.
Son ambition : former les professionnels de l’ESS à la maîtrise des outils numériques, à la détection des fragilités digitales, et à l’orientation des publics vers des médiateurs spécialisés, afin de réduire durablement la fracture numérique.

 

De nouveaux projets en préparation pour renforcer les compétences numériques de l’économie sociale en Europe

Le SOGA prépare actuellement deux nouveaux projets Erasmus+ en partenariat avec des acteurs européens, dans le cadre des coopérations pour l’éducation des adultes.

1️⃣ L’European Data School :

Un programme inédit visant à renforcer les compétences des acteurs de l’économie sociale sur la donnée ouverte (Open Data).
L’objectif : proposer dès 2026 des parcours de formation complets, accessibles sans prérequis, combinant cours en ligne et “data expéditions”, pour apprendre à manipuler et réutiliser les données publiques dans des projets à impact social.

2️⃣ Le Campus de la médiation numérique (en partenariat avec La MedNum) :

Ce projet rassemblera les acteurs européens de la médiation numérique dispersés dans l’économie sociale et la société civile.
Il visera à :

  • identifier les meilleures pratiques et référentiels de formation en Europe ;

  • organiser une semaine de formation intensive dans huit pays européens ;

  • et construire un plaidoyer européen pour valoriser ces métiers essentiels et les intégrer pleinement dans les politiques d’inclusion numérique de l’Union.

À travers ces projets, le SOGA poursuit un objectif clair : renforcer les cadres de formation et les compétences numériques des acteurs de l’économie sociale, en s’appuyant sur les médiateurs numériques comme vecteurs d’inclusion et de transformation collective.

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

ChatGPT n’est pas seulement une révolution technologique : c’est aussi un cas d’école en matière de responsabilité sociale des entreprises.
Conçu à l’origine comme un contre-modèle aux GAFAM au sein d’une organisation à but non lucratif, OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, a progressivement basculé vers un modèle capitaliste.

L’affaire révélée par le magazine Time sur les conditions de travail des sous-traitants kenyans — employés par Samasource, une ancienne ONG devenue entreprise à but lucratif — a mis en lumière les paradoxes du modèle.
Ces révélations posent une question de fond : les statuts “non lucratifs” servent-ils aujourd’hui de tremplin à des entreprises technologiques motivées par le profit plutôt que par l’intérêt général ?
Retour sur un cas emblématique et les interrogations qu’il soulève.

Bien que le secteur à but non lucratif se structure traditionnellement autour de valeurs de gouvernance démocratique, de transparence et d’éthique, certaines situations viennent interroger cette éthique de solidarité.
Comme toute entreprise, les organisations à but non lucratif sont confrontées à des pressions économiques : baisse de revenus, difficultés de trésorerie, plans sociaux…
Ces contraintes les obligent parfois à faire coexister éthique et performance, au risque que la recherche d’efficacité supplante progressivement la mission d’intérêt général.

L’évolution d’OpenAI : du modèle non lucratif au statut à but lucratif limité

Fondée en 2015 par Elon Musk et Sam Altman, OpenAI naît comme une organisation à but non lucratif.
Son ambition initiale : développer une intelligence artificielle au service du bien commun, en opposition aux modèles de captation de données des géants du numérique.

Mais en 2019, un an après le départ d’Elon Musk, la structure change de statut pour devenir une “limited-profit company”, un modèle hybride américain permettant d’accueillir des capitaux privés tout en plafonnant la rémunération des investisseurs.
Malgré cette évolution, OpenAI continue d’affirmer que sa mission est de « développer une intelligence artificielle pour le bénéfice de toute l’humanité ».

Jusqu’à la publication de l’enquête du Time en janvier 2023, l’entreprise cultivait une image d’éthique et de transparence fidèle à ses origines.
Mais l’enquête révèle que pour résoudre les problèmes de toxicité linguistique dans ses modèles d’IA, OpenAI a eu recours à un prestataire basé au Kenya, où des travailleurs ont été exposés à des contenus violents et haineux pour un salaire dérisoire.

Dans sa réponse officielle, la direction d’OpenAI affirme ne pas avoir eu connaissance des conditions de travail de ce sous-traitant.
Cependant, l’affaire a profondément écorné son image de pionnier éthique de l’intelligence artificielle.

De fortes pressions dans un secteur ultra-compétitif

Ce scandale révèle le paradoxe entre compétitivité et éthique dans le secteur de l’intelligence artificielle.
Pour rester dans la course face aux GAFAM, OpenAI s’est heurtée aux limites de ses engagements moraux.

Le prestataire mis en cause travaille d’ailleurs pour la plupart des concurrents directs d’OpenAI, en raison de tarifs extrêmement compétitifs.
Les géants comme Google, Meta ou Microsoft ont eux aussi recours à ces sous-traitants chargés de filtrer les données violentes ou haineuses, dans le cadre de l’entraînement de leurs modèles.

OpenAI n’a donc pas inventé cette pratique : elle l’a reproduite pour survivre dans une industrie dominée par la logique de vitesse et de performance.
Son évolution – du statut juridique à la recherche de fonds – l’a rendue de plus en plus semblable à ses concurrents, y compris dans ses méthodes.

La principale critique adressée à OpenAI tient à l’incohérence entre son discours et ses pratiques.
L’entreprise s’était imposée mondialement grâce à un positionnement moral fort. Lorsque la réalité de son fonctionnement a été dévoilée, une partie du public s’est sentie trahie.

Mais il serait injuste de généraliser ce cas à l’ensemble du secteur non lucratif ou à celui de l’IA.
Le développement de l’intelligence artificielle reste une opportunité majeure pour la Social Tech, qui pourra s’appuyer sur ces outils pour produire des innovations éthiques, responsables et utiles au bien commun.

Quelle est la position de ChatGPT lui-même ?

Pour clore l’analyse, ChatGPT a été interrogé sur le dilemme éthique auquel ses créateurs ont été confrontés : productivité ou éthique ?
Sa réponse est sans équivoque :

« Les entreprises qui se revendiquent d’un modèle éthique ou à but non lucratif ont une responsabilité envers le public et le reste du secteur. La transparence et la redevabilité sont des conditions essentielles de la confiance. »

Une position lucide, bien éloignée des ambitions financières actuelles d’OpenAI, qui prévoit désormais d’atteindre 1 milliard de dollars de revenus d’ici 2024 — un objectif qui s’éloigne sensiblement de son intention initiale : créer une intelligence artificielle au service de l’humanité.

Transition pathways: solutions for proximity economy and social tech

Transition pathways : des solutions pour l'économie de proximité et la social tech

Transition pathways : des solutions pour l'économie de proximité et la social tech

En se divisant en quatre groupes lors de cette session, le public de ces premiers ateliers a discuté des voies de transition avec des acteurs de l'économie sociale et des responsables de différents départements de la Commission.
Comme les voies de transition sont conçues pour permettre d'intensifier les contributions aux transitions verte et numérique, elles se concentrent sur l'élaboration de politiques influençant les niveaux local et régional, où les acteurs sont ancrés et ont le plus besoin de soutien.

Jeanne Bretécher intervenes @Transition pathways workshop
Jeanne Bretécher, présidente et cofondatrice du Social Good Accelerator, a animé l'un des quatre ateliers organisés par la Commission européenne le 30 mai 2022.
Source: Thomas Brisbart

Les défis multiples pour l'écosystème
Social Economy Europe, Diesis, Euclid Network et le Social Good Accelerator ont animé séparément quatre ateliers axés sur l'entrepreneuriat social, la gestion des données, l'économie partagée des plateformes et les technologies sociales. Le Social Good Accelerator s'est concentré sur ce dernier point.

En faisant partie de ce groupe, l'association et les organisations associées avaient pour objectif d'apporter les points clés des documents sur les voies de transition aux participants. En effet, une première version du document a mis en synthèse environ 70 contributions, dont celle que le Social Good Accelerator a rédigée avec sa communauté. Ce rapport explore les domaines dans lesquels l'économie sociale devrait agir, notamment pour accélérer la transition numérique. L'idée à travers ces ateliers était d'apporter des mots simples sur des sujets complexes, réduits à un certain nombre.

Tout d'abord, le groupe a discuté ensemble de ce que l'accès à la technologie implique pour nous. Le problème lié aux outils numériques est que certaines personnes pensent qu'ils sont hors de portée, principalement en raison de barrières psychologiques, du défi des ressources, mais surtout des compétences qui y sont liées. La fracture numérique et le sentiment d'isolement numérique sont tous deux réels dans ce contexte.

Par ailleurs, avec la pandémie, il y a eu une transition brutale vers l'utilisation d'outils dont beaucoup n'avaient pas les compétences et les équipements correspondants. La résolution de ce problème est une question de moyens que les pouvoirs publics permettent de mettre en œuvre, à travers des leviers tels que les ressources économiques et la formation.

Aller vers des solutions
Quelques exemples de bonnes pratiques ont été évoqués par les participants, qui ont apporté différentes contributions intéressantes. Par exemple, certains ont identifié la nécessité de soutenir la création et le partage de chaque secteur industriel, grâce à des réglementations appropriées et adéquates. Par exemple, en Israël, l'accessibilité n'est pas seulement limitée à l'aspect physique, mais a une définition plus large dans la loi. Elle inclut le prisme numérique en son sein.

De l'autre côté du spectre, les modèles de startups sont axés sur l'hypercroissance et la mise à l'échelle. Avec un état d'esprit aussi différent, l'impact l'est aussi. En outre, il est difficile d'identifier la bonne technologie pour les besoins d'une organisation sociale. Certains outils ont cette portée à l'esprit, tels que Rogervoice.

Visual Transition pathways workshop

"Quand on travaille, toutes sortes de personnes différentes sont impliquées, et c'est un pont intéressant mais difficile à franchir", a soutenu un panéliste. Par ces mots, l'exclusion des personnes âgées dans la sphère numérique a été soulevée. Néanmoins, leur exclusion n'est pas seulement basée sur les compétences, mais aussi sur leur propre confiance et sur la conception du produit. Comme toute nouvelle technologie, le numérique est source d'exclusion s'il n'est pas conçu correctement. En d'autres termes, le numérique est synonyme de substitution, et la multimodalité en est la clé.

L'atelier a conclu que la mise en place d'un Internet décentralisé serait la clé d'un écosystème d'innovation sociale numérique efficace. En outre, l'employabilité garantit l'arrivée de nouveaux talents dans le secteur des technologies civiques. Les personnes âgées se méfient des outils numériques. Un prototypage rapide ou un design itératif est nécessaire pour continuer sur cette voie, pavée de plusieurs défis : l'accès à la technologie, l'apport de compétences ou le perfectionnement des personnes, et les défis liés aux ressources elles-mêmes.