G7 en Cornouailles : pourquoi le Sud-Ouest britannique compte-t-il pour le numérique ?

G7 en Cornouailles : pourquoi le Sud-Ouest britannique compte-t-il pour le numérique ?

G7 en Cornouailles : pourquoi le Sud-Ouest britannique compte-t-il pour le numérique ?

Le Sommet du G7 se déroule cette année dans la station balnéaire de Carbis Bay, en Cornouailles (Royaume-Uni). Si ce choix semble d’abord esthétique – falaises escarpées, paysages côtiers spectaculaires, charme rural – il serait réducteur d’y voir un simple décor.
Car cette région, parmi les moins denses d’Angleterre, est aujourd’hui un territoire pionnier de l’innovation numérique et de la green tech.

Voici comment le Sud-Ouest britannique est devenu un laboratoire de transformation numérique… en pleine ruralité.

G7 leaders
Les chefs d’État des pays du G7 à Carvis Bay, le 11 juin 2021
Source: G7 UK 2021 Flickr Channel

Une région rurale devenue terre d’innovation

Avec seulement 600 000 habitants, des villes moyennes d’environ 20 000 habitants et plus de la moitié de sa population vivant en milieu rural, la Cornouailles pourrait passer pour un territoire périphérique. C’est tout l’inverse.

La région accueille aujourd’hui :

  • des entreprises tech en pleine croissance,
  • un secteur numérique qui a explosé pendant la pandémie,
  • plus de 4 000 boutiques en ligne créées pendant la crise.

Dans une économie où le tourisme, la pêche et l’agriculture dominent, le numérique est devenu un levier de résilience.
Comme le rappelle Paul Coles, directeur régional de British Telecom :

« L’agriculture innove depuis des siècles : l’agritech en est la nouvelle étape. Si nous voulons prospérer, nous devons accélérer investissement et innovation. »

Superfast Cornwall : un projet numérique pour changer la vie rurale

Comme d’autres pays européens, le Royaume-Uni a lancé un vaste plan de déploiement numérique.
Rien que pour les zones rurales, 75 millions de livres sterling ont été investies – dont une grande partie en Cornouailles.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • en 2017, 17 % des zones rurales n’avaient toujours pas accès au haut débit ;
  • en 2011, 20 % des adultes de Cornouailles n’avaient jamais utilisé Internet.

Pour répondre à cette urgence, le projet Superfast Cornwall voit le jour.
Financé par le FEDER, British Telecom et les autorités locales, il poursuit deux objectifs :

  1. Déployer des infrastructures numériques fiables ;
  2. Accompagner les habitants dans leurs usages.

La plateforme iCornwall fédère alors collectivités, associations et acteurs locaux.
Mais l’infrastructure n’est qu’un début : l’enjeu est humain.

Comme l’explique Sandra Coak, médiatrice numérique à Pendeen :

« La technologie avance si vite que beaucoup de gens restent sur le bord du chemin. »

Ainsi, des centaines d’ateliers gratuits ont été organisés dans les villages, principalement pour les seniors.

cornwall
St. Agnes Heritage Coast, in Cornwall
Source: Pexels (image libre de droits)
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Le centre numérique de Pendeen, un petit village près de Penzance
Source: Superfast Cornwall

Des services publics transformés en tiers-lieux numériques

L’inclusion numérique ne s’est pas limitée à former les habitants.
Mairies, bibliothèques et services publics se sont convertis en points d’accès numérique :

  • ordinateurs en libre accès pour démarches administratives,
  • assistance numérique de proximité,
  • ateliers thématiques.

L’amélioration du réseau a également permis de développer des usages innovants, notamment en e-santé.
L’Université de Plymouth a testé :

  • des solutions de télémédecine,
  • des robots d’assistance,
  • des dispositifs numériques pour accompagner les personnes atteintes de démence.

Entre succès et limites : le numérique au service du développement local

La crise sanitaire a mis en lumière la valeur de ces investissements.
Comme le souligne Paula Byers, fondatrice de Digital Northern Devon :

« Si nous voulons reconstruire une économie durable, le numérique sera incontournable. »

Grâce à ces infrastructures, des entreprises comme Jurassic Fibre se sont implantées dans la région, avec l’ambition d’apporter un haut débit de classe mondiale à 300 000 foyers.

Pour son PDG, Michael Maltby :

« Comme le rail au XIXe siècle, le déploiement de la fibre créera les gagnants et les perdants du XXIe siècle. Nous voulons que le Sud-Ouest soit parmi les gagnants. »

La Cornouailles attire désormais les habitants des grandes villes voisines (Bristol, Exeter, Londres), séduits par la combinaison paysages + infrastructures numériques.

Mais l’article met en garde : l’Union européenne considère encore la région comme « largely neglected » en termes d’investissement numérique.

European flags
Localisation des Cornouailles dans le sud-ouest de l'Angleterre
Source: Wikipedia (image libre de droits)

Un modèle pour repenser l’inclusion numérique rurale

L’expérience cornouaillaise montre que :

  • la connectivité seule ne suffit pas ;
  • l’humain demeure central dans toute stratégie numérique ;
  • les territoires ruraux peuvent devenir des moteurs de transition numérique, à condition d’être accompagnés.

La Cornouailles a transformé ses contraintes en opportunités, en bâtissant un modèle hybride alliant infrastructures, formation, innovation locale et e-services.

Un exemple inspirant pour l’Europe entière.

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Une vue sur Port Isaac (Royaume-Uni), un petit village au nord de Newquay.
Source: Pexels (libre d'utilisation)

Sources:

– European Network for Rural Development, Cornwall-UK, Steps towards a digital rural region, 2019

– Olivier Vergnault, Hannah Finch, “Why the South West’s tech sector has been a saviour of the Covid-19 crisis”, Business Live, 2020

FAQ — Numérique et ruralité en Cornouailles

Pourquoi le G7 a-t-il été organisé en Cornouailles ?

Pour mettre en avant une région symbole de transition écologique et numérique, malgré son caractère rural.

Qu’est-ce que le projet Superfast Cornwall ?

Un programme financé par l’UE, BT et les autorités locales pour déployer la fibre, réduire la fracture numérique et former les habitants.

Quels secteurs économiques bénéficient du numérique en Cornouailles ?

Le tourisme, l’agriculture, la pêche, l’e-commerce et les services publics (notamment la santé).

La région est-elle un modèle d’inclusion numérique ?

Oui : elle a combiné infrastructures, formation et innovation locale, devenant une référence en matière de numérique rural.

Quels sont les principaux défis restants ?

La pérennité des investissements, l’accompagnement des publics éloignés et la nécessité d’éviter une concurrence territoriale liée au déploiement de la fibre.

Le rôle de l’économie sociale dans une relance juste et durable en Europe

Le rôle de l’économie sociale dans une relance juste et durable en Europe

Le premier plan d’action européen pour l’économie sociale, annoncé par le commissaire européen Nicolas Schmit, soulève déjà plusieurs questions stratégiques. Dans un contexte marqué par des crises économiques et sociales successives, l’économie sociale s’est retrouvée au premier plan, en démontrant une capacité de résilience particulièrement forte au cours des derniers mois. C’est dans ce cadre que le Comité économique et social européen (CESE) a organisé, le 17 février, une audition publique consacrée au rôle de l’économie sociale dans la relance européenne.

Une économie circulaire fondée sur une régulation équitable

L’Union européenne a su proposer de nouveaux instruments législatifs destinés à renforcer l’adaptabilité de ses politiques publiques et la résilience de ses citoyens. De nouveaux leviers d’action ont d’ailleurs été recommandés dans le récent rapport de prospective stratégique de la Commission. Dans ce cadre, Giuseppe Guerini (CESE) a souligné la réponse pertinente qu’a apportée l’économie sociale pendant la crise et dans la phase de reprise.

Selon lui, il existe aujourd’hui un besoin clair d’« une politique fiscale plus harmonisée entre les États membres, qui permettrait une meilleure reconnaissance de la fonction d’intérêt général des organisations de l’économie sociale ». Cette question s’inscrit pleinement dans le programme de la présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne, qui a débuté en janvier et met l’accent sur le socle européen des droits sociaux, en cohérence avec le plan d’action annoncé par Nicolas Schmit. Le texte rappelle aussi que cette présidence est résolument attentive à la dimension numérique, une orientation qui devrait se prolonger sous les prochaines présidences slovène puis française.

Une reconnaissance politique encore insuffisante

L’eurodéputé Sven Giegold a ensuite insisté sur le rôle du Parlement européen dans la promotion de l’économie sociale. Selon lui, « l’Union européenne doit soutenir ce secteur autant que possible, en allant notamment plus loin dans les politiques publiques ». Il considère par exemple qu’il serait approprié de créer un statut plus fort pour les associations au niveau européen.

    Le Parlement européen et la nécessité d'un statut plus fort

    Sven Giegold a précisé qu’il existe « un réel besoin d’une nouvelle offensive des institutions européennes pour reconnaître l’économie sociale dans sa diversité, faciliter les procédures qui la concernent et créer un statut clair et transparent ». Son propos est net : l’économie sociale ne peut fonctionner durablement que sur la base d’une régulation équitable, portée par un agenda politique de long terme et par un soutien public constant.

      Un rôle clé pour la résilience économique et sociale

      L’article rappelle toutefois que l’Union européenne se définit, dans les traités, comme une économie sociale de marché, une ambition qui paraît encore incomplètement réalisée. Il souligne donc la nécessité de trouver un bon équilibre afin d’intégrer les entreprises à ce débat. Dans cette perspective, Maxime Cerutti (BusinessEurope) estime que les grands secteurs économiques restent encore relativement inactifs sur ces enjeux.

      Un besoin d'aide, notamment financière

      La question du soutien financier ressort avec force. Le secteur a été fragilisé par les crises actuelles et plusieurs intervenants ont insisté sur le besoin d’un accompagnement renforcé. Filipa Farelo (CASES, Portugal) a notamment souligné que « l’économie sociale devrait être davantage mise en avant afin de garantir une meilleure transition européenne, en particulier au regard de son importance en matière de résilience ». Elle a également rappelé que le secteur démontre une forte capacité d’inclusion et de diversité, notamment par une représentation importante des femmes et des personnes à mobilité réduite en comparaison avec d’autres secteurs.

      La transition numérique comme levier de transformation

      Juan Pedreño (Social Economy Europe), insiste sur l’importance de soutenir des start-up fonctionnant démocratiquement. De telles initiatives permettraient une participation plus active des citoyens européens, tout en renforçant les systèmes de protection et les coopérations avec le secteur public pour construire des projets innovants.

      Transition numérique, territoires ruraux et entreprises collectives

      Le texte insiste sur un point central : la transition numérique constitue un enjeu crucial pour revitaliser l’économie sociale en Europe, en particulier dans les zones rurales touchées par la crise à travers les entreprises collectives. C’est pourquoi le rôle de l’État doit, selon les intervenants, être réévalué afin d’améliorer la résilience de chacune et chacun.

      L’économie sociale apparaît ainsi comme une priorité pour de nombreux acteurs au niveau européen. L’eurodéputé Jordi Cañas a regretté, lors de cette audition, que l’économie sociale ne soit pas encore une véritable priorité de la Commission, mais plutôt un objectif. À cela, Ann Branch (DG Emploi) a répondu que « la Commission attache toute son importance au socle commun et à l’économie sociale ». L’article note néanmoins que cette situation continue de poser des problèmes d’interprétation juridique dans les normes européennes liées à ce thème.

      Une fenêtre d'opportunité pour transformer certains secteurs

      Cette position est d’autant plus regrettable, souligne l’article, que le rôle de l’économie sociale dans la création d’emplois est clair, sans être pleinement reconnu. Gianluca Pastorelli (DIESIS) insiste sur ce point. Dès lors, les crises actuelles peuvent constituer une véritable fenêtre d’opportunité pour transformer certains secteurs, comme le tourisme, qui pourrait devenir plus durable et plus local en lien avec l’économie sociale.

      Conclusion

      Cet article montre bien que, dans les débats européens autour de la relance, l’économie sociale est désormais perçue comme un acteur de premier plan. Les interventions citées convergent sur plusieurs points : besoin d’une régulation plus juste, nécessité d’un cadre européen plus clair, importance du soutien financier, reconnaissance du rôle de l’économie sociale dans la résilience, l’emploi, l’inclusion et la transition numérique. En creux, l’article pose une question politique fondamentale : l’économie sociale sera-t-elle simplement mentionnée dans les orientations européennes, ou deviendra-t-elle enfin un pilier pleinement assumé de la relance et de la transformation du modèle européen ?

      Veille affaires publiques européennes Social Tech : panorama des enjeux Tech x Social

      Veille affaires publiques européennes Social Tech : panorama des enjeux Tech x Social

      Alors que la crise sanitaire liée au Covid-19 contraint une large partie des Européens à rester chez eux, les questions d’économie sociale, d’inclusion numérique et de défense de la démocratie apparaissent plus que jamais centrales. Sur ces sujets, l’activité européenne ne ralentit pas. Bien au contraire. Voici un panorama de l’actualité européenne en matière d’affaires publiques sur nos sujets de prédilection, à la croisée de la technologie et du social : le Digital Services Act, les ambitions numériques de la présidence allemande de l’Union européenne, le Data Governance Act, le Plan d’action européen pour la démocratie et, plus largement, les ambitions portées pour « le monde d’après ».

      Digital Services Act : imposer un modèle technologique européen

      Depuis Bruxelles, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, s’est pleinement mobilisé sur le Digital Services Act. Il rappelle que, « dans le cadre de la stratégie numérique européenne, la Commission européenne a annoncé un paquet législatif sur les services numériques afin de renforcer le marché unique des services numériques et de favoriser l’innovation et la compétitivité de l’environnement en ligne européen ».

      L’objectif principal consiste à réformer la directive sur le commerce électronique de 2000, en particulier sur la question des obligations et des responsabilités des plateformes, tout en faisant évoluer les règles de concurrence. Le texte prévoit également de réguler les contenus en ligne, en renforçant la responsabilité des intermédiaires dans la lutte contre les contenus illégaux et leur amplification. Il inclut ainsi la volonté de faire entrer la haine en ligne dans le champ des infractions pénales à l’échelle européenne.

      Vera Jourová, vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence, l’a exprimé clairement : « Les plateformes doivent être plus responsables et davantage redevables, elles doivent devenir plus transparentes. Il est temps d’aller au-delà des mesures d’autorégulation. »

      L’ambition de la Commission européenne est très nette : s’attaquer à ces monopoles devenus « too big to care », qui, selon elle, écrasent la concurrence et perturbent le bon fonctionnement du marché intérieur. Le bras de fer, comme on pouvait s’y attendre, s’annonce rude. Thierry Breton, qui souhaite faire sortir l’économie numérique de son âge de « Far West », n’hésite pas à interpeller directement les dirigeants de la Silicon Valley. En mai, il déclarait au PDG de Facebook : « N’essayez pas de jouer au plus malin. Payez vos impôts si vous devez les payer. N’ayez pas recours aux paradis fiscaux. Payez vos impôts. » Quelques mois plus tard, le dirigeant de Google, Sundar Pichai, présentait ses excuses pour les pratiques de lobbying interne particulièrement agressives de son entreprise.

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      La présidence allemande de l’UE et ses ambitions numériques

      La présidence allemande tournante du Conseil de l’Union européenne, qui s’achève en décembre 2020, a elle aussi fait du numérique l’un de ses grands chantiers, aux côtés de la transition écologique. Le ministre allemand des Affaires étrangères l’a formulé en ces termes : « Afin de nous distinguer au niveau international comme communauté de valeurs, nous devons encore mieux nous positionner sur des enjeux stratégiques d’avenir comme le changement climatique, les réfugiés et les migrations, l’État de droit et la transformation numérique. »

      Cet agenda comprend le développement d’une infrastructure européenne de données et de 5G, ainsi qu’un soutien accru à la recherche, en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle. Dans cette logique, le Data Governance Act, règlement proposé par la Commission européenne sur la gouvernance des données, devrait accroître le volume de données susceptibles d’alimenter les systèmes d’IA et les start-up, et, à terme, encourager l’émergence de grands espaces de données sectoriels.

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      Démocratie européenne : l’inclusion, l’économie sociale et la société civile comme conditions clés

      L’autre grand sujet de cette rentrée européenne est celui de la démocratie. Il constitue le fil rouge de la régulation numérique portée par l’Union européenne. Et l’urgence est réelle.

      D’un côté, le terreau de la défiance devient de plus en plus fertile, notamment sous l’effet des réseaux sociaux. D’après une enquête réalisée par la Fondation Jean-Jaurès en février 2019, « un Français sur cinq adhérait à au moins une théorie du complot » et « 43 % des personnes interrogées estimaient que le gouvernement était de connivence avec les laboratoires pharmaceutiques pour cacher la réalité de la nocivité des vaccins ».

      De l’autre, certains responsables politiques européens remettent eux-mêmes en cause les valeurs démocratiques communes. Alors que le plan de relance européen venait d’être adopté au terme de longues négociations, la Hongrie et la Pologne ont décidé d’opposer leur veto, refusant que le versement des fonds communautaires soit désormais conditionné au respect de l’État de droit. Un point, pourtant, devrait faire consensus, quelles que soient les sensibilités politiques : les valeurs démocratiques ne devraient pas pouvoir s’acheter contre des milliards d’euros d’aides.

      Le Plan d’action européen pour la démocratie

      Le Plan d’action européen pour la démocratie, resté relativement discret dans le traitement médiatique, a fait l’objet d’une consultation en ligne durant l’été. Par l’accumulation de nouvelles contraintes et recommandations destinées à l’ensemble des acteurs du jeu démocratique, il doit à la fois renforcer l’intégrité des élections, garantir la liberté des médias et proposer des stratégies solides contre la désinformation. Sa publication était alors prévue pour le mois de décembre.

      Le “monde d’après” et les ambitions européennes

      Après le premier confinement, les appels en faveur du « monde d’après » avaient fleuri comme au printemps. Pourtant, malgré cet activisme réglementaire, le projet européen traverse une période difficile. On aurait pu rêver d’une couverture médiatique des affaires européennes aussi dense que celle observée pendant les élections américaines. Espoir vite dissipé, comme les feuilles d’automne.

      Certaines prises de parole continuent toutefois de résonner avec force, en particulier celle de David Sassoli, alors président du Parlement européen. En septembre, il déclarait : « Nous devons veiller à ce que les politiques européennes soutenues par les ressources que nous mettons en commun encouragent, dans les années à venir, une transformation de nos économies au service du respect de l’environnement, de la cohésion sociale — particulièrement touchée dans le contexte sanitaire actuel — et de la lutte contre toutes les formes d’inégalités. »

      Il reconnaissait aussi que « l’Europe a plus que jamais besoin de soutenir le secteur associatif » et que « l’harmonisation du marché unique ne doit pas se limiter aux entreprises mais doit aussi concerner le secteur associatif ». Dans l’intervalle, un règlement européen sur le financement participatif, destiné à protéger les investisseurs contre les pertes financières, devra sans doute faire office de réponse minimale.

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      Les fractures numérique et sociale se superposent

      Au bout du compte, celles et ceux qui ont le plus à perdre restent les plus précaires. Cette évidence apparaît avec encore plus de force à la lecture du classement DESI, qui montre que les fractures numérique et économique se recoupent largement.

      Dans cette perspective, Cédric O, alors secrétaire d’État français chargé du Numérique, a annoncé à l’occasion du NEC 2020 un budget de 250 millions d’euros, financé à 40 % par l’Union européenne, pour le numérique inclusif. Ce plan devait permettre le recrutement de 4 000 conseillers numériques par les collectivités locales et les associations.

      Associer pleinement l’économie sociale et la société civile aux politiques publiques

      Au regard de l’ensemble de ces perspectives, et parce que l’économie sociale comme la société civile constituent un moteur d’une économie plus durable et plus prospère pour tous en Europe, elles doivent être pleinement associées à l’élaboration de toutes les politiques publiques. C’est aussi le sens de l’appel porté par la European Platform for Philanthropy.

      Par Nils Pedersen, président de La Fonda Asso et vice-président de SOGA EU chargé des affaires publiques et académiques


      Paris, novembre 2020

      Nils Pedersen
      Politiques numériques de l’Union européenne : indice de société numérique, Digital Services Act et autres évolutions clés

      Politiques numériques de l’Union européenne : indice de société numérique, Digital Services Act et autres évolutions clés

      Comme chaque trimestre, notre expert européen des questions Tech, Arnaud Castaignet, livre son analyse des dernières données et politiques numériques de l’Union européenne. Du volet numérique du discours sur l’état de l’Union aux dernières éditions de l’indice de l’économie et de la société numériques (DESI), en passant par les débats autour du Digital Services Act à Bruxelles, voici ce que les organisations du Social Good doivent retenir des dernières actualités européennes sur le numérique.

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      L’état de l’Union européenne et la “décennie numérique”

      Le 16 septembre, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a présenté au Parlement européen sa vision dans le cadre de son premier discours sur l’état de l’Union européenne. Depuis sa prise de fonction, une forte priorité a été accordée au Pacte vert pour l’Europe. Ce discours a aussi permis de mettre en avant l’autre priorité majeure de la Commission : « la décennie numérique de l’Europe ».

      Le numérique pèsera lourd dans le fonds Next Generation EU. La Commission prévoit d’y consacrer 20 % des investissements. Cela représente 150 milliards d’euros sur les 750 milliards d’euros du plan de relance européen. Trois domaines prioritaires se dégagent : les données industrielles, l’intelligence artificielle et les infrastructures.

      Données industrielles, cloud européen et souveraineté

      En mettant l’accent sur les données industrielles, la Commission montre qu’elle veut bâtir une véritable économie de la donnée. Son calcul est simple : le volume de données industrielles produites dans le monde devrait être multiplié par quatre dans les cinq prochaines années.

      La Commission soutient donc le développement d’espaces communs de données. Elle veut les héberger sur une nouvelle plateforme cloud, Gaia-X, dans des secteurs comme l’énergie ou la santé. Elle veut aussi encourager la coopération entre start-up, entreprises, PME et chercheurs. En revanche, lorsqu’il s’agit des données de consommation, Ursula von der Leyen estime que l’Europe « a été trop lente et dépend désormais des autres ».

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      L’intelligence artificielle : un report mais pas un abandon

      Sur l’intelligence artificielle, la présidente de la Commission a repoussé l’adoption de nouvelles lois de gouvernance. Lors de son élection, elle avait promis une législation sur l’IA dans les cent premiers jours de son mandat. Dans son discours, elle a finalement annoncé un texte pour l’année suivante, avec une approche « centrée sur l’humain ».

      Elle a aussi proposé une identité numérique européenne sécurisée. Les citoyens pourraient l’utiliser partout en Europe. Ils pourraient s’en servir pour payer leurs impôts ou louer un vélo. Cette identité devrait aussi garantir un meilleur contrôle des données personnelles. La proposition rappelle, sur plusieurs points, le modèle d’identité numérique estonienne.

      Les infrastructures : condition d’une décennie numérique européenne

      Les infrastructures doivent elles aussi devenir une priorité. La situation l’exige. La fracture numérique reste très forte en Europe. C’est ce que montre l’indice de l’économie et de la société numériques (DESI). Cet indice mesure la performance numérique des États membres et suit l’évolution de leur compétitivité.

      Dans le DESI 2020, la Finlande, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas arrivent en tête. Ces pays figurent parmi les leaders mondiaux de la numérisation. Malte, l’Irlande et l’Estonie suivent de près. D’autres pays accusent encore un retard important. Ce retard touche les infrastructures, le capital humain et la capacité à utiliser les services numériques.

      Beaucoup de ces pays font partie de ceux dont le PIB est le plus faible dans l’Union européenne. C’est le cas de la Bulgarie, de la Roumanie ou de la Grèce. D’autres ont subi de plein fouet les conséquences économiques du Covid-19, comme l’Italie. Le risque est donc clair : fracture numérique et inégalités économiques peuvent s’aggraver ensemble. Il faut aussi noter que les grands pays ne dominent pas forcément le classement. La France, par exemple, n’occupe que la 15e place du classement général. Sur la seule question de la connectivité, elle tombe même à la 18e place.

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      La pandémie a rendu la fracture numérique impossible à ignorer

      La pandémie a révélé la réalité de la fracture numérique en Europe. Les pays et régions dotés de bonnes connexions Internet ont pu maintenir une forme de continuité. D’autres territoires n’ont pas eu cette chance. Dans les zones rurales, 40 % des habitants n’ont toujours pas accès au haut débit rapide.

      Le programme Next Generation EU

      oit accélérer les investissements dans ces territoires. Les efforts porteront sur la connectivité sécurisée, la 5G, la 6G et la fibre.

      Ce discours sur l’état de l’Union montre clairement une chose : les transitions numérique et écologique domineront l’agenda européen dans les prochaines années. Il montre aussi qu’elles sont étroitement liées. La numérisation devient un levier essentiel pour réussir la transition écologique. C’est particulièrement vrai dans l’urbanisme, les smart cities, la mobilité et la décarbonation de l’économie et de l’industrie.

      Le principal risque reste pourtant le même. Les mêmes pays pourraient cumuler les avantages. Le Danemark, par exemple, fait partie à la fois des leaders de la numérisation et des pays dont les initiatives de villes intelligentes devraient réduire le plus les émissions de carbone.

      Le Digital Services Act au cœur des débats à Bruxelles

      Pendant ce temps, à Bruxelles, le Digital Services Act Package constitue le texte le plus important pour l’économie numérique européenne. Il doit alimenter les discussions entre la Commission et le Parlement jusqu’à la fin de l’année.

      Le dispositif se veut ambitieux. Il doit s’attaquer à la domination des géants du numérique et à leurs politiques de modération.

      Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, porte ce texte. Dans un entretien au journal Le Monde, il explique que la régulation des réseaux sociaux « a vocation à être traitée au niveau européen ».

      Plusieurs mesures s’appuient sur la loi française pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN). En France, cette loi encadre déjà ce secteur. Le Digital Services Act prévoit aussi que les plateformes puissent identifier et localiser les internautes publiant sous pseudonyme « si nécessaire ». En cas d’infraction, les sites concernés pourraient subir des sanctions financières. Dans certains cas, ils pourraient même perdre l’accès au marché intérieur de l’Union européenne.

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      Le seuil d’audience qui déclenchera ces obligations reste encore à définir. Mais le message politique, lui, est très clair. En pratique, les institutions européennes visent des plateformes qui disposent d’audiences bien plus larges que les médias traditionnels. Selon elles, cette puissance leur donne des responsabilités comparables à celles d’un directeur de publication ou d’un éditeur de contenu.

      Vers des règles plus strictes pour les très grandes plateformes

      Des entreprises comme Apple, Google et Facebook pourraient ainsi figurer sur une liste noire européenne. Comme l’a indiqué le Financial Times, les institutions européennes travaillent à des règles plus strictes pour encadrer le marché des services numériques. Elles veulent imposer de nouvelles obligations aux plus grands acteurs. Elles visent leurs pratiques commerciales, le partage des données et la transparence de leur collecte.

      Les institutions européennes ont débattu de ces sujets au Parlement lors de la semaine 43. Les rapports d’initiative portés par Alex Agius Saliba pour la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO), Tiemo Wölken pour la commission des affaires juridiques (JURI) et Kris Peeters pour la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) ont été adoptés, presque sans amendements.

      Ce que les organisations du Social Good doivent retenir

      Ce panorama montre que l’Union européenne fait désormais du numérique un axe structurant de ses politiques publiques. Elle cherche à bâtir une souveraineté technologique fondée sur la donnée, l’infrastructure, la régulation des plateformes et la réduction des fractures numériques. Pour les organisations du Social Good (ou du bien-être social), plusieurs enseignements émergent. Le numérique n’est plus un sujet périphérique. Il touche désormais à la fois la démocratie, l’inclusion sociale, les inégalités territoriales, la capacité d’action des collectivités et la place de l’économie sociale dans les politiques publiques européennes.

      Entretien avec Denis Stokkink : le rôle du GECES

      Entretien avec Denis Stokkink : le rôle du GECES

      Denis Stokkink revient sur le rôle du GECES, la mobilisation des institutions européennes pendant la crise du Covid et la préparation du Sommet européen de Mannheim. Il est administrateur du SOGA EU et président fondateur du think & do tank européen bruxellois POUR LA SOLIDARITÉ-PLS. Économiste et enseignant en économie sociale à l’Université libre de Bruxelles, il est également rapporteur général du Groupe d’experts de la Commission européenne sur l’entrepreneuriat social (GECES). Il nous livre ici un point d’étape sur l’état actuel de la mobilisation des institutions européennes en faveur de l’économie sociale et sur le rôle du GECES pendant la crise du Covid.

      Denis Stokkink

      Pouvez-vous revenir sur la genèse du GECES (2012-2017) ?

      Denis Stokkink :

      Dans sa communication sur la Social Entrepreneurship Initiative du 25 octobre 2011, la Commission européenne annonçait la création d’un groupe consultatif multi-acteurs sur l’entrepreneuriat social, chargé d’examiner l’avancement des mesures prévues par cette communication. (…) Ce groupe pouvait être composé de représentants des États membres, des autorités locales, des organisations d’entrepreneuriat social, du secteur bancaire et financier, ainsi que du monde académique.

      Ce groupe d’experts de la Commission européenne sur l’économie sociale, le GECES, a donc été mis en place pour une période de six ans, de 2012 à 2017. La Commission européenne l’a consulté dans le cadre de l’initiative pour l’entrepreneuriat social, mais aussi sur d’autres sujets liés à l’entrepreneuriat social et à l’économie sociale et solidaire.

      La feuille de route de ce premier GECES s’est achevée en 2016, avec la remise d’un rapport général à la Commission. Ce document recensait notamment cinq contributions positives de l’économie sociale au développement de l’Union européenne, ainsi que treize recommandations d’actions concrètes destinées à permettre de tirer pleinement parti du potentiel des entreprises sociales. Ces recommandations répondaient à quatre problèmes majeurs rencontrés par les acteurs de l’économie sociale et les entreprises sociales : le manque de visibilité, de reconnaissance et d’identité ; les difficultés d’accès au financement ; un cadre juridique inadapté ; et un manque important de programmes européens, de réseaux et de mécanismes de soutien.

      Quelle est la nouvelle feuille de route du GECES pour la période 2017-2023 ?

      Denis Stokkink :

      « En 2017, de nouveaux engagements ont été pris. Ils sont pilotés par la Taskforce coprésidée par Ann Branch (DG Emploi) et Ulla Engelmann (DG Grow).

      Le nouveau GECES a vu ses membres renouvelés. Il a été constitué avec la volonté de réunir régulièrement ses membres afin de discuter de l’avenir de l’économie sociale en Europe.

      Deux sujets ont fait l’objet d’une consultation plus approfondie. Le premier concerne la finance solidaire. Un rapport remis à la fin de l’année 2019 devait être présenté lors du Sommet européen de Mannheim, prévu à la fin du mois de novembre 2020. Le second sujet porte sur les clusters d’innovation écologique et sociale, avec Hugues Sibille, Denis Stokkink et Ana Umbelino comme rapporteurs. Un rapport présentant 30 bonnes pratiques, publié en 2019, ainsi qu’un nouveau rapport, devaient également être présentés à Mannheim.

      Comment les experts européens de l’économie sociale ont-ils réagi à la crise du Covid et comment préparent-ils le Sommet européen de Mannheim ?

      Denis Stokkink :

      Le GECES poursuit son travail de manière active. Il favorise les échanges entre experts publics et privés ainsi qu’avec la Commission européenne, afin d’examiner les possibilités de mieux mettre en valeur l’économie sociale et solidaire.

      Les membres se sont réunis le 29 avril pour partager plusieurs éléments.

      Ils ont d’abord présenté des initiatives sectorielles “bottom-up”, portées par l’économie sociale et la société civile dans les territoires, afin de répondre aux défis de la crise. Ces initiatives permettent notamment à des populations précaires de proposer des innovations sociales dans des situations d’urgence ou de transition. À titre d’exemple, la DG Grow a travaillé à recenser les initiatives d’économie sociale créées à travers l’Europe pour répondre au Covid-19, et a mis en place une cellule de soutien proposant des webinaires animés par des acteurs de la communauté européenne de l’économie sociale.

      Les membres ont aussi partagé la vision et les ambitions des acteurs européens de l’économie sociale, reprises par le commissaire européen à l’Emploi Nicolas Schmit lors d’un échange de questions-réponses. L’objectif est d’aider à préparer le plan d’action de la Commission européenne pour l’économie sociale et solidaire, attendu au deuxième trimestre 2021.

      Nicolas Schmit a également adressé une lettre aux autorités nationales de l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Dans ce courrier, il soulignait l’importance des réponses apportées par l’économie sociale et solidaire dans les territoires, ainsi que la nécessité de mettre en place des mesures significatives de sauvetage économique dirigées vers les acteurs de l’économie sociale. L’ensemble des membres du GECES s’est montré enthousiaste à l’annonce par le commissaire Schmit de sa volonté réelle de donner à l’économie sociale et solidaire les moyens de se développer.

      La prochaine réunion du GECES devait se tenir le 18 juin, autour de la préparation du Sommet européen de l’économie sociale de Mannheim.

      FAQ — GECES, Commission européenne et économie sociale

      Qu’est-ce que le GECES ?

      Le GECES est le Groupe d’experts de la Commission européenne sur l’entrepreneuriat social. Il conseille la Commission sur les sujets liés à l’entrepreneuriat social et à l’économie sociale et solidaire.

      Pourquoi le GECES a-t-il été créé ?

      La Commission européenne a créé le GECES à la suite de la Social Entrepreneurship Initiative de 2011, afin de suivre les mesures annoncées et de structurer le dialogue avec les parties prenantes européennes.

      Quels étaient les principaux constats du premier GECES ?

      Le premier GECES a mis en avant quatre difficultés majeures : le manque de visibilité et de reconnaissance, les problèmes d’accès au financement, l’inadaptation du cadre juridique et le manque de programmes européens de soutien.

      Quels sujets structurent la feuille de route 2017-2023 du GECES ?

      Les travaux portent notamment sur la finance solidaire et sur les clusters d’innovation écologique et sociale, avec plusieurs rapports préparés pour le Sommet de Mannheim.

      Quels sujets structurent la feuille de route 2017-2023 du GECES ?

      Le GECES a facilité les échanges entre experts, institutions et acteurs de terrain, a mis en lumière les initiatives d’économie sociale nées dans les territoires et a contribué à préparer le futur plan d’action européen pour l’économie sociale.

      Innovation sociale européenne : une étape importante au Web Summit 2018

      Innovation sociale européenne : une étape importante au Web Summit 2018

      Pour la première fois, des porteurs de projets européens d’innovation sociale et des décideurs publics se sont retrouvés au Web Summit 2018, souvent surnommé le « Davos des geeks », à Lisbonne, du 5 au 8 novembre. Le Web Summit est le plus grand rendez-vous des acteurs de la Tech et de l’innovation en Europe. La présence de l’innovation sociale dans cet espace a envoyé un signal fort : les défis auxquels l’Europe est confrontée ne peuvent pas être résolus par la seule technologie. Ils doivent d’abord être abordés à partir de finalités et d’impacts sociaux et environnementaux.

      Autour de notre Social Innovation Village et de ses 24 projets exposés, deux discussions consacrées à l’innovation sociale ont été organisées sur la Forum Stage, devant près d’un millier de participants. Un an après la High Level Conference – Opening up to an ERA of Social Innovation, organisée elle aussi à Lisbonne, les innovateurs sociaux européens et les décideurs publics ont de nouveau montré leur capacité à unir leurs forces et leurs réseaux pour faire entendre leur voix. Toujours à Lisbonne, au Web Summit 2018, une nouvelle étape importante a été franchie, avec la participation de Carlos Moedas, commissaire européen chargé de la recherche, de la science et de l’innovation.

      Une première conférence sur la Forum Stage du Web Summit

      La première discussion s’est tenue le mardi 6 novembre au Web Summit. Intitulée « Social innovation: Achieving a triple A rating for Europe » (ou en français « Innovation sociale : Atteindre le triple A pour l’Europe »), elle réunissait Carlos Moedas, commissaire européen à la recherche, à la science et à l’innovation, Isabel Mota, directrice de la Fondation Gulbenkian, Maria Leitão Marques, ministre portugaise de la Présidence et de la Modernisation administrative, ainsi que Madeleine Gabriel, de la fondation NESTA et de la Social Innovation Community.

      Cette séquence a permis de replacer l’innovation sociale au cœur du débat européen, dans un contexte où les institutions de l’Union cherchent à mieux articuler transition technologique, cohésion sociale et capacité d’innovation.

      Les actions européennes en faveur de l’innovation sociale

      Les actions de la Commission européenne en matière d’innovation sociale s’inscrivent dans la continuité de deux cadres importants : l’initiative Innovation Union lancée en 2010, et le Social Investment Package adopté en 2013. Ces actions ont pour objectif de faciliter l’émergence, l’adoption et le changement d’échelle des solutions d’innovation sociale.

      Les objectifs affichés étaient clairs. Il s’agissait de promouvoir l’innovation sociale comme source de croissance et d’emplois, de partager l’information sur les dynamiques d’innovation sociale en Europe, de soutenir les entrepreneurs innovants et de mobiliser les investisseurs ainsi que les organisations publiques.

      Une annonce importante au Web Summit 2018

      Au Web Summit 2018, une annonce importante a été faite : les institutions européennes investiront davantage dans l’innovation sociale. Cette annonce intervenait alors que le cadre financier pluriannuel pour les sept années à venir faisait déjà l’objet de discussions, en amont des élections européennes prévues en mai 2019.

      Ce signal politique est majeur. Il confirme que l’innovation sociale n’est plus seulement perçue comme un sujet périphérique, mais comme un levier stratégique pour l’avenir du projet européen.

      Le rôle de la Social Innovation Community et de la déclaration #SIDeclaration

      Le projet Social Innovation Community, financé dans le cadre d’Horizon 2020, figurait parmi les projets du Social Innovation Village au Web Summit 2018. Lors de la visite officielle du village, les représentants du projet ont remis à Carlos Moedas et à Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’État français chargé du Numérique, la déclaration de la Social Innovation Community, intitulée « For a Fairer, More Inclusive Europe » (« Pour une Europe plus Juste et plus Inclusive »), accompagnée du mot-clé #SIDeclaration.

      Cette déclaration visait à affirmer une vision plus juste et plus inclusive de l’Europe, fondée sur le rôle transformateur de l’innovation sociale.

      Vers Séville : préparer le prochain mandat européen

      La Social Innovation Community devait ensuite se réunir à Séville, en Espagne, les 12 et 13 novembre, afin de préparer le prochain mandat européen. L’objectif était de gagner en capacité d’influence pour obtenir davantage de financements, de reconnaissance et de compétences, dans le même esprit que notre manifeste #MakeItForGood, qui insiste sur l’accélération des partenariats entre les acteurs de la Tech et les innovateurs sociaux.

      Cette dynamique montre que l’innovation sociale européenne cherche non seulement à gagner en visibilité, mais aussi à structurer un véritable agenda politique et financier pour les années à venir.