Zoom sur…l’Observatoire de l’ESS numérique
Accélérer l’ESS numérique : un Observatoire sous forme de commun pour rendre visibles nos alternatives et confirmer leurs promesses
À l’heure où l’IA et les grandes plateformes redessinent nos usages, une autre histoire du numérique s’écrit dans l’ombre : celle de l’économie sociale et solidaire. L’Observatoire de l’ESS numérique, porté par le Social Good Accelerator (SOGA), entend sortir ces alternatives de l’invisibilité en les rendant enfin repérables, lisibles et actionnables pour les citoyennes et citoyens, les territoires et les décideurs publics.
Un outil commun pour rendre visibles les alternatives
L’ESS numérique reste largement sous les radars, au moment même où nous aurions le plus besoin de solutions numériques alignées avec les droits fondamentaux, la justice sociale et la soutenabilité environnementale.
Aujourd’hui, si vous cherchez une alternative numérique éthique — un hébergeur souverain, une plateforme coopérative, un logiciel libre adapté à vos besoins — vous ne savez pas où chercher. Non pas parce que ces alternatives n’existent pas, mais parce qu’elles sont invisibles : jamais recensées, jamais documentées, jamais comparables entre elles.
C’est le problème auquel répond l’Observatoire de l’ESS numérique : constituer pour la première fois un référentiel fiable et ouvert des organisations dont l’activité principale est le numérique d’intérêt général en France et en Belgique — et le rendre accessible à toutes et tous. Concrètement, l’Observatoire prendra la forme d’un annuaire web et mobile, filtrable par secteur, modèle économique, type de technologie ou impact social — une ressource ouverte et maintenue dans le temps par la communauté ESS.
Il s’accompagnera d’outils pédagogiques pour faciliter l’appropriation : jeu de cartes, exposition itinérante, fiches métiers et études de cas.
Au-delà d’un simple annuaire, il s’agit de doter l’ESS numérique d’un levier politique : un baromètre argumenté pour peser dans les débats sur les politiques numériques françaises et européennes, et défendre une « troisième voie » démocratique, éthique et souveraine face aux grandes plateformes numériques dominantes.
Un projet collectif, entre recherche et terrain
Porté par SOGA, think-and-do tank franco-européen et tête de réseau de plus de 50 membres entre Paris et Bruxelles, l’Observatoire agrège dès ses prémisses les têtes de réseaux, les opérateur·rices de l’ESS, les partenaires académiques et un comité de recherche indépendant. S’y retrouvent notamment ESS France, le GIS Marsouin, l’INSA Rennes (via le Laboratoire Fabrique de Pensée Critique), Datactivist, Data Players, ainsi que des actrices et acteurs engagé·es de la Social Tech.
Le projet se déploie en plusieurs phases entre 2025 et 2028 :
2025–2026 : phase de recherche et faisabilité
Cette étape a permis de construire une première mouture de catégorisation et classification des familles d’actrices et acteurs, documenter les modèles socio-économiques, les impacts, la gouvernance et les coopérations. Nous avons ainsi pu identifier des sources de données publiques pertinentes, qualifier des modèles socio-économiques et déterminer des premiers critères de classification.
L’objectif est de répondre à la question : est-ce faisable techniquement et humainement ?
2026–2027 : phase de développement de l'Observatoire
Cette phase recouvre plusieurs chantiers menés en parallèle.
- L’industrialisation du pipeline de données (algorithmes de filtrage avancés, enrichissement multi-sources, API, standards ouverts, actualisation de données)
- L’ouverture à la communauté ESS via une gouvernance participative et des partenariats avec des bases de données complémentaires.
- En parallèle, un Datathon mobilisera des contributrices et contributeurs pour enrichir et valider collectivement la base.
- L’extension du périmètre à la Belgique
- et enfin, le développement de l’interface web de l’Observatoire — moteur de recherche, filtres avancés, fiches organisations — co-conçue avec les futurs usagers et publiée sur data.gouv.fr et Wikidata.
2026–2027: phase de production et de diffusion pédagogique
Cette dernière étape aura pour but de créer et déployer les outils d’appropriation sur quatre à cinq territoires pilotes, avec une forte dimension d’éducation populaire et de dialogue entre ESS, jeunesse et décideurs publics.
Une coopération étudiante structurante avec les étudiants du master « société numérique » de Sciences Po Lille/Centrale Lille
L’Observatoire n’est pas seulement un dispositif technique ou militant : c’est aussi un chantier d’apprentissage et de recherche-action qui mobilise le monde académique. À Sciences Po Lille, les étudiant·es de master Sociétés numériques sont impliqué·es dans une coopération 2025–2026 : ils analysent la littérature existante, affinent la typologie des familles de l’ESS numérique, recensent les bases de données disponibles, et participent à l’agrégation ainsi qu’à l’analyse des données manquantes via un questionnaire dédié.
Dans cette optique, Augustin de Chevigny, étudiant à Centrale Lille a lancé la brique technique et data, en lien étroit avec l’équipe projet de SOGA et Nastasia Fouret, mentor data.
En outre, l’INSA Rennes, via le Laboratoire Fabrique de Pensée Critique, structure un programme de recherche-action : analyse documentaire, focus group exploratoire, enquête quantitative (300 réponses visées), puis 80 entretiens qualitatifs en France et en Belgique pour éclairer les modèles économiques, les impacts, les coopérations et les freins au passage à l’échelle.
Plus de 30 millions d'entités, environ 300 à trouver : L’enjeux de la qualification de la données
Au cœur de l’Observatoire, une brique « données » ambitieuse se construit pas à pas, sous l’impulsion de la data architecte Nastasia Fouret (Data for Good) et du travail patient d’Augustin, en charge de l’architecture et du pipeline technique.
Le défi de fond est un problème de volumétrie et de qualité : le registre SIRENE recense près de 30 millions d’entités et il faut identifier parmi elles les quelque 300 (chiffre estimé) organisations qui relèvent de l’ESS actives dans le numérique. Ce travail exige un pipeline de filtrage et d’enrichissement robuste, reproductible, et auditable. Ces exigences sont indispensables pour identifier et qualifier l’ensemble des organisations de l’ESS actives dans le numérique, produire une base ouverte fiable, documentée et reproductible, et contribuer aux communs tels que data.gouv.fr ou Wikidata.
Les choix de technologie s’appuient sur cinq principes directeurs :
- simplicité : chaque brique fait une seule chose, de manière lisible,
- reproductibilité : chaque traitement est traçable et documenté,
- « open by default » : outils et codes sont disponibles en open source (ouverts à toutes et tous),
- interopérabilité : des formats ouverts et des standards partagés.
Un premier pipeline de données développé en Python (langage informatique open source) a été validé :
il agrège des bases publiques et partenaires et a permis d’identifier près de 2 000 organisations candidates à partir du registre SIRENE.
L’étape suivante est d’affiner ce résultat grâce à des méthodes d’enrichissement avancées — scraping web, scoring et intelligence artificielle locale — avant de soumettre seulement les cas les plus pertinents à la qualification des expertes et experts ESS, pour en retenir les quelque 300 qui relèvent réellement de l’ESS numérique : Cette qualification humaine des données sera organisée via Label Studio (community edition). La plateforme permettra une annotation structurée, multi-expert·es et auditable.
L’ensemble de cette infrastructure — pipeline, données et outil d’annotation — est hébergé sur un serveur indiehosters, hébergeur éthique et souverain.
À terme, la base validée sera mise à disposition en open data (formats CSV et Parquet), consultable via Grist, un tableau de bord collaboratif open source pour les utilisatrices et utilisateurs métiers, et publiée sur data.gouv.fr et Wikidata. Une API sera proposée pour les réutilisations avancées.
Un pari tenu pour le moment… grâce au bénévolat et à la mutualisation
Si l’architecture technique, la coopération académique et la dynamique communautaire sont déjà là, tout repose aujourd’hui sur un équilibre extrêmement précaire : mutualisation de financements de projets, temps bénévole, mécénat de compétences et débrouille organisée.
Pour que ce chantier ne s’arrête pas au milieu du gué, l’enjeu est désormais de sécuriser des financements plus structurels :
- en adhérant au SOGA, avec une adhésion défiscalisée selon la grille votée en janvier 2026,
- en faisant un don, ponctuel ou récurrent, au bénéfice de l’Observatoire,
- en mobilisant des fondations, têtes de réseau ESS, opérateurs publics ou entreprises engagées susceptibles de devenir partenaires fondateurs (à partir de 5 000 euros, avec siège au comité scientifique, visibilité et co-construction des orientations).
Chaque adhésion, chaque contribution financière, chaque relais compte pour rendre enfin visibles les alternatives numériques de l’ESS, et faire de cette « troisième voie » non plus une promesse, mais une réalité partagée.
Nous sommes particulièrement reconnaissant·es envers les membres de notre comité de recherche – Jacques‑François Marchandise (AstroLabe,LFPC), Yaël Benayoun, Élise Ho‑Pun‑Cheung (Datactivist), Emmanuel Porte (INJEP), Amélie Pedrot (La Fonda/Labo de l’ESS), Véra Vidal (Coop des Communs), Emmanuel Rivat Agence Phare), Steve Lewis (ESS France), Anne Rumin (LFPC), Valérie Peugeot (Sciences Po Paris), Auber Richebourg (CSI) et Léa Rogliano AI Institute for Common Good) – qui, par leur expertise et leur disponibilité, garantissent la solidité scientifique de l’Observatoire de l’ESS numérique.


