Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

ChatGPT n’est pas seulement une révolution technologique : c’est aussi un cas d’école en matière de responsabilité sociale des entreprises.
Conçu à l’origine comme un contre-modèle aux GAFAM au sein d’une organisation à but non lucratif, OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, a progressivement basculé vers un modèle capitaliste.

L’affaire révélée par le magazine Time sur les conditions de travail des sous-traitants kenyans — employés par Samasource, une ancienne ONG devenue entreprise à but lucratif — a mis en lumière les paradoxes du modèle.
Ces révélations posent une question de fond : les statuts “non lucratifs” servent-ils aujourd’hui de tremplin à des entreprises technologiques motivées par le profit plutôt que par l’intérêt général ?
Retour sur un cas emblématique et les interrogations qu’il soulève.

Bien que le secteur à but non lucratif se structure traditionnellement autour de valeurs de gouvernance démocratique, de transparence et d’éthique, certaines situations viennent interroger cette éthique de solidarité.
Comme toute entreprise, les organisations à but non lucratif sont confrontées à des pressions économiques : baisse de revenus, difficultés de trésorerie, plans sociaux…
Ces contraintes les obligent parfois à faire coexister éthique et performance, au risque que la recherche d’efficacité supplante progressivement la mission d’intérêt général.

L’évolution d’OpenAI : du modèle non lucratif au statut à but lucratif limité

Fondée en 2015 par Elon Musk et Sam Altman, OpenAI naît comme une organisation à but non lucratif.
Son ambition initiale : développer une intelligence artificielle au service du bien commun, en opposition aux modèles de captation de données des géants du numérique.

Mais en 2019, un an après le départ d’Elon Musk, la structure change de statut pour devenir une “limited-profit company”, un modèle hybride américain permettant d’accueillir des capitaux privés tout en plafonnant la rémunération des investisseurs.
Malgré cette évolution, OpenAI continue d’affirmer que sa mission est de « développer une intelligence artificielle pour le bénéfice de toute l’humanité ».

Jusqu’à la publication de l’enquête du Time en janvier 2023, l’entreprise cultivait une image d’éthique et de transparence fidèle à ses origines.
Mais l’enquête révèle que pour résoudre les problèmes de toxicité linguistique dans ses modèles d’IA, OpenAI a eu recours à un prestataire basé au Kenya, où des travailleurs ont été exposés à des contenus violents et haineux pour un salaire dérisoire.

Dans sa réponse officielle, la direction d’OpenAI affirme ne pas avoir eu connaissance des conditions de travail de ce sous-traitant.
Cependant, l’affaire a profondément écorné son image de pionnier éthique de l’intelligence artificielle.

De fortes pressions dans un secteur ultra-compétitif

Ce scandale révèle le paradoxe entre compétitivité et éthique dans le secteur de l’intelligence artificielle.
Pour rester dans la course face aux GAFAM, OpenAI s’est heurtée aux limites de ses engagements moraux.

Le prestataire mis en cause travaille d’ailleurs pour la plupart des concurrents directs d’OpenAI, en raison de tarifs extrêmement compétitifs.
Les géants comme Google, Meta ou Microsoft ont eux aussi recours à ces sous-traitants chargés de filtrer les données violentes ou haineuses, dans le cadre de l’entraînement de leurs modèles.

OpenAI n’a donc pas inventé cette pratique : elle l’a reproduite pour survivre dans une industrie dominée par la logique de vitesse et de performance.
Son évolution – du statut juridique à la recherche de fonds – l’a rendue de plus en plus semblable à ses concurrents, y compris dans ses méthodes.

La principale critique adressée à OpenAI tient à l’incohérence entre son discours et ses pratiques.
L’entreprise s’était imposée mondialement grâce à un positionnement moral fort. Lorsque la réalité de son fonctionnement a été dévoilée, une partie du public s’est sentie trahie.

Mais il serait injuste de généraliser ce cas à l’ensemble du secteur non lucratif ou à celui de l’IA.
Le développement de l’intelligence artificielle reste une opportunité majeure pour la Social Tech, qui pourra s’appuyer sur ces outils pour produire des innovations éthiques, responsables et utiles au bien commun.

Quelle est la position de ChatGPT lui-même ?

Pour clore l’analyse, ChatGPT a été interrogé sur le dilemme éthique auquel ses créateurs ont été confrontés : productivité ou éthique ?
Sa réponse est sans équivoque :

« Les entreprises qui se revendiquent d’un modèle éthique ou à but non lucratif ont une responsabilité envers le public et le reste du secteur. La transparence et la redevabilité sont des conditions essentielles de la confiance. »

Une position lucide, bien éloignée des ambitions financières actuelles d’OpenAI, qui prévoit désormais d’atteindre 1 milliard de dollars de revenus d’ici 2024 — un objectif qui s’éloigne sensiblement de son intention initiale : créer une intelligence artificielle au service de l’humanité.

EUSES 2021 : en route vers Mannheim

EUSES 2021 : en route vers Mannheim

EUSES 2021 : en route vers Mannheim pour le premier sommet européen de l’économie sociale

Après plusieurs mois de report, nous sommes enfin à l’aube d’un rendez-vous majeur pour l’économie sociale en Europe. Dans le cadre de la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne en 2020, Mannheim a été choisie pour accueillir le tout premier Sommet européen de l’économie sociale. Finalement organisé intégralement en ligne, et retransmis depuis la ville rhénane les 26 et 27 mai, cet événement n’en reste pas moins stratégique pour l’avenir du secteur.

Un sommet pionnier placé sous le signe de l’innovation, de la coopération et du numérique

EUSES 2021 constitue une première historique : un sommet européen entièrement dédié à l’économie sociale, centré sur trois grands axes essentiels pour la décennie à venir :
collaboration, innovation et transition numérique.

Porté par la présidence allemande, cet événement s’inscrit aussi dans une dynamique intergouvernementale plus large.

  • La présidence portugaise entend poursuivre ce travail en plaçant fortement l’économie sociale au cœur de son agenda.

  • La présidence française de 2022 annonce déjà faire du numérique une priorité, en cohérence avec les enjeux de souveraineté et d’inclusion numérique en Europe.

EUSES 2021 réunira plus de 300 organisations et proposera 80 sessions mêlant présentations, ateliers et échanges transnationaux. Un moment clé pour nourrir une vision européenne renouvelée de l’économie sociale.

La participation du Social Good Accelerator

Le Social Good Accelerator a été invité à intervenir pour présenter deux de ses projets structurants :
le Social Tech Atlas, et le second chapitre du pilier Recherche de l’association.

Le Social Tech Atlas : une cartographie européenne des acteurs du numérique social

À Mannheim, le SOGA dévoilera la première version de son Social Tech Atlas, un outil open source unique référençant déjà près de 1 000 organisations européennes impliquées dans :

  • la transition numérique de l’économie sociale,

  • la production de solutions technologiques alternatives, ouvertes, collaboratives ou pair-à-pair.

La cartographie est évolutive : les organisations peuvent demander à y être ajoutées, créant ainsi une ressource vivante et contributive destinée à toute la communauté européenne de la Social Tech.

Programme de recherche : une nouvelle phase tournée vers les modèles macroéconomiques

Après un premier chapitre consacré à la compréhension des besoins des acteurs tech et sociaux en Europe, le SOGA entame un second chapitre plus macroéconomique.
Objectif : analyser les modèles émergents de coopération numérique et sociale, et identifier leurs impacts potentiels sur les politiques européennes.

EUSES 2021 sera l’occasion de présenter :

  • les résultats du premier chapitre,

  • la méthodologie et le positionnement du second,

  • les perspectives de recherche sur les modèles contributifs et collaboratifs.

Un moment clé pour la visibilité de l’économie sociale européenne

Ce premier sommet européen représente un tournant dans la reconnaissance institutionnelle et stratégique de l’économie sociale. Pour le Social Good Accelerator, EUSES 2021 est une opportunité décisive pour :

  • mettre en avant ses travaux,

  • renforcer la coopération entre acteurs européens,

  • et contribuer à la définition d’un agenda numérique réellement inclusif et coopératif.

FAQ — EUSES 2021

Qu’est-ce que EUSES 2021 ?

Le premier sommet européen consacré entièrement à l’économie sociale, organisé par la présidence allemande du Conseil de l’UE.

Pourquoi Mannheim ?

La ville est engagée de longue date dans l’économie sociale et l’innovation, ce qui en fait un lieu symbolique pour ce premier sommet.

Qui participe au sommet ?

Plus de 300 organisations issues de l’ESS, du numérique, du secteur public, de la recherche et de l’innovation sociale.

Qu’est-ce que le Social Tech Atlas ?

Une cartographie open source recensant les acteurs européens de la Social Tech, destinée à faciliter l’interconnaissance et les collaborations.

En quoi consiste le programme de recherche du SOGA ?

Un travail en plusieurs chapitres analysant les besoins, modèles économiques et opportunités de coopération entre secteurs social et numérique en Europe.

DSA et DMA : l’Union européenne peut-elle vraiment réguler les Big Tech ?

DSA et DMA : l’Union européenne peut-elle vraiment réguler les Big Tech ?

DSA et DMA : l’Union européenne peut-elle vraiment réguler les Big Tech ?

Mars 2021 – Par Arnaud Castaignet

En décembre 2020, la Commission européenne a présenté deux textes majeurs : le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA).

Ces propositions législatives visent à réguler les plateformes numériques et à clarifier leurs responsabilités, notamment en matière de modération des contenus et de fonctionnement des marchés numériques.

Ces textes sont présentés comme urgents, dans un contexte où des entreprises comme Google, Facebook, Amazon ou Apple concentrent un pouvoir économique et informationnel sans précédent.

Un contexte politique favorable à une régulation renforcée

Le débat s’est intensifié après la suspension des comptes du président américain Donald Trump par Twitter, Facebook, Instagram ou Snapchat.

Sans défendre les propos de l’ancien président, plusieurs responsables européens ont exprimé leurs réserves :

  • Angela Merkel a jugé cette décision « problématique » ;

  • Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, l’a qualifiée de « déconcertante ».

Pour l’Union européenne, la régulation de la liberté d’expression ne peut reposer uniquement sur des règles internes d’entreprises privées. Elle doit être encadrée par des lois démocratiques.

DSA : réguler les processus, pas les contenus

Le Digital Services Act vise principalement à :

  • harmoniser les règles applicables aux services numériques dans l’UE ;

  • renforcer la transparence des décisions de modération ;

  • clarifier les procédures de signalement et de retrait de contenus ;

  • garantir des mécanismes de recours ;

  • imposer des obligations de transparence en matière de publicité et d’accès aux données.

L’objectif n’est pas de réguler la parole elle-même, mais le processus de décision des plateformes.

Les entreprises qui ne respecteraient pas ces obligations pourraient s’exposer à des amendes de plusieurs milliards d’euros.

DMA : encadrer les “gatekeepers”

Le Digital Markets Act cible spécifiquement les plateformes dites « contrôleurs d’accès » (gatekeepers).

Un gatekeeper est une entreprise qui :

  • exerce une activité dans au moins trois États membres ;

  • opère dans l’un des huit services numériques essentiels (moteurs de recherche, réseaux sociaux, publicité, marketplaces, etc.) ;

  • réalise un chiffre d’affaires annuel supérieur à 6,5 milliards d’euros ou une capitalisation de plus de 65 milliards d’euros ;

  • compte plus de 45 millions d’utilisateurs finaux mensuels et 10 000 utilisateurs professionnels par an ;

  • occupe une position durable sur le marché.

Ces critères visent clairement les géants du numérique.

Un équilibre délicat : réguler sans étouffer l’innovation

Le DMA cible uniquement les acteurs les plus massifs afin de ne pas surcharger les PME et les start-ups européennes.

L’enjeu est double :

  1. Réduire l’accumulation de pouvoir économique ;
  2. Favoriser une concurrence plus équitable sur le marché unique numérique.

Un tournant pour la souveraineté numérique européenne

Les DSA et DMA constituent une étape majeure dans la construction d’une souveraineté numérique européenne.

Ils visent à :

  • protéger les droits fondamentaux ;

  • garantir la liberté d’expression dans un cadre démocratique ;

  • limiter les abus de position dominante ;

  • soutenir l’innovation et la concurrence.

Reste à savoir si ces instruments permettront réellement de transformer le fonctionnement de l’Internet mondial et de rééquilibrer le rapport de force face aux Big Tech.

    Conclusion : vers un Internet plus démocratique ?

    Avant de construire un Internet centré sur les citoyens, il est nécessaire de réguler la domination excessive de quelques acteurs globaux.

    Les propositions de DSA et DMA s’inscrivent dans cette ambition :
    protéger les consommateurs européens et préserver les droits fondamentaux à l’ère numérique.

    FAQ — DSA, DMA et régulation des plateformes

    Quelle est la différence entre le DSA et le DMA ?

    Le DSA régule les obligations des plateformes en matière de contenus et de transparence.
    Le DMA encadre le comportement économique des grandes plateformes dominantes.

    Qu’est-ce qu’un “gatekeeper” ?

    Une plateforme numérique dominante qui joue un rôle d’intermédiaire incontournable entre entreprises et utilisateurs.

    Le DSA régule-t-il la liberté d’expression ?

    Non. Il régule les processus de modération, pas les contenus eux-mêmes.

    Quelles sanctions sont prévues ?

    Des amendes pouvant atteindre plusieurs milliards d’euros, voire des mesures structurelles.

    Pourquoi ces textes sont-ils importants pour l’Europe ?

    Ils renforcent la souveraineté numérique européenne et visent à rééquilibrer le marché numérique face aux Big Tech.