Denis Stokkink revient sur le rôle du GECES, la mobilisation des institutions européennes pendant la crise du Covid et la préparation du Sommet européen de Mannheim. Il est administrateur du SOGA EU et président fondateur du think & do tank européen bruxellois POUR LA SOLIDARITÉ-PLS. Économiste et enseignant en économie sociale à l’Université libre de Bruxelles, il est également rapporteur général du Groupe d’experts de la Commission européenne sur l’entrepreneuriat social (GECES). Il nous livre ici un point d’étape sur l’état actuel de la mobilisation des institutions européennes en faveur de l’économie sociale et sur le rôle du GECES pendant la crise du Covid.
Pouvez-vous revenir sur la genèse du GECES (2012-2017) ?
Denis Stokkink :
Dans sa communication sur la Social Entrepreneurship Initiative du 25 octobre 2011, la Commission européenne annonçait la création d’un groupe consultatif multi-acteurs sur l’entrepreneuriat social, chargé d’examiner l’avancement des mesures prévues par cette communication. (…) Ce groupe pouvait être composé de représentants des États membres, des autorités locales, des organisations d’entrepreneuriat social, du secteur bancaire et financier, ainsi que du monde académique.
Ce groupe d’experts de la Commission européenne sur l’économie sociale, le GECES, a donc été mis en place pour une période de six ans, de 2012 à 2017. La Commission européenne l’a consulté dans le cadre de l’initiative pour l’entrepreneuriat social, mais aussi sur d’autres sujets liés à l’entrepreneuriat social et à l’économie sociale et solidaire.
La feuille de route de ce premier GECES s’est achevée en 2016, avec la remise d’un rapport général à la Commission. Ce document recensait notamment cinq contributions positives de l’économie sociale au développement de l’Union européenne, ainsi que treize recommandations d’actions concrètes destinées à permettre de tirer pleinement parti du potentiel des entreprises sociales. Ces recommandations répondaient à quatre problèmes majeurs rencontrés par les acteurs de l’économie sociale et les entreprises sociales : le manque de visibilité, de reconnaissance et d’identité ; les difficultés d’accès au financement ; un cadre juridique inadapté ; et un manque important de programmes européens, de réseaux et de mécanismes de soutien.
Quelle est la nouvelle feuille de route du GECES pour la période 2017-2023 ?
Denis Stokkink :
« En 2017, de nouveaux engagements ont été pris. Ils sont pilotés par la Taskforce coprésidée par Ann Branch (DG Emploi) et Ulla Engelmann (DG Grow).
Le nouveau GECES a vu ses membres renouvelés. Il a été constitué avec la volonté de réunir régulièrement ses membres afin de discuter de l’avenir de l’économie sociale en Europe.
Deux sujets ont fait l’objet d’une consultation plus approfondie. Le premier concerne la finance solidaire. Un rapport remis à la fin de l’année 2019 devait être présenté lors du Sommet européen de Mannheim, prévu à la fin du mois de novembre 2020. Le second sujet porte sur les clusters d’innovation écologique et sociale, avec Hugues Sibille, Denis Stokkink et Ana Umbelino comme rapporteurs. Un rapport présentant 30 bonnes pratiques, publié en 2019, ainsi qu’un nouveau rapport, devaient également être présentés à Mannheim.
Comment les experts européens de l’économie sociale ont-ils réagi à la crise du Covid et comment préparent-ils le Sommet européen de Mannheim ?
Denis Stokkink :
Le GECES poursuit son travail de manière active. Il favorise les échanges entre experts publics et privés ainsi qu’avec la Commission européenne, afin d’examiner les possibilités de mieux mettre en valeur l’économie sociale et solidaire.
Les membres se sont réunis le 29 avril pour partager plusieurs éléments.
Ils ont d’abord présenté des initiatives sectorielles “bottom-up”, portées par l’économie sociale et la société civile dans les territoires, afin de répondre aux défis de la crise. Ces initiatives permettent notamment à des populations précaires de proposer des innovations sociales dans des situations d’urgence ou de transition. À titre d’exemple, la DG Grow a travaillé à recenser les initiatives d’économie sociale créées à travers l’Europe pour répondre au Covid-19, et a mis en place une cellule de soutien proposant des webinaires animés par des acteurs de la communauté européenne de l’économie sociale.
Les membres ont aussi partagé la vision et les ambitions des acteurs européens de l’économie sociale, reprises par le commissaire européen à l’Emploi Nicolas Schmit lors d’un échange de questions-réponses. L’objectif est d’aider à préparer le plan d’action de la Commission européenne pour l’économie sociale et solidaire, attendu au deuxième trimestre 2021.
Nicolas Schmit a également adressé une lettre aux autorités nationales de l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Dans ce courrier, il soulignait l’importance des réponses apportées par l’économie sociale et solidaire dans les territoires, ainsi que la nécessité de mettre en place des mesures significatives de sauvetage économique dirigées vers les acteurs de l’économie sociale. L’ensemble des membres du GECES s’est montré enthousiaste à l’annonce par le commissaire Schmit de sa volonté réelle de donner à l’économie sociale et solidaire les moyens de se développer.
La prochaine réunion du GECES devait se tenir le 18 juin, autour de la préparation du Sommet européen de l’économie sociale de Mannheim.
FAQ — GECES, Commission européenne et économie sociale
Qu’est-ce que le GECES ?
Le GECES est le Groupe d’experts de la Commission européenne sur l’entrepreneuriat social. Il conseille la Commission sur les sujets liés à l’entrepreneuriat social et à l’économie sociale et solidaire.
Pourquoi le GECES a-t-il été créé ?
La Commission européenne a créé le GECES à la suite de la Social Entrepreneurship Initiative de 2011, afin de suivre les mesures annoncées et de structurer le dialogue avec les parties prenantes européennes.
Quels étaient les principaux constats du premier GECES ?
Le premier GECES a mis en avant quatre difficultés majeures : le manque de visibilité et de reconnaissance, les problèmes d’accès au financement, l’inadaptation du cadre juridique et le manque de programmes européens de soutien.
Quels sujets structurent la feuille de route 2017-2023 du GECES ?
Les travaux portent notamment sur la finance solidaire et sur les clusters d’innovation écologique et sociale, avec plusieurs rapports préparés pour le Sommet de Mannheim.
Quels sujets structurent la feuille de route 2017-2023 du GECES ?
Le GECES a facilité les échanges entre experts, institutions et acteurs de terrain, a mis en lumière les initiatives d’économie sociale nées dans les territoires et a contribué à préparer le futur plan d’action européen pour l’économie sociale.
