IA : 3 cas d’usages de l’intelligence artificielle pour l’intérêt général

IA : 3 cas d’usages de l’intelligence artificielle pour l’intérêt général

Le SOGA a lancé un groupe de réflexion pour comprendre les rapports entre l’IA et l’ESS, échanger sur les usages, l’éthique, la responsabilité et les alternatives de l’IA. Dans ce cadre, s’est tenu une réunion sous forme de webinaire le jeudi 18 avril 2024.

La discussion s’est ouverte par un sujet d’actualité : des entretiens d’embauche menés par des chatbots. Il a partagé l’histoire d’une jeune femme chargée de communication dont le processus de sélection du CV et l’entretien à distance ont été réalisés entièrement par des chatbots, pour finalement recevoir un refus de sa candidature également envoyé par un chatbot. Cette anecdote soulève une question essentielle : est-ce éthique d’utiliser des chatbots pour des processus de recrutement humains ? 

Cette réflexion est étroitement liée à la question de l’impact de l’IA sur les métiers, soulignant les défis et les dilemmes éthiques auxquels nous sommes confrontés dans un monde où la technologie évolue rapidement. Une belle introduction avant de laisser la parole aux 3 experts venus partager leur expertise dans le domaine de l’IA : Joël Gombin, Chief Data Officer chez Avneer; Lea Rogliano, chercheuse en éthique de l’IA chez FARI; et Guilhem Menard, co-fondateur de Share it.

 

Cas d’usage 1 : Outiller les aidants numériques sur les enjeux de l’IA et de la data

Léa Rogliano a partagé des retours précieux sur la manière d’outiller les aidants numériques pour aborder les enjeux de l’IA et des données. Elle a souligné le besoin urgent d’outiller les aidants numériques pour mieux comprendre et communiquer sur les implications éthiques et pratiques de l’IA et des données dans leurs activités. La chercheuse nous a présenté un projet pilote en cours chez FARI, axé sur la diversité et l’inclusivité, visant à comprendre les besoins des Espaces Publics Numériques (EPN) à Bruxelles. Ces EPN sont des lieux où le grand public peut accéder à internet et à d’autres technologies numériques, et recevoir de l’aide quant aux usages numériques. 

L’objectif principal était de saisir les besoins des aidants numériques, qui sont chargés d’aider les utilisateurs dans leur utilisation des technologies. Ils ont observé une forte demande pour des ressources et des formations spécifiques, soulignant que les aidants numériques préféraient souvent être formés sur place plutôt que de se déplacer vers des centres plus institutionnels. Ils ont souligné l’importance de créer des outils pédagogiques pour initier les pédagogues eux-mêmes aux enjeux de l’IA et de la data, ainsi que la nécessité de proposer des démonstrations concrètes de l’utilisation de l’IA pour optimiser les processus, telles que la création de chatbots ou de CV automatisés, pour susciter l’intérêt et la motivation du public des EPN. Les outils présentés visent à sensibiliser ces acteurs aux enjeux éthiques de l’IA et de la data, garantissant ainsi une utilisation responsable de ces technologies dans le secteur de l’ESS.

 

Cas d’usage 2 : les embeddings au service de l’orientation professionnelle

Joël Gombin a pris la parole pour partager les défis et solutions que présente l’utilisation de l’IA dans la création d’une application. Il a récemment développé l’application Avneer, qui aide les jeunes à trouver le métier qui leur correspond. Il s’adresse à ce jeune public en proposant un processus gamifié avec un avatar interactif. Lors du développement de l’application, plusieurs défis se sont posés. Premièrement, il a fallu créer un moteur de recommandation de métiers basé sur le matching entre les compétences des utilisateurs et les exigences des emplois, en utilisant des données ouvertes sur l’éducation, l’orientation et la formation. 

Deuxièmement, les variations et les erreurs potentielles lorsque l’utilisateur entre un terme dans la barre de recherche de l’application peuvent poser problème. Pour surmonter ce défi, ils ont opté pour l’utilisation de l’apprentissage automatique, en particulier les embeddings. Les embeddings sont une technique utilisée en intelligence artificielle pour représenter des mots ou des phrases sous forme de nombres sur un graphique en plusieurs dimensions. Cela permet à l’ordinateur de comprendre la signification et les relations entre les mots. Par exemple, dans un espace de dimensions, chaque mot est représenté par un ensemble de nombres qui capturent ses caractéristiques et ses associations avec d’autres mots. Cela permet à l’ordinateur de traiter le langage naturel de manière plus efficace et de mieux comprendre et répondre aux demandes hétérogènes des utilisateurs, facilitant ainsi la recherche de métiers pertinents. En utilisant des algorithmes sophistiqués, les embeddings permettent une meilleure correspondance entre les compétences des individus et les exigences des emplois, offrant ainsi une orientation professionnelle plus efficace.

 

Cas d’usage 3 – Intégration de l’IA : stratégies pour les acteurs de l’intérêt général

Guilhem Menard a abordé les défis spécifiques rencontrés par les acteurs de l’intérêt général dans l’adoption de l’IA. Co-fondateur de Share it, fort de ses 6 ans d’accompagnement de projets dans l’ESS, il  a mis en lumière le lancement d’un projet spécifique sur l’IA. La structure a constaté un faible nombre d’utilisations de l’IA au sein des associations, soulignant un décalage entre le secteur marchand et le secteur associatif en matière de numérisation. Ainsi, il a souligné l’importance d’outiller les structures de l’ESS pour tirer parti des avantages de l’IA. 

Il a identifié trois types de cas d’usage pour l’IA : l’utilisation générique, pour utiliser l’IA au quotidien afin de gagner en efficacité (gestion de projet, aide à la rédaction, traduction…); l’utilisation métier, plus spécifique du secteur (fundraising, marketing/com, accompagnement des bénéficiaires); l’utilisation “organisation”, permettant de repenser l’activité d’une organisation en s’appuyant sur l’IA.

Guilhem a ensuite présenté un programme ambitieux visant à acculturer et accompagner les acteurs de l’ESS à l’utilisation des IA génératives. Ce programme vise à accompagner 2000 structures d’ici 2026, dont 400 dès 2024 à Paris, à travers trois phases : la diffusion d’une veille technologique et de recommandations sur l’IA adaptées au secteur de l’ESS, l’organisation de webinaires d’acculturation et enfin, la formation des acteurs de l’ESS à l’usage de l’IA sur des cas métiers simples avec des temps de mise en pratique collectifs et individuels. 

 

Données d’intérêt général : vers un partenariat public avec l’économie sociale

Données d’intérêt général : vers un partenariat public avec l’économie sociale

Données d’intérêt général : vers un partenariat public avec l’économie sociale

Le 8 novembre 2023 marquait l’ouverture de NEC ESS Europe, le grand rendez-vous de l’économie sociale numérique en France et en Europe, organisé par le Social Good Accelerator (SOGA).

Son ambition : promouvoir et accélérer l’économie sociale numérique.

Inscrit dans la dynamique Numérique en commun[s] de l’ANCT et cofinancé par le Crédit Coopératif, l’événement a rassemblé plus de 200 participants et 80 intervenants autour d’un objectif commun : structurer un numérique d’intérêt général à l’échelle européenne.

Parmi les temps forts, la conférence « Données d’intérêt général : vers un partenariat public-privé avec l’économie sociale », organisée à Paris, a donné lieu à des échanges particulièrement structurants.

Des intervenants au cœur des enjeux des communs numériques

La conférence a réuni :

  • Jacques François Marchandise (Exploranum)

  • Emmanuel Porte (INJEP)

  • Vincent Bachelet (Inno3)

  • Rémy Gerbet (Wikimedia France)

  • Mireille Clapot, députée et membre du CNSP

Ensemble, ils ont exploré les enjeux stratégiques, juridiques et culturels des données dans l’économie sociale et solidaire numérique.

Pour une transition numérique inclusive

Jacques François Marchandise a ouvert les échanges en rappelant que la transition numérique ne peut être réellement inclusive que si l’on décloisonne les univers professionnels.

Il a souligné le rôle central de la médiation numérique dans différents secteurs (social, culturel, éducatif) et la nécessité d’une appropriation transversale des outils numériques pour éviter une fragmentation des usages.

L’enjeu n’est pas seulement technologique, mais profondément social et organisationnel.

Développer une culture de la donnée dans les associations

Emmanuel Porte a interrogé le rapport des associations aux données. Trop souvent perçues comme une contrainte – notamment au regard du RGPD – les données peuvent devenir un levier de coopération territoriale.

Il a insisté sur :

  • la nécessité de former les acteurs associatifs à la culture de la donnée,

  • l’importance de l’intégrer dans les dispositifs de formation professionnelle,

  • le rôle structurant des données pour renforcer les capacités organisationnelles.

Il a notamment cité le numéro 60 des Cahiers de l’action :
« Les associations au défi des données numériques ».

Données et communs numériques : un modèle alternatif

Vincent Bachelet a orienté le débat vers l’usage des données dans les communs numériques.

Comment valoriser collectivement les données tout en respectant :

  • les principes d’ouverture,

  • la gouvernance partagée,

  • l’éthique numérique ?

Ses interventions ont permis d’ouvrir des perspectives concrètes sur la valorisation collaborative des données au service de l’intérêt général.

Coopération et diffusion des données d’intérêt général

Rémy Gerbet a illustré l’importance de la coopération en citant la collaboration entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le mouvement Wikimedia pendant la pandémie de Covid-19.

Cette coopération a permis la diffusion rapide d’informations validées à l’échelle mondiale, démontrant la puissance des communs numériques comme infrastructure d’intérêt général.

Vers un cadre juridique adapté aux communs numériques

Mireille Clapot a conclu les échanges en insistant sur la nécessité d’un cadre juridique clair pour les communs numériques d’intérêt général.

Elle a plaidé pour :

  • une définition juridique explicite des communs numériques,

  • une adaptation des cadres fiscaux et réglementaires,

  • un soutien public structurant.

Elle a notamment mentionné l’Avis du CNSP sur les communs numériques, piloté par Jeanne Bretécher, qui propose des pistes concrètes pour accompagner leur développement.

Conclusion : structurer un partenariat public-ESS autour des données

La conférence a mis en lumière un enjeu stratégique :
les données d’intérêt général constituent un pilier fondamental pour une économie sociale numérique européenne.

Entre culture de la donnée, gouvernance collaborative, cadre juridique et coopération publique, l’économie sociale a un rôle clé à jouer dans la structuration d’un modèle alternatif aux plateformes dominantes.

👉 Le replay est disponible sur la chaîne YouTube du Social Good Accelerator.
👉 Rejoignez le SOGA pour soutenir et construire une économie sociale numérique européenne forte.

FAQ — Données d’intérêt général et économie sociale

Qu’est-ce qu’une donnée d’intérêt général ?

Une donnée d’intérêt général est une information produite ou utilisée dans un objectif d’utilité sociale, accessible ou gouvernée collectivement pour servir le bien commun.

Pourquoi les données sont-elles stratégiques pour l’économie sociale ?

Elles permettent d’améliorer la coopération territoriale, la transparence, l’impact social et la capacité d’innovation des organisations.

Quel rôle jouent les communs numériques ?

Les communs numériques permettent une gouvernance collective des ressources digitales (données, logiciels, plateformes) selon des principes ouverts et collaboratifs.

Pourquoi un cadre juridique spécifique est-il nécessaire ?

Pour protéger les communs numériques, sécuriser leur financement et reconnaître leur contribution à l’intérêt général.

Quel est le rôle du Social Good Accelerator ?

Le SOGA structure la réflexion européenne sur les données, les communs numériques et la transition numérique de l’économie sociale.

Économie sociale numérique : une opportunité pour la citoyenneté et la démocratie

Économie sociale numérique : une opportunité pour la citoyenneté et la démocratie

Économie sociale numérique : une opportunité pour la citoyenneté et la démocratie européennes

Le 17 novembre 2023 marquait la clôture de NEC ESS Europe. Cet événement, organisé par le Social Good Accelerator (SOGA), s’inscrivait dans le cadre de l’initiative Numérique en commun[s] de l’ANCT. Il a été cofinancé par le Crédit Coopératif.

L’objectif était clair : accélérer la transition numérique de l’économie sociale et solidaire. Pendant deux jours, plus de 200 participants et 80 intervenants se sont réunis. Ainsi, NEC ESS Europe est devenu un catalyseur de débats riches et constructifs.

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Avec plus de 200 participants et 80 intervenants, NEC ESS Europe a été un catalyseur de discussions passionnantes. Parmi les temps forts, la conférence organisée au Comité économique et social européen (CESE), intitulée :
« Construire une Europe numérique pour le bien commun : l’économie sociale numérique, une opportunité pour la citoyenneté et la démocratie ».

L’économie sociale numérique, moteur de démocratie

La première session a mis en lumière le rôle de la Social Tech comme levier démocratique. Elle a notamment insisté sur la Civic Tech et les données citoyennes.

  • Gabriela Martin (SOGA) a souligné la nécessité de créer des espaces numériques ouverts et inclusifs.

  • Julia Herriot (ANCT) a présenté la démarche Numérique en commun[s] et le programme Société numérique. Elle a rappelé les enjeux liés aux financements et aux données d’intérêt général.

  • Jeanne Bretécher (SOGA) a défendu la numérisation de l’ESS. Selon elle, elle peut soutenir la démocratie et renforcer les services sociaux.

  • Adrien Duguet (ACTE) a alerté sur les risques liés à la transparence et à la protection des données. Il a insisté : sans confiance, aucune participation démocratique durable n’est possible.

  • Hendrik Nahr (Make.org) a illustré l’impact de la Civic Tech. Il a cité la campagne EurHOPE, qui mobilise les jeunes Européens avant les élections de 2024.

Enfin, Giuseppe Guerini (CECOP – CESE) a plaidé pour une régulation européenne du numérique. Selon lui, elle doit protéger les citoyens tout en encourageant l’innovation.

Services numériques d’intérêt général et coopération

La seconde session a exploré les services numériques d’intérêt général et les partenariats public-privé. Ces derniers apparaissent comme des leviers essentiels pour la cohésion sociale et territoriale européenne.

  • Jeanne Bretécher (SOGA) a ouvert la discussion. Elle a rappelé que le “superpouvoir” de l’ESS reste la coopération.

  • Sara de Heusch (SEE) a insisté sur le rôle unique des coopératives, mutuelles, associations et fondations. Elles peuvent construire un numérique respectueux de la vie privée, durable et démocratique.

  • Patrick Klein (Commission européenne) a rappelé que la co-création est indispensable. Selon lui, elle conditionne le succès de la transition numérique européenne.

  • Denis Stokkink (Pour La Solidarité) a présenté le projet Social Tech Academy. Ce programme, porté par SOGA, Egina et Fundación Esplai, vise à développer les compétences numériques dans l’ESS.

  • Maxime Baduel (délégué interministériel à l’ESS) a insisté sur le rôle de l’État. Il a rappelé que la gestion responsable des données et la montée en compétences sont des priorités.

Ainsi, les intervenants ont confirmé que la transition numérique ne peut réussir qu’en associant les valeurs et les méthodes de l’économie sociale.

    Une Europe numérique plus juste et plus démocratique

    En conclusion, les intervenants ont affirmé que l’avenir numérique de l’Europe ne peut être uniquement marchand. Pour être durable, il doit s’appuyer sur les valeurs de l’économie sociale et solidaire : coopération, justice sociale, respect de l’environnement et démocratie participative.

    👉 Le replay de la conférence est disponible sur la chaîne YouTube du Social Good Accelerator.
    👉 Pour contribuer à ce mouvement et soutenir le développement d’une économie sociale numérique européenne, rejoignez la communauté SOGA.

      Dynamiser l’économie sociale par le numérique

      Dynamiser l’économie sociale par le numérique

      Dynamiser l’économie sociale par le numérique : les recommandations de la Commission européenne

      Avec la montée en puissance du numérique dans nos sociétés, il devient impératif d’assurer l’adaptation de l’économie sociale à cette transformation majeure.
      Loin de la recherche effrénée du profit, l’économie sociale occupe une place essentielle en plaçant l’humain, les enjeux sociaux et environnementaux au cœur de son action.

      Pour permettre à ce secteur dynamique de s’épanouir pleinement, la Commission européenne a présenté en décembre 2021 un plan d’action ambitieux pour l’économie sociale.
      Au cœur de ce plan figure une recommandation du Conseil, adoptée le 13 juin 2024, qui vise à créer les conditions-cadres nécessaires au développement de l’économie sociale en Europe.

      Notre analyse se concentre sur les propositions numériques clés de cette recommandation — des mesures innovantes qui ouvrent de nouvelles perspectives pour l’économie sociale à l’ère digitale.

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      Renforcer les compétences numériques dans l’économie sociale

      Pour réussir les transitions numérique et écologique, il est essentiel de développer les compétences numériques au sein de l’économie sociale.
      La Commission encourage les États membres à soutenir la formation, les échanges d’expériences et le développement de compétences managériales, entrepreneuriales et digitales adaptées à un environnement en constante évolution.

      Exemple concret : la Social Tech Academy.

      Le Social Good Accelerator pilote la Social Tech Academy, programme de référence pour la montée en compétences numériques des acteurs de l’économie sociale.
      Ouvert, collaboratif et accessible, ce programme vise à outiller les structures de l’ESS et leurs bénéficiaires — notamment les jeunes et les personnes éloignées de l’emploi — pour une transition numérique inclusive et professionnalisante vers les métiers du “Social Tech”.

      Relier politique industrielle et transition numérique

      Pour stimuler l’innovation sociale et un développement économique durable, il est crucial d’intégrer les objectifs de l’économie sociale dans les politiques industrielles.
      Cette articulation facilite la transition vers une économie circulaire et numérique, où les acteurs coopèrent pour maximiser l’impact social positif.

      L’intégration de ces objectifs favorise :

      • la création d’emplois durables,

      • la promotion de l’entrepreneuriat social,

      • et la réduction des inégalités.

      En combinant ces dynamiques dans les stratégies industrielles, l’Union européenne trace la voie d’un avenir plus inclusif et équitable, où performance économique et utilité sociale se renforcent mutuellement.

      Encourager le développement des initiatives communautaires

      La Commission européenne soutient activement le déploiement d’initiatives communautaires au sein de l’économie sociale.
      Celles-ci prennent la forme de :

      • communautés énergétiques,

      • solutions de mobilité partagée,

      • plateformes coopératives numériques,

      • coopératives agricoles et circuits courts alimentaires.

      Ces initiatives renforcent la cohésion sociale et territoriale en permettant aux citoyens d’accéder à des produits et services locaux tout en participant à des modèles économiques durables.

      Dans cette optique, la Commission a lancé le Portail européen de l’économie sociale et numérique : un guichet unique en ligne pour accéder à des informations sur les financements européens, formations, événements et opportunités par pays.

      Renforcer l’accès aux outils numériques et aux technologies émergentes

      Pour prospérer dans un environnement numérique en constante mutation, les structures de l’économie sociale doivent avoir accès à des outils technologiques avancés.
      L’usage de l’open source, du big data et de l’intelligence artificielle responsable permet d’améliorer l’efficacité, la productivité et l’impact social des organisations.

      Exemple inspirant : TechSoup fournit des licences logicielles à des milliers d’associations en Europe, leur permettant d’accéder à des outils numériques performants et abordables, renforçant ainsi leur capacité d’action sociale.

      Ouvrir l’accès aux marchés et à la commande publique

      La Commission européenne encourage une coopération accrue entre entreprises sociales et entreprises classiques, notamment via les technologies numériques qui facilitent l’accès aux marchés privés et publics.
      Cette collaboration permet d’amplifier la portée sociale et environnementale des initiatives de l’économie sociale.

      Pour accompagner cette dynamique, la Commission préconise :

      • des mécanismes de soutien spécifiques,

      • des formations dédiées à la commande publique responsable,

      • et des incitations financières favorisant les partenariats inclusifs.

      Ces mesures ouvrent la voie à de nouvelles opportunités économiques et sociales, tout en facilitant l’intégration professionnelle des personnes vulnérables grâce à la formation et à l’emploi adapté.

      L’appui européen aux recommandations numériques : les Transition Pathways

      Au cœur de la mise en œuvre de ces recommandations se trouvent les Transition Pathways, un cadre stratégique conçu pour accélérer la transition numérique de l’économie sociale.
      Ce processus collaboratif, développé avec le Social Good Accelerator et des centaines d’acteurs européens, définit les étapes clés pour accompagner le changement.

      Les Transition Pathways offrent :

      • une méthodologie inclusive et coopérative,

      • une feuille de route claire pour la transformation numérique,

      • et des mesures adaptées pour garantir un avenir numérique durable et équitable.

      Cet outil constitue désormais un levier central des politiques européennes en matière d’économie sociale et de transition digitale.

      Les impacts attendus de ces recommandations

      Ces propositions sont actuellement discutées par le Conseil de l’Union européenne, en vue d’un accord politique commun.
      Une fois adoptées, les États membres auront 18 mois pour adapter ou créer leur stratégie nationale de l’économie sociale, intégrant ces priorités numériques.

      La Commission assurera ensuite un suivi régulier de leur mise en œuvre, en lien avec le Comité de l’emploi et le Comité de la protection sociale, afin de mesurer les effets concrets et d’ajuster les politiques selon les besoins observés.

      Ces recommandations marquent une étape majeure pour faire de l’économie sociale un moteur de la transition numérique européenne, fondée sur l’inclusion, la durabilité et la coopération.

      Développement de l’IA dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

      Développement de l’IA dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

      Développement de l’intelligence artificielle dans l’économie sociale : une technologie au service de l’impact social

      L’intelligence artificielle (IA) connaît une croissance fulgurante. Depuis l’arrivée de ChatGPT, le débat public s’est intensifié. Dans une lettre ouverte datée du 28 mars 2023, plus d’une centaine d’experts ont appelé à une pause dans le développement de certaines IA afin de mieux encadrer leurs implications éthiques.

      Dans un précédent article, nous montrions que, dans des secteurs technologiques sous tension comme l’IA, le simple statut non lucratif ne suffit plus à garantir l’alignement avec les valeurs défendues par les organisations. C’est pourquoi les acteurs de l’économie sociale se montrent souvent prudents face à ces technologies.

      Pourtant, le développement de l’IA dans l’économie sociale pourrait permettre de mettre la technologie au service de l’impact social.

      Comprendre le fonctionnement de l’intelligence artificielle

      Avant d’explorer ses usages, rappelons ce qu’est une IA.

      Une intelligence artificielle est un ensemble de techniques permettant à une machine de simuler certaines capacités humaines : traitement du langage, reconnaissance d’images, prédiction, classification, etc.

      Dans le cas de ChatGPT, le système repose sur un modèle de type GPT (Generative Pre-Trained Transformer), un réseau neuronal entraîné sur de vastes corpus de données. Il génère des réponses en analysant des probabilités statistiques et des associations linguistiques — non sur une compréhension réelle du contenu.

      Ainsi, les outils actuellement disponibles relèvent davantage du machine learning avancé que d’une intelligence dotée d’un raisonnement autonome.

      IA et campagnes de dons : améliorer le ciblage

      Certaines organisations ont déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs stratégies de levée de fonds.

      Le rouge correspond au démarchage classique non ciblé, le vert au ciblage classique et le bleu au ciblage effectué à l’aide d’algorithmes. L’intelligence artificielle améliore l’efficacité des campagnes de dons en identifiant les profils des donateurs et en orientant les mailings de la meilleure façon possible. Il s’agit donc d’un gain d’efficacité, de rentabilité, mais aussi d’un argument écologique en réduisant le nombre d’e-mails et donc l’impact carbone d’une campagne.

      Des outils d’analyse prédictive permettent :

      • d’identifier les profils les plus susceptibles de donner,

      • d’optimiser les campagnes d’emailing,

      • de réduire les sollicitations inutiles,

      • d’améliorer le retour sur investissement (ROI).

      L’algorithme permet d’affiner le ciblage par rapport aux méthodes traditionnelles, ce qui peut :

      • accroître l’efficacité financière,

      • réduire l’empreinte carbone des campagnes (moins d’emails, moins de papier),

      • améliorer la pertinence des messages.

      Cependant, plusieurs limites subsistent :

      • manque de transparence des algorithmes,

      • absence de données open source,

      • difficulté d’évaluation indépendante de la performance réelle.

      L’efficacité de ces dispositifs dépend fortement de la qualité des données disponibles.

      Mesurer l’impact social grâce à l’analyse automatisée

      La mesure d’impact est un enjeu central pour les organisations de l’économie sociale.

      Or, quantifier la valeur sociale créée reste complexe et coûteux. L’intelligence artificielle peut contribuer à :

      • analyser à grande échelle les retours des bénéficiaires,

      • effectuer des analyses de sentiment sur les réseaux sociaux,

      • détecter des tendances dans les perceptions publiques,

      • structurer des données qualitatives en indicateurs exploitables.

      Le développement d’outils d’IA spécifiquement conçus pour analyser l’impact social pourrait aider les organisations à :

      Freins à l’adoption de l’IA dans l’économie sociale

      Un expert en data science travaillant pour une grande mutuelle souligne plusieurs obstacles :

      1. Une perception négative du secteur

      L’IA est parfois perçue comme un domaine réservé aux « geeks », éloigné des préoccupations sociales.

      2. Des difficultés de collecte de données

      La structuration et la qualité des données sont souvent insuffisantes pour déployer des modèles prédictifs robustes.

      3. Une transformation organisationnelle complexe

      Dans des secteurs comme la mutualité, la gestion des risques repose historiquement sur l’expérience métier. Introduire des outils automatisés implique un changement culturel profond.

        Des bénéfices concrets déjà observables

        Malgré ces freins, des applications existent déjà :

        • tri automatique des emails et documents scannés,

        • optimisation de la relation bénéficiaire,

        • automatisation des demandes courantes,

        • détection des fraudes.

        Les résultats observés incluent :

        • un gain de temps significatif,

        • une amélioration de la qualité de service,

        • une meilleure allocation des ressources humaines.

        Conclusion : vers une IA éthique et responsable dans l’économie sociale

        L’intelligence artificielle soulève des questions éthiques majeures :

        • gouvernance des données,

        • biais algorithmiques,

        • respect de la vie privée,

        • transparence des modèles.

        Mais elle représente également une opportunité stratégique pour l’économie sociale.

        Selon Dr. Lobna Karoui, spécialiste de l’éthique de l’IA, l’intelligence artificielle peut devenir un levier puissant pour :

        • améliorer l’efficacité organisationnelle,

        • renforcer la connaissance des bénéficiaires,

        • optimiser l’impact social.

        À condition qu’elle reste un outil au service de l’humain, et non un substitut.

        Le défi pour l’économie sociale est clair :
        développer une IA alignée sur ses valeurs démocratiques, solidaires et responsables.

          FAQ — Intelligence artificielle et économie sociale

          L’intelligence artificielle est-elle compatible avec les valeurs de l’économie sociale ?

          Oui, si elle est développée de manière éthique, transparente et au service de l’impact social.

          Quels sont les principaux usages de l’IA dans l’économie sociale ?

          Ciblage des campagnes de dons, mesure d’impact, automatisation administrative, détection de fraudes, analyse de données.

          Quels sont les risques associés ?

          Biais algorithmiques, opacité des modèles, dépendance technologique, problèmes de gouvernance des données.

          Pourquoi l’adoption est-elle lente dans l’économie sociale ?

          Manque de compétences internes, réticences culturelles, ressources financières limitées.

          L’IA peut-elle remplacer les professionnels du secteur social ?

          Non. Elle peut assister, optimiser et analyser, mais elle ne remplace pas l’expertise humaine ni la relation sociale.

          Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

          Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

          Éthique et performance : le cas du développement de ChatGPT

          ChatGPT n’est pas seulement une révolution technologique : c’est aussi un cas d’école en matière de responsabilité sociale des entreprises.
          Conçu à l’origine comme un contre-modèle aux GAFAM au sein d’une organisation à but non lucratif, OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, a progressivement basculé vers un modèle capitaliste.

          L’affaire révélée par le magazine Time sur les conditions de travail des sous-traitants kenyans — employés par Samasource, une ancienne ONG devenue entreprise à but lucratif — a mis en lumière les paradoxes du modèle.
          Ces révélations posent une question de fond : les statuts “non lucratifs” servent-ils aujourd’hui de tremplin à des entreprises technologiques motivées par le profit plutôt que par l’intérêt général ?
          Retour sur un cas emblématique et les interrogations qu’il soulève.

          Bien que le secteur à but non lucratif se structure traditionnellement autour de valeurs de gouvernance démocratique, de transparence et d’éthique, certaines situations viennent interroger cette éthique de solidarité.
          Comme toute entreprise, les organisations à but non lucratif sont confrontées à des pressions économiques : baisse de revenus, difficultés de trésorerie, plans sociaux…
          Ces contraintes les obligent parfois à faire coexister éthique et performance, au risque que la recherche d’efficacité supplante progressivement la mission d’intérêt général.

          L’évolution d’OpenAI : du modèle non lucratif au statut à but lucratif limité

          Fondée en 2015 par Elon Musk et Sam Altman, OpenAI naît comme une organisation à but non lucratif.
          Son ambition initiale : développer une intelligence artificielle au service du bien commun, en opposition aux modèles de captation de données des géants du numérique.

          Mais en 2019, un an après le départ d’Elon Musk, la structure change de statut pour devenir une “limited-profit company”, un modèle hybride américain permettant d’accueillir des capitaux privés tout en plafonnant la rémunération des investisseurs.
          Malgré cette évolution, OpenAI continue d’affirmer que sa mission est de « développer une intelligence artificielle pour le bénéfice de toute l’humanité ».

          Jusqu’à la publication de l’enquête du Time en janvier 2023, l’entreprise cultivait une image d’éthique et de transparence fidèle à ses origines.
          Mais l’enquête révèle que pour résoudre les problèmes de toxicité linguistique dans ses modèles d’IA, OpenAI a eu recours à un prestataire basé au Kenya, où des travailleurs ont été exposés à des contenus violents et haineux pour un salaire dérisoire.

          Dans sa réponse officielle, la direction d’OpenAI affirme ne pas avoir eu connaissance des conditions de travail de ce sous-traitant.
          Cependant, l’affaire a profondément écorné son image de pionnier éthique de l’intelligence artificielle.

          De fortes pressions dans un secteur ultra-compétitif

          Ce scandale révèle le paradoxe entre compétitivité et éthique dans le secteur de l’intelligence artificielle.
          Pour rester dans la course face aux GAFAM, OpenAI s’est heurtée aux limites de ses engagements moraux.

          Le prestataire mis en cause travaille d’ailleurs pour la plupart des concurrents directs d’OpenAI, en raison de tarifs extrêmement compétitifs.
          Les géants comme Google, Meta ou Microsoft ont eux aussi recours à ces sous-traitants chargés de filtrer les données violentes ou haineuses, dans le cadre de l’entraînement de leurs modèles.

          OpenAI n’a donc pas inventé cette pratique : elle l’a reproduite pour survivre dans une industrie dominée par la logique de vitesse et de performance.
          Son évolution – du statut juridique à la recherche de fonds – l’a rendue de plus en plus semblable à ses concurrents, y compris dans ses méthodes.

          La principale critique adressée à OpenAI tient à l’incohérence entre son discours et ses pratiques.
          L’entreprise s’était imposée mondialement grâce à un positionnement moral fort. Lorsque la réalité de son fonctionnement a été dévoilée, une partie du public s’est sentie trahie.

          Mais il serait injuste de généraliser ce cas à l’ensemble du secteur non lucratif ou à celui de l’IA.
          Le développement de l’intelligence artificielle reste une opportunité majeure pour la Social Tech, qui pourra s’appuyer sur ces outils pour produire des innovations éthiques, responsables et utiles au bien commun.

          Quelle est la position de ChatGPT lui-même ?

          Pour clore l’analyse, ChatGPT a été interrogé sur le dilemme éthique auquel ses créateurs ont été confrontés : productivité ou éthique ?
          Sa réponse est sans équivoque :

          « Les entreprises qui se revendiquent d’un modèle éthique ou à but non lucratif ont une responsabilité envers le public et le reste du secteur. La transparence et la redevabilité sont des conditions essentielles de la confiance. »

          Une position lucide, bien éloignée des ambitions financières actuelles d’OpenAI, qui prévoit désormais d’atteindre 1 milliard de dollars de revenus d’ici 2024 — un objectif qui s’éloigne sensiblement de son intention initiale : créer une intelligence artificielle au service de l’humanité.