Abstract :

Le 9 juillet 2026, le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire adoptait la première Stratégie nationale de l’ESS, un texte organisé en cinq axes et 108 actions. Adoption chahutée : le texte n’a recueilli que les voix de l’État, plusieurs représentant·es de l’ESS s’abstenant sur d’autres volets du document. Sur le numérique en revanche, la ligne fait consensus. L’Orientation 16 fixe un cap net : « faire de l’ESS un levier stratégique de souveraineté numérique », face à une dépendance aux « géants américains et asiatiques » jugée porteuse de « pertes financières » et de « risques sur les données sensibles et sur nos démocraties ».

Un mois plus tôt, le 8 juillet, la commission d’enquête parlementaire pilotée par la députée Cyrielle Châtelain rendait un diagnostic bien plus âpre sur le même sujet, après six mois de travaux, 45 auditions et 112 personnes entendues. Les deux textes se répondent, presque phrase par phrase.

Un même diagnostic, deux niveaux de gravité

Dépendance numérique

La stratégie de l’ESS pose le problème en termes de risques et d’opportunités. Le rapport Châtelain parle, lui, de vulnérabilité systémique. Il documente la captation de valeur par les hyperscalers américains, l’inefficacité des sanctions européennes (DSA et DMA compris, jamais appliqués à leur pleine puissance selon les auditions recueillies) et le risque de « kill switch », cette capacité qu’ont les grands acteurs américains de couper unilatéralement l’accès à leurs services à des organisations ou des États.

La rapporteuse rejette autant le statu quo que la tentation de « changer la nationalité du tyran », et plaide pour un modèle de « numérique ouvert et libérateur » articulé autour de six leviers, au premier rang desquels figurent les communs numériques. Parmi les mesures phares : obligation d’open source dans les marchés publics d’ici 2030, objectif « zéro Microsoft » dans les écoles, création d’une fondation France Libre Open Source et d’un fonds dédié (le fonds Logic) pour financer la maintenance des briques logicielles essentielles.

La Stratégie nationale de l’ESS reprend une partie de cette grammaire : développement des logiciels libres, définition d’un cadre juridique pour les communs numériques d’intérêt général, soutien à des data spaces sectoriels gouvernés selon des « principes de communs ». Deux textes, deux calendriers institutionnels, une même conclusion : sans écosystème structuré capable de peser face aux GAFAM, aucune régulation ne suffira à elle seule à rééquilibrer le rapport de force.

LaSuite.coop, ou la traduction opérationnelle du diagnostic

C’est précisément dans cet interstice entre diagnostic politique et outil concret que s’inscrit LaSuite.coop, qui se constituera en société coopérative d’intérêt collectif en juillet 2026. La coopérative propose une suite d’outils numériques libres, open source et modulables, pensée pour les associations, coopératives, entreprises ESS, institutions et universités.

Le modèle économique décrit dans sa plaquette de campagne reprend, point par point, les recommandations des deux rapports. Les abonnements versés par les organisations utilisatrices financent l’hébergement et la maintenance, mais une partie du chiffre d’affaires est reversée aux logiciels libres qui rendent le service possible, exactement la logique de contribution aux communs que réclame le rapport Châtelain. La gouvernance, organisée en collèges associant salarié·es, producteurices, organisations bénéficiaires et soutiens, empêche qu’un seul type d’acteur capte la valeur ou le pouvoir de décision.

LaSuite.coop lance actuellement une levée de fonds citoyenne par sociétariat, structurée en deux paliers : 500 000 euros pour consolider l’offre B2B, un million pour l’ouvrir ensuite au grand public. Le sociétariat est ouvert à toute organisation, tout réseau, toute citoyenne ou tout citoyen engagé·e, pas seulement aux grandes structures ou aux actrices et acteurs déjà installés.

Se soutenir entre pairs, ou rester dépendant·e seul·e

Le rapport Châtelain insiste sur un point trop souvent oublié dans les débats sur la souveraineté numérique : la régulation seule ne protège personne si l’écosystème alternatif n’existe pas à une échelle suffisante. Une entreprise, une association ou une collectivité qui migre isolément vers un outil libre prend un risque de fiabilité ; un réseau d’acteurs de l’ESS qui migre collectivement construit un rapport de force.

illustration travail équipe

C’est là que la solidarité entre structures de l’ESS cesse d’être un slogan pour devenir un levier stratégique. Chaque euro investi dans LaSuite.coop finance à la fois un service opérationnel aujourd’hui et une brique de commun numérique pour demain. Chaque organisation qui rejoint la coopérative comme sociétaire, organisation pilote ou partenaire relais élargit la base d’usagers qui rend l’alternative crédible face aux suites propriétaires dominantes.

La Stratégie nationale de l’ESS fixe le cap. Le rapport Châtelain documente l’urgence. Il reste à transformer ces deux textes en mobilisation concrète. Rejoindre LaSuite.coop, devenir sociétaire, faire connaître la campagne dans son réseau : voilà comment les acteurs de l’ESS peuvent, ensemble, s’affranchir des dépendances numériques plutôt que d’attendre qu’on les en libère.

Pourquoi SOGA soutient et accompagne le projet ?

  • En tant que membre, LaSuite.coop bénéficie de l’offre de prestations de services de SOGA. Mais au-delà de ce partenariat, nous souhaitons soutenir les initiatives en lesquelles nous croyons, celles qui ont le potentiel de tout changer. En accompagnant LaSuite.coop dans son déploiement, nous escomptons également changer nos propres usages internes, documenter, partager cette migration auprès de nos adhérent·es et référencer LaSuite.coop au sein de notre Observatoire de l’ESS numérique. Ainsi, nous ambitionnons de contribuer activement à la transformation numérique des organisations de l’ESS.

Sources :


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