Le rapport d’activité 2025 de SOGA : comprendre ce que nous créons en collectif
Social Good Accelerator publie son rapport d’activité 2025, validé par notre Assemblée générale ordinaire en juin 2026.
L’année 2025 a marqué une étape décisive de consolidation pour l’association qui se positionne plus que jamais comme la tête de réseau de l’ESS numérique, autour de ses trois axes d’action :
LEARN, pour renforcer les capacités ;
VOICE, pour porter la voix de l’ESS numérique ;
CONNECT, pour fédérer une communauté engagée.
Le rapport retrace les projets, formations, actions de plaidoyer, événements et partenariats qui ont structuré l’année.
Renforcer les capacités numériques de l’ESS (et créer des coopérations avec ses experts)
En 2025, SOGA a poursuivi son engagement dans plusieurs projets européens dédiés aux compétences numériques, à l’intelligence artificielle, au no-code et à la transition numérique des organisations de l’économie sociale et solidaire.
Le projet SETSa permis de tester trois parcours de formation sur l’intelligence artificielle, la communication et la collaboration numérique, ainsi que la gestion d’impact dans l’économie sociale. En France, 70 participant·es ont suivi les parcours et complété 100 modules. Les retours d’évaluation font apparaître des progrès déclarés en compétences numériques avancées et transversales.
SOGA a également poursuivi DIGISET, un projet européen de 1,186 M€ qui accompagne la transformation numérique des organisations de l’économie sociale. Le projet mobilise sept partenaires dans six pays et prévoit notamment 258 k€ de soutien financier direct aux organisations de l’ESS.
L’année a aussi été marquée par le lancement de No Code Academy for Non Profit: un parcours de formation destiné aux associations souhaitant automatiser certaines tâches, structurer leurs données et développer des solutions simples en autonomie. Le projet a réuni 322 inscrit·es sur sa plateforme de formation et organisé un hackathon transnational en Roumanie, avec 29 participant·es et six prototypes finalisés
Porter la voix de l’ESS numérique
SOGA a renforcé ses activités de plaidoyer afin de faire reconnaître l’ESS numérique comme un enjeu de politique publique, en France comme en Europe.
L’association a publié deux policy papers, contribué à une consultation européenne sur le futur cadre financier pluriannuel et participé aux travaux sur la Stratégie nationale de l’ESS. Elle a également produit deux notes d’analyse liées à ses projets européens, pris part à plus de 20 réunions d’instances et réalisé sept interventions publiques.
En 2025, SOGA a poursuivi sa participation aux travaux du Conseil supérieur de l’ESS, de la Commission supérieure du numérique et des postes, ainsi qu’aux échanges organisés par ESS France. L’association y a porté des propositions sur les compétences, les communs numériques, le financement, l’inclusion et la commande publique.
Fédérer et documenter l’ESS numérique
Le NEC ESS 2025 a constitué l’un des temps forts de l’année. Consacré au thème « Intelligence artificielle ou coopérative : construire ensemble une troisième voie numérique ? », l’événement a réuni 202 participant·es sur deux jours, dont 136 personnes en présentiel, ainsi que 1 318 internautes en distanciel. Il a mobilisé 46 intervenant·es et 13 partenaires.
La communauté et les canaux de communication de SOGA ont également poursuivi leur développement : le site a enregistré 9 102 visites, en hausse de 11,8%, tandis que les publications LinkedIn ont généré 22 516 impressions et 3 240 clics sur la période disponible.
Enfin, SOGA a posé les bases de son Observatoire de l’ESS numérique. Le projet vise à mieux connaître, qualifier et rendre visibles les initiatives qui mettent le numérique au service de l’intérêt général. En 2025, un comité scientifique a été installé, une première typologie a été publiée et plusieurs partenariats académiques et sectoriels ont été engagés.
Une année de consolidation
Le rapport souligne aussi les apprentissages de l’année : renforcer l’accompagnement après les formations, améliorer l’engagement dans les parcours en ligne, consolider la participation communautaire et mieux documenter les effets des actions dans la durée.
En 2026, SOGA poursuivra ce travail de consolidation. L’association souhaite notamment développer l’Observatoire de l’ESS numérique comme une infrastructure de connaissance, de coopération et de plaidoyer au service de l’écosystème.
Wikipédia ne constitue pas une exception héroïque dans un web dominé par les plateformes. En effet, elle appartient à une famille de projets qui fabriquent des ressources ouvertes. Ces initiatives organisent la contribution et cherchent des formes de gouvernance durables. Ainsi, Open Food Facts, Panoramax et La Suite.coop montrent que la souveraineté numérique peut se construire par la coopération.
Lorsqu’on parle de communs numériques, l’attention se porte souvent sur les logiciels libres. Ils en forment une composante essentielle, mais le sujet dépasse le code. Un commun numérique réunit une ressource partageable, une communauté qui la produit ou l’entretient, et des règles qui organisent les droits, les responsabilités et la gouvernance.
Par ailleurs, l’avis de la Commission supérieure du numérique et des postes que j’ai rapporté en 2023 propose de voir les communs numériques comme une voie de souveraineté durable. Leur intérêt réside dans la création et la réutilisation collective de logiciels ou de bases de données. De ce fait, ils nous invitent à réfléchir aux ressources que nous voulons préserver et aux règles de financement à établir.
Cet article a été rédigé avec le soutien du projet DIGISET – Digital Growth Initiatives for Social Economy Transformation – N°101167934 financé par la Commission européenne sous le programme COSME — Programme pour la Compétitivité des Entreprises et des PME (Regulation (EU) No 1287/2013).
Une infrastructure, une communauté, des règles
Un commun numérique repose sur trois éléments indissociables.
Une ressource ouverte, telle qu’un logiciel, une base de données, une cartographie, une collection documentaire ou une base de connaissances.
Une communauté composée de personnes qui utilisent, contribuent, maintiennent, modèrent, financent ou coordonnent.
Une gouvernance qui établit des règles d’accès, de contribution, de partage et d’arbitrage.
Cette définition permet d’éviter deux malentendus. D’une part, publier un jeu de données ne suffit pas à créer un commun. Sans communauté ni maintenance, la ressource risque de se dégrader. À l’inverse, un commun ne se confond pas avec une simple communauté informelle. Sa continuité exige une infrastructure juridique, économique et technique solide.
L’avis de la CSNP distinguait plusieurs rôles qui peuvent être distribués entre acteurs publics, associations, coopératives, entreprises, chercheurs et citoyens. Le bénéficiaire utilise la ressource. Le contributeur l’enrichit. Le mainteneur assure sa qualité ou sa continuité technique. Le garant veille au respect des règles. Le sponsor finance l’infrastructure. Le coordinateur relie ces fonctions, fait circuler l’information et organise les conditions d’une coopération durable.
Cette grille s’applique aussi bien à Wikipédia qu’à une base de données alimentaire, à un projet de cartographie ou à une suite collaborative utilisée par des agents publics. Elle ouvre surtout une question stratégique pour l’ESS. Dans quels communs souhaitons-nous tenir un rôle actif plutôt que de demeurer de simples utilisateurs captifs ?
Wikipédia et Wikidata, des communs de connaissance
Wikipédia rend visible le modèle le plus connu. La connaissance y est écrite, sourcée, discutée et révisée collectivement. Le projet ne dépend pas seulement de ses articles. Il s’appuie sur des historiques ouverts, des pages de discussion, une communauté de modération, des règles de neutralité et de vérifiabilité, ainsi que sur des licences qui permettent la réutilisation.
L'apport de Wikidata
Wikidata complète cette architecture. Lancé en 2012 par Wikimedia Deutschland à partir d’une proposition portée notamment par Denny Vrandečić et Markus Krötzsch, il organise des données structurées, collaboratives et multilingues. Là où Wikipédia raconte et explique, Wikidata relie des éléments sous forme de données. Une organisation, un lieu, une personne, une œuvre, un événement ou une loi peut être décrit par des propriétés et relié à d’autres entités.
Des usages concrets pour l'ESS
Pour l’ESS, les usages potentiels sont nombreux. Une fédération peut mieux cartographier les organisations membres, leurs territoires, leurs secteurs d’activité, leurs formes juridiques, leurs projets européens ou leurs publications. Un réseau culturel peut relier artistes, lieux, collections et événements. Une collectivité peut documenter les équipements d’intérêt général et les ressources d’un territoire.
La valeur réside moins dans l’accumulation de données que dans leur qualité, leur interopérabilité et leur gouvernance. Imaginez une requête permettant d’identifier les coopératives actives dans l’alimentation durable à Bruxelles, celles engagées dans des projets européens ou celles qui publient des archives librement réutilisables. Un tel dispositif suppose de définir ensemble les catégories utiles, de documenter les sources, de répartir la charge de mise à jour et de rendre les données réutilisables sans les réduire à un actif extractible.
Wikimedia Deutschland poursuit cette exploration à l’ère de l’IA. Philippe Saadé y développe des outils qui rendent Wikidata plus accessible aux applications d’intelligence artificielle, notamment via le projet Wikidata Embedding et le protocole MCP. Le défi reste le même. Rendre la connaissance techniquement utilisable, sans effacer sa provenance, ses règles et la communauté qui en garantit la qualité.
Open Food Facts, un commun pour transformer l’information alimentaire
Open Food Facts offre un exemple parlant de commun de données. Ce projet collecte et publie des informations sur les produits alimentaires en données ouvertes. Ainsi, les ingrédients, allergènes et labels deviennent réutilisables par les citoyens, les chercheurs et les entreprises.
Une portée politique étendue
La portée politique du projet dépasse l’application mobile. Une information alimentaire plus accessible permet de comparer, de comprendre et de débattre. La ressource est enrichie par des contributions citoyennes, des acteurs industriels, des bases ouvertes et des outils de traitement de données. Elle alimente ensuite des usages variés, parmi lesquels l’information des consommateurs, la recherche, l’analyse des politiques publiques et l’innovation sociale. Les données d’Open Food Facts proviennent majoritairement de la collecte citoyenne. data.gouv.fr les met à disposition comme données ouvertes.
Le cas d’Open Food Facts illustre une idée forte de l’avis de la CSNP. En effet, les communs numériques aident à faire émerger des données d’intérêt général. Ils permettent un travail collectif sur des ressources essentielles. Par exemple, le Nutri-Score montre comment ces données documentent de nouveaux services et enrichissent le débat public.
Pour les organisations de l’ESS engagées dans l’alimentation durable, ce modèle invite à agir sur plusieurs plans. Contribuer à la qualité des données. Publier des informations structurées et réutilisables. Concevoir des outils qui respectent les licences ouvertes. Soutenir la maintenance d’une infrastructure commune plutôt que multiplier des bases de données isolées.
Panoramax, un géocommun pour voir et documenter les territoires
Panoramax propose un autre modèle, celui d’un géocommun de photographies de terrain. Porté par une coopération entre l’Institut national de l’information géographique et forestière, des collectivités et la communauté OpenStreetMap, le projet permet de contribuer, héberger et réutiliser des vues géolocalisées de l’espace public.
Toute personne peut photographier des lieux visibles depuis la voie publique et verser ces images dans une base ouverte. Les photographies servent ensuite à de nombreux usages : gestion de la voirie et du mobilier urbain, identification de la signalisation, cartographie, observation des évolutions urbaines, documentation de l’accessibilité, etc. Elles peuvent aussi soutenir les initiatives citoyennes et associatives qui travaillent sur les mobilités, l’habitat, la biodiversité ou les services de proximité.
Une architecture fédérée
Panoramax ne se contente pas d’ouvrir des images. Le projet repose sur une architecture fédérée. Plusieurs acteurs peuvent héberger leurs propres instances, tandis que les images restent accessibles à travers un même écosystème. Cette fédération limite la dépendance à un acteur unique et permet une organisation adaptée aux réalités territoriales. Le projet fédère ainsi les initiatives de collectivités, de contributrices et contributeurs OpenStreetMap et de l’IGN pour construire un commun de vues immersives. Panoramax revendique une architecture décentralisée et des outils libres et open source. Le projet comptait déjà plus de 85 millions de photographies et plus de 1 800 contributeurs selon un bilan publié en juillet 2026 (Open Source Observatory).
Pour l’ESS et les collectivités, l’enseignement tient dans cette articulation entre usage local et standard commun. Une association de quartier, une coopérative de mobilité, un bailleur social, un collectif d’habitants ou une collectivité peut produire une connaissance située. La valeur augmente lorsque cette connaissance reste interopérable, documentée et réutilisable par d’autres. Cette logique évite de refaire sans cesse le même travail et permet à une ressource locale de contribuer à une intelligence territoriale plus large.
La Suite.coop, une souveraineté numérique par la coopérative et le logiciel libre
La Suite.coop apporte une autre perspective. Ici, la ressource commune a été développée d’abord pour les agents de la fonction publique d’Etat par la DINUM avec une communauté en capacité de la reprendre pour la développer en dehors de l’Etat pour d’autres usagers. Elle prend la forme d’outils de travail collaboratif destinés à l’action publique. Documents partagés, messagerie, visioconférence, stockage, outils d’organisation et de collaboration répondent à des besoins quotidiens longtemps couverts par des suites propriétaires.
La Suite.coop s’est formée en coopérative en juillet 2026 et s’appuie sur des logiciels libres, une identité unifiée et des infrastructures conçues pour le secteur public. Les outils sont réservés aux agents de l’État et à leurs partenaires invités dans le cadre de missions de service public.
La levée de fonds a déjà permis de réunir 1353 sociétaires et 355 000 euros. Ce premier palier permettra de continuer de poser les bases techniques et consolider un service robuste et pérenne pour les structures de l’ESS, les associations et les institutions. Les organisations non éligibles à l’offre mutualisée peuvent néanmoins déployer leurs propres instances puisque les briques restent libres. La Suite.coop présente explicitement cette possibilité.
L'effort continue et il est toujours possible de prendre part au projet ! Prochains objectif si atteinte de 400k € de part collectés élargir l'infrastructure aux petites organisations. A plus long terme, l'enjeu est de préparer l'ouverture du service au grand public lors d'un futur palier pour rendre la souveraineté numérique accessible à tous.
Souveraineté par l'usage et l'auditabilité
Le projet montre que la souveraineté numérique ne dépend pas seulement de l’origine nationale d’un fournisseur ou de la localisation d’un serveur. Elle dépend de la capacité à auditer le code, à éviter le verrouillage propriétaire, à améliorer un outil avec d’autres administrations et à conserver une marge de choix dans la durée. Le service Docs, par exemple, se présente comme un outil d’écriture collaborative opéré par la DINUM à partir de briques open source, avec un code ouvert et auditable.
Pour l’ESS, La Suite représente moins un produit à adopter tel quel qu’un enseignement de méthode. Les besoins ordinaires de coopération méritent des réponses mutualisées, documentées et interopérables. Chaque organisation ne doit pas reconstruire seule une messagerie, un espace documentaire ou un outil de travail partagé. L’enjeu consiste à participer à des écosystèmes capables d’assurer la maintenance, la sécurité, la formation et la gouvernance des outils sur le long terme.
Du partenariat public-privé au partenariat public-communs
L’avis de la CSNP défendait le développement de partenariats public-communs. Cette approche ne demande pas à l’État de se retirer ni à la société civile de se substituer aux services publics. Elle organise une coopération dans laquelle les acteurs publics, les communautés, les associations, les coopératives, les chercheurs et les entreprises d’intérêt général assument des rôles complémentaires.
La puissance publique peut financer, contribuer, acheter de manière ouverte, mutualiser des infrastructures, garantir l’accès et soutenir la pérennité. Les communautés apportent des usages, une expertise située, une capacité de contribution et une vigilance sur la gouvernance. Les acteurs économiques peuvent construire des services autour de la ressource commune, à condition de participer à son entretien plutôt que d’en capter seuls la valeur.
Cette approche suppose de sortir de deux réflexes. Le premier consiste à financer seulement des projets neufs et visibles, alors que la maintenance, la documentation, l’animation et la modération déterminent la durée de vie réelle des communs. Le second consiste à traiter une ressource ouverte comme une prestation ponctuelle. Un commun demande un continuum de financement allant de l’amorçage au changement d’échelle, ainsi qu’une ingénierie capable de soutenir les communautés.
L’avis avançait plusieurs leviers. Une reconnaissance juridique des communs numériques d’intérêt général. L’intégration de ces modèles dans les dispositifs publics de soutien. Des mécanismes de financement pérennes. Des écosystèmes interopérables de partenariat public-communs. Une gouvernance démocratique associant usagers, société civile et ESS. Une formation aux communs numériques, pour les enseignants, les agents publics, les élus et, plus largement, toutes les personnes qui participent à l’action collective.
Une feuille de route pour l’ESS
Les communs numériques ne demandent pas à toutes les structures de l’ESS de devenir expertes en logiciel libre, données ouvertes ou gouvernance distribuée. Ils invitent à mieux poser les questions avant d’acheter, de développer ou de déployer un nouvel outil.
Quatre questions avant un projet numérique
Un premier pas peut être modeste :
publier un rapport sous licence ouverte,
contribuer à une base de données commune,
mettre en place un espace documentaire collectif,
rejoindre une communauté OpenStreetMap ou Wikimedia,
documenter les outils numériques utilisés par son organisation,
prévoir une ligne budgétaire pour la maintenance, la sécurité, la formation et la contribution à des projets dont on dépend, etc.
La leçon de Wikimania tient peut-être là. Les communs numériques ne relèvent pas d’un supplément d’âme du numérique. Ils constituent des infrastructures de démocratie, d’autonomie collective et d’utilité sociale. Wikipédia, Open Food Facts, Panoramax et La Suite suivent des trajectoires différentes. Ils partagent une même question : voulons-nous seulement consommer des services numériques, ou participer à la construction des ressources dont nous dépendons ?
Les IA génératives utilisent massivement Wikipédia pour produire leurs réponses. Pourtant, les interfaces qui en tirent parti peuvent éloigner le public des sources, des historiques, des communautés et des dons qui maintiennent l’encyclopédie. Le danger porte moins sur une concurrence entre humains et machines que sur la disparition progressive de la fabrique collective du savoir.
Wikipédia nourrit déjà une partie importante du web. Ses articles irriguent les moteurs de recherche, les assistants vocaux, les systèmes de recommandation et les outils d’intelligence artificielle générative. Cette circulation peut prolonger la mission de diffusion libre des connaissances. Elle peut aussi instaurer un déséquilibre profond si les interfaces d’IA captent l’attention, l’audience et la valeur sans rendre visibles celles et ceux qui produisent, vérifient et financent l’information.
Cet article a été rédigé avec le soutien du projet DIGISET – Digital Growth Initiatives for Social Economy Transformation – N°101167934 financé par la Commission européenne sous le programme COSME — Programme pour la Compétitivité des Entreprises et des PME (Regulation (EU) No 1287/2013).
Une boucle de contribution fragilisée
Le modèle de Wikipédia repose sur une boucle singulière. En effet, des lecteurs consultent l’encyclopédie. Certains apprennent ensuite à vérifier les sources ou à ajouter des références. Une partie devient contributrice, tandis que des donateurs financent l’infrastructure. Ainsi, les bénévoles améliorent les contenus pour les futurs usagers.
Toutefois, les assistants conversationnels court-circuitent cette dynamique. Ils puisent dans les contenus et répondent directement dans leurs propres interfaces. Ce faisant, ils conservent la relation avec l’internaute au détriment du projet original.
La baisse de fréquentation humaine
De fait, la Wikimedia Foundation a noté une baisse de 8 % des consultations humaines entre 2024 et 2025. L’enjeu dépasse la simple visibilité. Une visite sur le site permet d’accéder aux sources et aux débats. C’est souvent le premier pas vers le don. À l’inverse, une réponse synthétique par IA masque la construction du savoir.
Par conséquent, une baisse durable de fréquentation menace le renouvellement des communautés. Or, l’encyclopédie dépend d’une activité humaine continue. Les articles doivent être sourcés, actualisés et protégés par des bénévoles pour rester fiables.
Le commun de l’ombre
Lors des discussions de Wikimania, une expression s’est imposée. Wikipédia pourrait devenir un commun de l’ombre.
Le risque d'opacité informationnelle
Ses contenus continueraient d’alimenter les moteurs de recherche, les agents conversationnels et les systèmes d’IA. En revanche, les lecteurs ne verraient plus les sources, les débats, les corrections, les licences ni les personnes qui entretiennent l’infrastructure. Ils recevraient une réponse sans accéder à l’écosystème qui permet de la contester et de l’améliorer.
Le scénario de travail de l’une des sessions était volontairement radical. Dans un web où 90 % des usages informationnels transiteraient par des applications fermées et des interfaces génératives, comment préserver une connaissance ouverte, vérifiable et gouvernée collectivement ? Cette hypothèse ne décrit pas le présent. Elle sert à identifier les choix techniques, économiques et politiques qui façonnent déjà le web.
La question concerne directement l’ESS. Une organisation qui dépend d’outils numériques pour travailler, s’informer, coopérer ou rendre compte doit pouvoir comprendre qui produit les ressources qu’elle utilise, selon quelles règles et avec quelles contreparties. Une technologie utile ne se mesure pas uniquement à la rapidité de sa réponse. Elle se mesure aussi à la possibilité de vérifier, modifier, réutiliser et gouverner ce qui structure l’action collective.
Une pression matérielle sur l’infrastructure
L’IA ne modifie pas seulement les usages. Elle pèse aussi sur les infrastructures. Les robots d’entreprises qui collectent des contenus à très grande échelle représentaient 65 % du trafic le plus coûteux en ressources. Ces requêtes sollicitent les serveurs, les équipes techniques et les finances du mouvement.
Le problème possède une dimension élémentaire de justice. Les personnes qui donnent à Wikipédia ne devraient pas financer indirectement l’entraînement ou le fonctionnement de modèles commerciaux. L’accès libre aux connaissances n’implique pas un droit de captation illimitée de la valeur, de la visibilité et des moyens nécessaires à leur maintien.
Vers une contribution des actrices et acteurs économiques
Wikimedia Enterprise organise un accès technique et rémunéré aux données pour les acteurs professionnels. L’encyclopédie demeure librement accessible au public. En parallèle, les entreprises qui demandent un accès intensif, structuré et actualisé contribuent aux coûts associés. Des accords ont été conclus avec Amazon, Meta, Microsoft, Perplexity et Mistral AI.
Ces partenariats ne répondent pas à toutes les questions. Ils rendent toutefois visible un principe de réciprocité. Les entreprises qui bâtissent des produits commerciaux à partir de ressources communes doivent contribuer à leur pérennité, assurer une attribution correcte et maintenir un lien vers les sources lorsque leurs interfaces s’en servent.
L’IA, utile lorsqu’elle reste un outil
Le débat ne se réduit pas à une opposition entre humains et machines. Les communautés Wikimedia utilisent depuis longtemps des outils algorithmiques pour repérer le vandalisme, signaler une formulation trop subjective, identifier une affirmation sans source ou faciliter certaines tâches de maintenance.
Une contributrice peut également s’appuyer sur une IA pour produire un premier brouillon de description d’image à destination de personnes malvoyantes. Elle doit ensuite le relire, le corriger et le contextualiser. L’outil assiste une tâche. Il ne devient pas l’auteur invisible d’un savoir qui exige des sources, une responsabilité et une capacité de contestation.
Les risques de la production automatisée
La prudence s’impose face à la production automatisée de textes. Des articles entiers générés par IA apparaissent parfois dans plusieurs langues à la fois. Ils demandent des heures de relecture, de vérification des sources, de correction ou de suppression. Ils peuvent sembler crédibles tout en contenant des hallucinations, des biais, des approximations ou des références inexistantes.
La Wikipédia francophone déconseille fortement le recours à l’IA générative pour rédiger les articles. Les contributions restent soumises aux règles ordinaires de vérifiabilité, de neutralité, de sources fiables et de responsabilité éditoriale. L’enjeu porte donc moins sur l’interdiction abstraite d’une technologie que sur la préservation des conditions d’un savoir collectif fiable.
Cette charge arrive dans une communauté déjà sous tension. La Wikipédia francophone compte autour de 23 000 personnes contributrices actives chaque mois, pour seulement 141 administratrices et administrateurs qui veillent sur environ 2,7 millions d’articles. Une activité bénévole de partage du savoir risque alors de basculer vers un travail incessant de nettoyage des traces laissées par l’automatisation.
La bataille des sources
Une encyclopédie ne produit pas seule les sources qui permettent de l’écrire. Elle dépend du journalisme, de la recherche, des archives, des publications scientifiques et des institutions culturelles. Si des contenus synthétiques captent l’attention et les revenus au détriment de ces producteurs d’information, les sources originales, robustes et vérifiables deviennent plus rares.
Soutenir l'écosystème documentaire
Wikipédia risquerait alors d’être prise dans un étau. L’IA utiliserait ses contenus tout en affaiblissant l’écosystème documentaire nécessaire à leur actualisation. Préserver Wikipédia suppose donc aussi de soutenir la science ouverte, le journalisme indépendant, les institutions culturelles et les espaces où l’information peut être produite, documentée et discutée publiquement.
Le livre blanc Vers une société des communs de Wikimédia France avance plusieurs pistes utiles. La transparence des données d’entraînement. La traçabilité des sources dans les réponses générées. Des accords équitables avec les producteurs de connaissances. Un principe de réciprocité pour les acteurs commerciaux. Un droit à la contribution, permettant de reconnaître et d’organiser le temps consacré aux communs numériques et aux logiciels libres.
La prochaine partie de cette série élargit le regard. Wikipédia ne constitue pas une exception isolée. Elle appartient à une constellation de communs numériques français et européens qui travaillent déjà l’alimentation, les données territoriales, la coopération publique et les outils de travail.
À Wikimania, à Paris, plus de 1 200 personnes ont montré qu’une autre histoire du numérique demeure possible. Pendant cinq jours, les communautés Wikimedia ont parlé de sources, de maintenance, de gouvernance, de langues minoritaires et de transmission. Une expérience de terrain qui éclaire directement les choix numériques de l’économie sociale et solidaire.
J’admire Wikipédia depuis longtemps. Comme beaucoup de personnes de ma génération, je l’utilise depuis mes premiers pas sur le web. Elle a participé à mon éducation, elle continue de le faire, et j’aimerais qu’elle reste accessible à la génération de ma fille.
Avec le temps, mon regard s’est déplacé. Les articles constituent la partie visible du projet. La véritable rupture se situe dans leur fabrique. Des milliers de personnes s’accordent sur des règles, documentent leurs affirmations, exposent leurs désaccords, corrigent les erreurs et transmettent leurs méthodes. À une époque où tant de services numériques exigent notre confiance sans rendre leur fonctionnement lisible, cette architecture démocratique garde une puissance singulière.
Mon parcours dans l’ESS, puis mes premières rencontres avec la culture de l’internet communautaire par OpenStreetMap en 2016, ont renforcé cette conviction. Wikipédia ne fournit pas un modèle clé en main. Elle rend toutefois visibles plusieurs conditions d’une infrastructure numérique d’intérêt général. Une ressource ouverte, une communauté qui la fait vivre, des règles partagées, une gouvernance capable d’arbitrer les conflits et des moyens durables pour assurer la maintenance.
Cet article a été rédigé avec le soutien du projet DIGISET – Digital Growth Initiatives for Social Economy Transformation – N°101167934 financé par la Commission européenne sous le programme COSME — Programme pour la Compétitivité des Entreprises et des PME (Regulation (EU) No 1287/2013).
Une première Wikimania à Paris
J’ai participé cette année, pour la première fois, à Wikimania 2026. Du 21 au 25 juillet, plus de 1 200 personnes se sont retrouvées à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, pour le rendez-vous mondial du mouvement Wikimedia. Un tiers des participantes et participants avait moins de 35 ans. Deux tiers venaient d’autres régions que l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest ou du Nord.
Dans les amphithéâtres, les couloirs et les ateliers, j’ai rencontré des personnes qui contribuent à Wikipédia, Wikidata, Wikimedia Commons, Wikisource ou au Wiktionnaire. Cette diversité humaine donne une matérialité immédiate au mot « commun ».
Une diversité au service des communs
Le premier souvenir tient à l’intensité du lieu. On arrivait au milieu de groupes ayant parfois échangé pendant des années sans jamais s’être rencontrés hors ligne. Une conversation portait sur les langues minoritaires. Une autre abordait la sécurité des contributrices exposées au harcèlement. Plus loin, un atelier travaillait les données structurées, tandis qu’un débat portait sur les licences libres ou l’avenir du journalisme.
Wikimania ne ressemblait ni à une grand-messe technologique ni à un salon professionnel. Peu de démonstrations de force, peu de discours sur la disruption. Beaucoup de discussions sur les sources, la maintenance, la médiation, le droit, la formation et la gouvernance. Les difficultés concrètes restaient au centre. Comment accueillir une nouvelle contributrice sans la décourager. Comment documenter un sujet local absent des grands médias. Comment protéger un pseudonyme. Comment rendre les connaissances accessibles dans davantage de langues.
Une infrastructure mondiale, une communauté fragile
Wikipédia atteint une échelle qui force le respect. L’encyclopédie réunit environ 67 millions d’articles dans plus de 300 langues, reçoit près de 15 milliards de consultations mensuelles et repose sur le travail d’environ 250 000 contributrices et contributeurs bénévoles. La communauté effectue en moyenne 324 modifications par minute.
Cette production de connaissance ne dépend ni de la publicité ciblée ni de la captation des données personnelles. Elle repose sur une infrastructure partagée et sur une responsabilité collective. Wikimedia Commons en conserve une trace photographique sous licence libre.
La pérennité du modèle en question
Pour autant, la pérennité du modèle ne relève d’aucune évidence. Sur la Wikipédia francophone, environ 23 000 personnes contribuent activement chaque mois. Seules 141 administratrices et administrateurs disposent des droits renforcés nécessaires pour veiller sur quelque 2,7 millions d’articles. La participation reste ouverte, mais elle demande du temps, des apprentissages, de la patience et un cadre d’accueil bien plus difficile à construire qu’il n’y paraît.
Cette atmosphère a fait écho aux travaux de SOGA sur les communs numériques et l’ESS. Les outils comptent. Les conditions sociales de leur production, de leur appropriation et de leur maintien comptent davantage encore. Un article, une photographie ou une base de données acquièrent leur pleine portée grâce aux personnes qui les enrichissent et aux règles qui en organisent l’usage.
Deux discussions sur l’IA générative
J’avais été invitée pour animer deux tables rondes sur l’intelligence artificielle générative. Leur point de départ était exigeant. Si les assistants conversationnels deviennent la première porte d’entrée vers le web, que reste-t-il des lieux où la connaissance est produite, discutée, vérifiée et rendue réutilisable ?
La question déborde Wikimedia. Elle concerne toutes les organisations qui, comme SOGA, travaillent à une économie numérique démocratique, coopérative, soutenable et orientée vers l’intérêt général.
La première table ronde, If AI becomes the first web interface, how can the Wikimedia movement adapt?, réunissait Philippe Saadé, ingénieur et chef de projet IA chez Wikimedia Deutschland, Alec Tarkowski d’Open Future, Anastasia Stasenko, cofondatrice de Pleias, et Lane Becker, président de Wikimedia Enterprise. Nous avons exploré les leviers d’action des chapitres Wikimedia et de leurs partenaires face à un web où les interfaces génératives concentreraient une part croissante des usages informationnels.
La seconde discussion portait sur les communautés contributrices. Comment préserver les pratiques de vérification, les historiques de modification et la délibération collective lorsque les contenus sont absorbés par des interfaces opaques ? Comment détecter les textes générés automatiquement sans épuiser les bénévoles ? Comment faire entendre les besoins des communautés auprès des entreprises d’IA et des législateurs ?
Cette première Wikimania m’a laissé une admiration plus informée, mais aussi un sentiment de responsabilité. Une infrastructure mondiale peut fonctionner sans publicité, sans profilage systématique des utilisateurs et sans propriété exclusive sur les connaissances qu’elle rend accessibles. Elle demande, en échange, des alliés, du temps, des institutions et une attention constante aux conditions de la contribution.
Un sentiment de responsabilité
La suite de cette série examine le défi posé par l’IA générative à cette économie de la contribution.
Le 9 juillet 2026, le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire adoptait la première Stratégie nationale de l’ESS, un texte organisé en cinq axes et 108 actions. Adoption chahutée : le texte n’a recueilli que les voix de l’État, plusieurs représentant·es de l’ESS s’abstenant sur d’autres volets du document. Sur le numérique en revanche, la ligne fait consensus. L’Orientation 16 fixe un cap net : « faire de l’ESS un levier stratégique de souveraineté numérique », face à une dépendance aux « géants américains et asiatiques » jugée porteuse de « pertes financières » et de « risques sur les données sensibles et sur nos démocraties ».
Un mois plus tôt, le 8 juillet, la commission d’enquête parlementaire pilotée par la députée Cyrielle Châtelain rendait un diagnostic bien plus âpre sur le même sujet, après six mois de travaux, 45 auditions et 112 personnes entendues. Les deux textes se répondent, presque phrase par phrase.
Disclaimer : Cet article a été rédigé avec le soutien du projet DIGISET – Digital Growth Initiatives for Social Economy Transformation – N°101167934 financé par la Commission européenne sous le programme COSME — Programme pour la Compétitivité des Entreprises et des PME (Regulation (EU) No 1287/2013).
Un même diagnostic, deux niveaux de gravité
La stratégie de l’ESS pose le problème en termes de risques et d’opportunités. Le rapport Châtelain parle, lui, de vulnérabilité systémique. Il documente la captation de valeur par les hyperscalers américains, l’inefficacité des sanctions européennes (DSA et DMA compris, jamais appliqués à leur pleine puissance selon les auditions recueillies) et le risque de « kill switch », cette capacité qu’ont les grands acteurs américains de couper unilatéralement l’accès à leurs services à des organisations ou des États.
La rapporteuse rejette autant le statu quo que la tentation de « changer la nationalité du tyran », et plaide pour un modèle de « numérique ouvert et libérateur » articulé autour de six leviers, au premier rang desquels figurent les communs numériques. Parmi les mesures phares : obligation d’open source dans les marchés publics d’ici 2030, objectif « zéro Microsoft » dans les écoles, création d’une fondation France Libre Open Source et d’un fonds dédié (le fonds Logic) pour financer la maintenance des briques logicielles essentielles.
La Stratégie nationale de l’ESS reprend une partie de cette grammaire : développement des logiciels libres, définition d’un cadre juridique pour les communs numériques d’intérêt général, soutien à des data spaces sectoriels gouvernés selon des « principes de communs ». Deux textes, deux calendriers institutionnels, une même conclusion : sans écosystème structuré capable de peser face aux GAFAM, aucune régulation ne suffira à elle seule à rééquilibrer le rapport de force.
LaSuite.coop, ou la traduction opérationnelle du diagnostic
C’est précisément dans cet interstice entre diagnostic politique et outil concret que s’inscrit LaSuite.coop, qui se constituera en société coopérative d’intérêt collectif en juillet 2026. La coopérative propose une suite d’outils numériques libres, open source et modulables, pensée pour les associations, coopératives, entreprises ESS, institutions et universités.
Le modèle économique décrit dans sa plaquette de campagne reprend, point par point, les recommandations des deux rapports. Les abonnements versés par les organisations utilisatrices financent l’hébergement et la maintenance, mais une partie du chiffre d’affaires est reversée aux logiciels libres qui rendent le service possible, exactement la logique de contribution aux communs que réclame le rapport Châtelain. La gouvernance, organisée en collèges associant salarié·es, producteurices, organisations bénéficiaires et soutiens, empêche qu’un seul type d’acteur capte la valeur ou le pouvoir de décision.
LaSuite.coop lance actuellement une levée de fonds citoyenne par sociétariat, structurée en deux paliers : 500 000 euros pour consolider l’offre B2B, un million pour l’ouvrir ensuite au grand public. Le sociétariat est ouvert à toute organisation, tout réseau, toute citoyenne ou tout citoyen engagé·e, pas seulement aux grandes structures ou aux actrices et acteurs déjà installés.
Se soutenir entre pairs, ou rester dépendant·e seul·e
Le rapport Châtelain insiste sur un point trop souvent oublié dans les débats sur la souveraineté numérique : la régulation seule ne protège personne si l’écosystème alternatif n’existe pas à une échelle suffisante. Une entreprise, une association ou une collectivité qui migre isolément vers un outil libre prend un risque de fiabilité ; un réseau d’acteurs de l’ESS qui migre collectivement construit un rapport de force.
C’est là que la solidarité entre structures de l’ESS cesse d’être un slogan pour devenir un levier stratégique. Chaque euro investi dans LaSuite.coop finance à la fois un service opérationnel aujourd’hui et une brique de commun numérique pour demain. Chaque organisation qui rejoint la coopérative comme sociétaire, organisation pilote ou partenaire relais élargit la base d’usagers qui rend l’alternative crédible face aux suites propriétaires dominantes.
La Stratégie nationale de l’ESS fixe le cap. Le rapport Châtelain documente l’urgence. Il reste à transformer ces deux textes en mobilisation concrète. Rejoindre LaSuite.coop, devenir sociétaire, faire connaître la campagne dans son réseau : voilà comment les acteurs de l’ESS peuvent, ensemble, s’affranchir des dépendances numériques plutôt que d’attendre qu’on les en libère.
En tant que membre, LaSuite.coop bénéficie de l’offre de prestations de services de SOGA. Mais au-delà de ce partenariat, nous souhaitons soutenir les initiatives en lesquelles nous croyons, celles qui ont le potentiel de tout changer. En accompagnant LaSuite.coop dans son déploiement, nous escomptons également changer nos propres usages internes, documenter, partager cette migration auprès de nos adhérent·es et référencer LaSuite.coop au sein de notre Observatoire de l’ESS numérique. Ainsi, nous ambitionnons de contribuer activement à la transformation numérique des organisations de l’ESS.
Abstract : Chaque année, 70 milliards d’euros quittent la France en direction des États-Unis pour financer nos seuls usages numériques. Derrière ce chiffre vertigineux, une réalité que l’on ne peut plus ignorer : l’Europe a perdu la maîtrise de ses infrastructures numériques. Clouds américains, logiciels en SaaS, données exposées au Cloud Act – la dépendance technologique est devenue une dépendance économique, géopolitique et même cognitive.
Face à ce constat,LaSuite.cooppropose une réponse concrète, ancrée dans les valeurs de l’ESS : une suite bureautique collaborative, open source, hébergée en Europe, et gouvernée de façon coopérative. Portée par cinq structures engagées (IndieHosters, Le Bureau coop, Open Sources Politics, Yaal Coop et Algoo), elle s’adresse aux associations, coopératives, entreprises de l’ESS, institutions, universités et particuliers qui souhaitent reprendre la main sur leurs outils numériques – sans sacrifier la simplicité d’usage ni la continuité de service.
Pour accélérer son déploiement,LaSuite.cooplance aujourd’hui un appel à sociétariat. Devenir sociétaire, c’est financer une infrastructure numérique d’intérêt général, participer à sa gouvernance, et contribuer à faire de la souveraineté numérique une réalité collective. SOGA soutient et accompagne ce projet, convaincu de son potentiel transformateur pour l’ensemble de l’écosystème ESS.
Dépendance numérique : quel enjeu pour la France et l’Europe ?
Chaque année, 70 milliards d’euros quittent la France vers les États-Unis uniquement pour nos usages numériques. Clouds, logiciels, plateformes, données, intelligence artificielle, infrastructures numériques : le numérique est devenu une infrastructure vitale que nous ne maîtrisons plus suffisamment.
C’est ce que rapporte Gilles Attaf, le président de l’association Origine France Garantie dans uneinterview donnée en janvier 2026. Un constat peu surprenant quand on sait que 80 % des données des entreprises européennes sont stockées dans des clouds américains, y compris pour des usages critiques.
La perte de contrôle sur nos données n’est plus une question marginale : avec l’adoption duForeign Intelligence Surveillance Actou encore duCloud Act, les GAFAM et l’administration américaine s’arrogent le droit de les récupérer et de les utiliser, en dépit des décisions européennes. En conséquence, la dépendance numérique n’a jamais été aussi visible…ni aussi risquée.
Une dépendance technologique, économique, géopolitique et cognitive
Sur le plan économique, le capitalisme de plateforme s’est cristallisé : il concentre la valeur et le pouvoir de fixer unilatéralement les prix, les règles d’utilisation et les usages.
En outre, la captivité de nos Sociétés et de nos structures engendre un risque bien plus large et bien plus profond : un risque de dépendance cognitive. En effet, avec cet usage intensif des GAFAM, pris pour acquis dans nos quotidiens autant personnels que professionnels, nous perdons progressivement notre capacité à agir, décider, financer et perdurer.
Il n’est donc plus question de savoir si l’Europe ou la France est en capacité de se “dégafamiser”, mais plutôt de savoir comment le faire à grande échelle, sans compromettre l’interopérabilité, la performance et la prise en main des outils numériques qui jalonnent notre vie de tous les jours. C’est précisément à cette question queLaSuite.coopapporte une réponse – coopérative, open source, et ancrée dans les valeurs de l’ESS.
LaSuite.coop : la première brique coopérative vers la réappropriation numérique
LaSuite.coop est un projet mené de front par cinq structures engagées dans la promotion d’un numérique libre et démocratique : IndieHosters (pour l’hébergement), Le Bureau coop (pour la gestion des noms de domaine), Open Sources Politics (spécialisée dans la démocratie numérique, la participation citoyenne et les données), Yaal Coop (spécialisé dans le développement) et Algoo (engagée en faveur des logiciels libres).
Inspirée du projet éprouvé Decidim et la Suite numérique de l’État français, LaSuite.coop se positionne comme une alternative performante “Made in Europe” et “Made in Coop” aux grandes suites dominantes.
Elle permet aux associations, coopératives, entreprises de l’ESS, institutions, universités et particuliers de choisir des alternatives open source aux principaux outils bureautiques. Et tout cela en garantissant un hébergement fiable en Europe, des logiciels libres ergonomiques, simples à utiliser et accessibles au plus grand nombre, un accompagnement humain dans la migration et un pilotage collaboratif dans la durée.
LaSuite.coop n’est pas une aventure isolée ni un projet opportuniste. Elle s’appuie sur trois fondations solides : une équipe fondatrice aux compétences complémentaires ; des logiciels déjà éprouvés à grande échelle ; et un ancrage réel dans l’écosystème du logiciel libre, de la coopération et du numérique d’intérêt général fondé sur des liens avec la Suite Numérique de la Direction Interministérielle du NUMérique (DINUM), la Suite Territoriale de l’Agence Nationale de la Cohésion Territoriale (ANCT), et l’accompagnement du réseau coopératif via l’URSCOP Auvergne-Rhône-Alpes.
Un modèle conçu pour durer et s’améliorer en continu avec ses utilisateur·rices
LaSuite.coop est un projet en cours, dont l’équipe gère l’exploitation quotidienne des services tout en investissant dans leur amélioration continue. Ainsi, la suite se concentre sur les outils indispensables au travail collaboratif : notes, tableurs, fichiers, visio, mails, chat, etc. Des outils qui seront améliorés grâce à leurs utilisateur·rices. Cela passera par leurs retours d’usages, leurs besoins et la contribution directe de LaSuite.coop aux logiciels libres.
L’idée n’est pas de demander aux organisations de renoncer à toutes leurs habitudes d’un coup, mais de leur permettre de retrouver la maîtrise numérique et économique sans perdre en efficacité, en simplicité d’usage et en continuité de service.
Pour ce faire, LaSuite.coop propose un accompagnement sur mesure à ses utilisateur·rices, selon leur typologie et la taille de leur structure. Grâce à cela, iels opèrent une transition fluide et par étape dans cette conduite du changement qui demande souvent du temps, de nouvelles compétences, de nouveaux réflexes.
Enfin, chaque déploiement renforce le commun : une partie du chiffre d’affaires est reversée aux logiciels libres qui rendent le service possible et sera décidée avec les sociétaires. Par conséquent, les usages financent à la fois l’autonomie immédiate des utilisateur·rices, et à la fois l’amélioration durable des ressources partagées.
Appel à sociétariat : construisons LaSuite ensemble
Afin d’accélérer son déploiement, l’équipe de LaSuite.coop lance une levée de fonds citoyenne par sociétariat. L’objectif : financer la consolidation de la coopérative et de l’équipe (recrutement de profils techniques avancés), le développement des fonctionnalités prioritaires et de l’expérience utilisateur, l’accompagnement des premières organisations, l’exploitation et l’amélioration continue du service, la structuration de la vie coopérative et de la communauté des sociétaires.
Deux paliers sont fixés :
Palier 1 – 500 000 € : faire grandir l’offre B2B. Concrètement, cela signifie stabiliser la coopérative, fiabiliser les outils existants, renforcer l’accompagnement à la migration et rendre l’offre accessible au plus grand nombre d’organisations. Ce premier palier pose les fondations d’un service robuste et pérenne pour les structures de l’ESS, les associations et les institutions.
Palier 2 – 1 000 000 € : ouvrir LaSuite.coop au grand public. Une fois les bases consolidées, ce second palier permettra de proposer une offre B2C avec une expérience plus simple, plus directe et plus accessible. Et ce, pour que la souveraineté numérique ne soit plus réservée aux seules organisations, mais devienne un choix possible pour toutes et tous.
En devenant sociétaire, les client·es/utilisateur·rices rejoignent un modèle coopératif où iels deviennent acteur·rices de la gouvernance et des orientations du service. Et bonne nouvelle : aucun engagement financier n’est requis à ce stade. Il est possible de se pré-inscrire afin de manifester son intérêt et prendre part à la fondation du projet. L’équipe de LaSuite.coop prendra ensuite contact avec vous.
Pourquoi SOGA soutient et accompagne le projet ?
En tant que membre, LaSuite.coop bénéficie de l’offre de prestations de services de SOGA. Mais au-delà de ce partenariat, nous souhaitons soutenir les initiatives en lesquelles nous croyons, celles qui ont le potentiel de tout changer. En accompagnant LaSuite.coop dans son déploiement, nous escomptons également changer nos propres usages internes, documenter, partager cette migration auprès de nos adhérent·es et référencer LaSuite.coop au sein de notre Observatoire de l’ESS numérique. Ainsi, nous ambitionnons de contribuer activement à la transformation numérique des organisations de l’ESS.
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