Faire du numérique un levier de souveraineté, d’inclusion et d’innovation pour l’ESS
Alors que la France s’apprête à adopter sa première Stratégie nationale de développement de l’ESS d’ici 2035, le Social Good Accelerator (SOGA) y porte une exigence claire : doter l’ESS d’une véritable stratégie numérique, ambitieuse, inclusive et alignée sur les valeurs de l’intérêt général. Fruit de plusieurs années de travail de recherche‑action en France et à Bruxelles, et de mois de concertation avec les têtes de réseau de l’ESS, cette contribution structurée doit être publiée au printemps, au moment où la Stratégie nationale de l’ESS entrera dans sa phase décisive.
VOICE : faire monter la voix de l’ESS numérique au sein du Conseil supérieur de l’ESS
Avec son programme VOICE, SOGA s’est donné pour mission de faire remonter les besoins des acteurs de l’ESS numérique et de défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics nationaux et européens.
Depuis 2018, SOGA travaille à Bruxelles avec l’unité “Social Economy” de la Commission européenne (DG GROW) pour intégrer les spécificités de l’ESS dans le Plan d’action européen pour l’économie sociale et les “Transition Pathways for Social Economy”, notamment sur les enjeux numériques, de données et d’IA. Cette expérience européenne irrigue directement la contribution de SOGA à la Stratégie nationale de l’ESS et permet de l’aligner sur les objectifs de la “Boussole numérique 2030” et des feuilles de route européennes.
La contribution de SOGA à la Stratégie nationale de l’ESS, co-construite à l’été 2025 avec nos membres, repose sur un diagnostic largement partagé : en France, la transition numérique de l’ESS reste insuffisamment suivie, coordonnée et financée, malgré un poids économique majeur et une contribution décisive à la cohésion sociale. Là où d’autres secteurs disposent déjà de feuilles de route numériques dédiées, l’ESS ne bénéficie pas encore d’une stratégie publique cohérente, ni d’un pilotage partagé à la hauteur des enjeux de souveraineté, d’inclusion et de durabilité.
Il y a un an, sur proposition d’ESS France, SOGA a rejoint le Conseil supérieur de l’ESS (CSESS) en tant que personnalité qualifiée, après avoir siégé dès 2019 à la Commission supérieure du numérique et des postes. C’est dans ce cadre que des mois de concertation ont été menés avec les têtes de réseau nationales (ESS France, Mouvement associatif, CG Scop, La Mednum, etc.), les CRESS et les acteurs de terrain, en articulation avec la consultation nationale pilotée par l’État pour co‑construire la Stratégie nationale.
Cette dynamique de dialogue structuré – associant le CSESS, les Ministres de tutelle (Véronique Louwagie puis Serge Papin) et la délégation ministérielle à l’ESS (Maxime Baduel) – a permis de faire converger les attentes du terrain, la vision européenne et les priorités de l’État, sous l’impulsion du délégué ministériel à l’ESS Maxime Baduel.
SOGA anticipe ainsi que de nombreux éléments de sa contribution – notamment le volet numérique, la place des alternatives numérique de l’ESS et la gouvernance partagée – seront repris dans la version finale de la Stratégie nationale grâce à cette qualité de dialogue.
Une stratégie numérique de l’ESS alignée sur l’Europe
La contribution de SOGA complète celle d’ESS France et répond directement au Plan d’action européen pour l’économie sociale (2021) et à la feuille de route “Transition pathways for Social Economy” qui appelaient dès 2021 les États membres à reconnaître l’ESS comme acteur clé de la transition numérique et à co‑construire des actions spécifiques avec les têtes de réseau. SOGA y défend une vision : faire du numérique un levier de souveraineté, d’inclusion et de résilience pour l’ESS, plutôt qu’un facteur supplémentaire de fracture.
Le document propose une série de recommandations immédiatement actionnables, organisées autour de plusieurs axes :
- inclusion formelle de toutes les familles de l’ESS dans les dispositifs d’innovation et de transformation numériques (France Num, “Osez l’IA”, dispositifs OPCO, DLA, etc.) ;
- reconnaissance et financement des modèles numériques alternatifs portés par l’ESS (communs numériques, logiciels libres, plateformes coopératives, Social Tech) comme troisième voie face aux grandes plateformes privées ;
- renforcement des moyens d’accompagnement (formation des dirigeants, postes hybrides inclusion numérique / accompagnement social, programmes de montée en compétences dans tous les territoires.
- fléchage de la commande publique numérique et des investissements publics vers les opérateurs numériques de l’ESS, via quotas, labels et guides acheteurs.
En miroir des priorités européennes (transition verte, inclusion, innovation sociale), la contribution de SOGA montre que renforcer le numérique au sein de l’ESS, c’est aussi outiller l’ensemble des TPE‑PME françaises avec des solutions éthiques, ouvertes et sobres, issues des communs numériques et de l’ESS numérique.
VOICE, campagne nationale et valorisation des modèles numériques de l’ESS
Au printemps 2026, la publication de cette contribution nationale sera accompagnée du lancement d’une campagne de promotion de l’ESS opérée par ESS France, en cohérence avec l’axe “Inspirer” de la Stratégie nationale et les ambitions de visibilité portées par ESS France.
SOGA prévoit, avec ses membres, de s’appuyer pleinement sur cette dynamique pour mettre en lumière les modèles numériques de l’ESS : plateformes coopératives, communs numériques, solutions d’inclusion, logiciels libres d’intérêt général, Social Tech Atlas, etc.
L’objectif est double :
- rendre lisible, auprès du grand public comme des décideurs, des solutions souvent méconnues mais déjà opérationnelles sur le terrain ;
- démontrer, exemples à l’appui, que ces modèles offrent une alternative robuste aux logiques de captation de données et de rente des grandes plateformes, tout en renforçant la cohésion sociale.
Place de l’IA dans la stratégie : entre dialogue social, protection des métiers et opportunités des modèles alternatifs de l’ESS
Dans sa contribution, ESS France souligne que la “révolution digitale” bouleverse les interactions, que l’intelligence artificielle efface les frontières entre le vrai et le faux et qu’il est urgent de “poser les limites éthiques à la transition numérique”. Cette analyse met en avant la responsabilité particulière de l’ESS pour orienter l’IA vers l’émancipation des personnes, la justice sociale et la cohésion des territoires, plutôt que vers la polarisation ou la déshumanisation des relations sociales. Dans ce cadre, le dialogue social interbranches sur l’IA apparaît comme un levier central pour débattre collectivement des usages concrets de l’IA, de leurs effets sur l’emploi, les conditions de travail et les compétences, dans la continuité des travaux déjà engagés par l’UDES sur les impacts du numérique et de l’IA sur les métiers, le dialogue social et les usages responsables dans l’ESS.
La contribution du Social Good Accelerator à cette même stratégie documente, côté terrain, les besoins spécifiques des organisations de l’ESS face à l’IA : manque structurel de financements pour la formation et l’accompagnement, difficulté à intégrer le numérique dans la stratégie faute de dispositifs adaptés, nécessité de chartes de bonnes pratiques et de gouvernances démocratiques des outils pour préserver la primauté de l’intérêt général. SOGA insiste sur la nécessité de former les parties prenantes de l’ESS aux enjeux de l’IA, de contribuer au débat public sur son encadrement éthique et d’accompagner l’évolution des métiers et de l’organisation du travail, afin que la diffusion de l’IA devienne un levier d’adaptation durable plutôt qu’un facteur supplémentaire de fragilisation. Cette approche rejoint l’appel d’ESS France à “renforcer la représentation des employeurs de l’ESS” dans les lieux où se construisent les normes du travail et les politiques de l’emploi, afin que ces enjeux numériques et IA soient pleinement intégrés au dialogue social interprofessionnel.
Comme Ambassadeur IA ESS, sous le pilotage de la Direction générale des entreprises, le Social Good Accelerator inscrit ce dialogue social technologique dans une dynamique plus large de transition numérique de l’ESS fondée sur des modèles numériques alternatifs (communs, logiciels libres, plateformes coopératives) au service de l’intérêt général. Cette ambition se traduira notamment par une mobilisation lors de la Semaine de l’IA pour tous, organisée par La MedNum et ses partenaires, qui vise à faire de l’IA “une opportunité pour tous” grâce à une programmation nationale d’ateliers, de débats et de ressources pédagogiques accessibles aux acteurs associatifs et coopératifs. L’enjeu est de faire converger, dans un même mouvement, la protection des métiers et des droits sociaux, un dialogue social renforcé sur les usages de l’IA, et la promotion de solutions d’IA alignées avec les valeurs de démocratie, de solidarité et de durabilité portées par l’ESS.
L’Observatoire de l’ESS numérique : un outil structurant de la Stratégie
Parmi les propositions phares de SOGA figure la création d’un Observatoire de l’ESS numérique, pensé comme un instrument de suivi, de capitalisation et de mise en réseau, articulé avec les travaux déjà engagés au niveau national et européen.
Le premier enjeu est de référencer et mieux connaître les organisations de l’ESS qui ont le numérique comme activité principale, en structurant les données disponibles et en les complétant.
Au‑delà de la mesure, l’Observatoire est conçu comme un levier de co‑construction de communs numériques : gouvernance partagée, implication des bénéficiaires, définition de standards éthiques, articulation avec les cadres européens (Data Act, Digital Services Act, finance durable). Il pourrait également devenir un point d’appui pour les politiques publiques (État, collectivités, opérateurs nationaux) et pour les financeurs souhaitant investir dans la transition numérique de l’ESS.
Cet Observatoire aura à terme vocation à publier chaque année des baromètres de maturité numérique, des études d’impact, des guides de bonnes pratiques et un répertoire national et européen des solutions numériques “made in ESS”, en continuité avec le Social Tech Atlas.
En s’engageant à développer cet Observatoire, SOGA met au service de la Stratégie nationale huit années d’expertise de terrain, un réseau européen d’alliés et une capacité éprouvée à produire des données, des analyses et de l’outillage en open source pour l’ensemble du secteur.
FAQ — Contribution du Social Good Accelerator à la Stratégie nationale de l’ESS
Pourquoi le numérique est-il un enjeu stratégique pour l’économie sociale et solidaire ?
Le numérique transforme profondément les modes d’organisation, les modèles économiques et les relations avec les bénéficiaires. Pour les organisations de l’ESS, il représente à la fois une opportunité d’innovation sociale et un risque de dépendance vis-à-vis de solutions technologiques dominantes. L’enjeu est donc de développer une transition numérique qui reste alignée avec les valeurs de solidarité, de gouvernance démocratique et d’intérêt général.
Pourquoi une stratégie numérique spécifique pour l’ESS est-elle nécessaire ?
Contrairement à d’autres secteurs économiques, l’ESS ne dispose pas encore d’une feuille de route publique structurée pour accompagner sa transformation numérique. Pourtant, le secteur représente un poids économique et social majeur. Une stratégie dédiée permettrait de coordonner les politiques publiques, de soutenir l’innovation et de renforcer la capacité des organisations à s’approprier les technologies.
Quelles sont les principales recommandations formulées par le Social Good Accelerator ?
La contribution de SOGA propose plusieurs axes d’action prioritaires :
-
intégrer pleinement les organisations de l’ESS dans les dispositifs publics de transformation numérique ;
-
soutenir les modèles numériques alternatifs portés par l’ESS (communs numériques, logiciels libres, plateformes coopératives) ;
-
renforcer les dispositifs de formation et d’accompagnement des structures ;
-
orienter une partie de la commande publique numérique vers les solutions issues de l’ESS.
Quel lien existe-t-il entre la stratégie française et les politiques européennes ?
La contribution de SOGA s’inscrit dans le prolongement du Plan d’action européen pour l’économie sociale (2021) et des travaux sur les Transition Pathways for Social Economy. Elle vise à aligner la stratégie française avec les priorités européennes en matière de souveraineté numérique, d’innovation sociale et de transition écologique.
Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans la stratégie de l’ESS ?
L’intelligence artificielle constitue un enjeu majeur pour les organisations de l’ESS. Elle peut améliorer l’efficacité des services et ouvrir de nouvelles opportunités d’innovation sociale. Mais elle soulève aussi des questions éthiques, sociales et professionnelles. La contribution insiste donc sur l’importance de former les acteurs, d’encadrer les usages et de développer des solutions d’IA compatibles avec les valeurs de l’ESS.
Qu’est-ce que l’Observatoire de l’ESS numérique proposé par le SOGA ?
L’Observatoire de l’ESS numérique est un outil destiné à mieux connaître et structurer l’écosystème numérique de l’ESS. Il permettra de collecter des données, de publier des baromètres de maturité numérique, de référencer les solutions existantes et de faciliter la coopération entre acteurs à l’échelle nationale et européenne.