G7 en Cornouailles : pourquoi le Sud-Ouest britannique compte-t-il pour le numérique ?

G7 en Cornouailles : pourquoi le Sud-Ouest britannique compte-t-il pour le numérique ?

G7 en Cornouailles : pourquoi le Sud-Ouest britannique compte-t-il pour le numérique ?

Le Sommet du G7 se déroule cette année dans la station balnéaire de Carbis Bay, en Cornouailles (Royaume-Uni). Si ce choix semble d’abord esthétique – falaises escarpées, paysages côtiers spectaculaires, charme rural – il serait réducteur d’y voir un simple décor.
Car cette région, parmi les moins denses d’Angleterre, est aujourd’hui un territoire pionnier de l’innovation numérique et de la green tech.

Voici comment le Sud-Ouest britannique est devenu un laboratoire de transformation numérique… en pleine ruralité.

G7 leaders
The leaders of the G7 countries in Cornwall, 11th of June 2021
Source: G7 UK 2021 Flickr Channel

Une région rurale devenue terre d’innovation

Avec seulement 600 000 habitants, des villes moyennes d’environ 20 000 habitants et plus de la moitié de sa population vivant en milieu rural, la Cornouailles pourrait passer pour un territoire périphérique. C’est tout l’inverse.

La région accueille aujourd’hui :

  • des entreprises tech en pleine croissance,
  • un secteur numérique qui a explosé pendant la pandémie,
  • plus de 4 000 boutiques en ligne créées pendant la crise.

Dans une économie où le tourisme, la pêche et l’agriculture dominent, le numérique est devenu un levier de résilience.
Comme le rappelle Paul Coles, directeur régional de British Telecom :

« L’agriculture innove depuis des siècles : l’agritech en est la nouvelle étape. Si nous voulons prospérer, nous devons accélérer investissement et innovation. »

Superfast Cornwall : un projet numérique pour changer la vie rurale

Comme d’autres pays européens, le Royaume-Uni a lancé un vaste plan de déploiement numérique.
Rien que pour les zones rurales, 75 millions de livres sterling ont été investies – dont une grande partie en Cornouailles.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • en 2017, 17 % des zones rurales n’avaient toujours pas accès au haut débit ;
  • en 2011, 20 % des adultes de Cornouailles n’avaient jamais utilisé Internet.

Pour répondre à cette urgence, le projet Superfast Cornwall voit le jour.
Financé par le FEDER, British Telecom et les autorités locales, il poursuit deux objectifs :

  1. Déployer des infrastructures numériques fiables ;
  2. Accompagner les habitants dans leurs usages.

La plateforme iCornwall fédère alors collectivités, associations et acteurs locaux.
Mais l’infrastructure n’est qu’un début : l’enjeu est humain.

Comme l’explique Sandra Coak, médiatrice numérique à Pendeen :

« La technologie avance si vite que beaucoup de gens restent sur le bord du chemin. »

Ainsi, des centaines d’ateliers gratuits ont été organisés dans les villages, principalement pour les seniors.

cornwall
St. Agnes Heritage Coast, in Cornwall
Source: Pexels (image free of rights)
euses OECD conference
The digital hub of Pendeen, a remote village close to Penzance
Source: Superfast Cornwall

Des services publics transformés en tiers-lieux numériques

L’inclusion numérique ne s’est pas limitée à former les habitants.
Mairies, bibliothèques et services publics se sont convertis en points d’accès numérique :

  • ordinateurs en libre accès pour démarches administratives,
  • assistance numérique de proximité,
  • ateliers thématiques.

L’amélioration du réseau a également permis de développer des usages innovants, notamment en e-santé.
L’Université de Plymouth a testé :

  • des solutions de télémédecine,
  • des robots d’assistance,
  • des dispositifs numériques pour accompagner les personnes atteintes de démence.

Entre succès et limites : le numérique au service du développement local

La crise sanitaire a mis en lumière la valeur de ces investissements.
Comme le souligne Paula Byers, fondatrice de Digital Northern Devon :

« Si nous voulons reconstruire une économie durable, le numérique sera incontournable. »

Grâce à ces infrastructures, des entreprises comme Jurassic Fibre se sont implantées dans la région, avec l’ambition d’apporter un haut débit de classe mondiale à 300 000 foyers.

Pour son PDG, Michael Maltby :

« Comme le rail au XIXe siècle, le déploiement de la fibre créera les gagnants et les perdants du XXIe siècle. Nous voulons que le Sud-Ouest soit parmi les gagnants. »

La Cornouailles attire désormais les habitants des grandes villes voisines (Bristol, Exeter, Londres), séduits par la combinaison paysages + infrastructures numériques.

Mais l’article met en garde : l’Union européenne considère encore la région comme « largely neglected » en termes d’investissement numérique.

European flags
Localisation of Cornwall in the South West of England
Source: Wikipedia (image free of rights)

Un modèle pour repenser l’inclusion numérique rurale

L’expérience cornouaillaise montre que :

  • la connectivité seule ne suffit pas ;
  • l’humain demeure central dans toute stratégie numérique ;
  • les territoires ruraux peuvent devenir des moteurs de transition numérique, à condition d’être accompagnés.

La Cornouailles a transformé ses contraintes en opportunités, en bâtissant un modèle hybride alliant infrastructures, formation, innovation locale et e-services.

Un exemple inspirant pour l’Europe entière.

mannheim stadt
A view of Port Isaac, UK, a small village north of Newquay.
Source: Pexels (free of use)

Sources:

– European Network for Rural Development, Cornwall-UK, Steps towards a digital rural region, 2019

– Olivier Vergnault, Hannah Finch, “Why the South West’s tech sector has been a saviour of the Covid-19 crisis”, Business Live, 2020

FAQ — Numérique et ruralité en Cornouailles

Pourquoi le G7 a-t-il été organisé en Cornouailles ?

Pour mettre en avant une région symbole de transition écologique et numérique, malgré son caractère rural.

Qu’est-ce que le projet Superfast Cornwall ?

Un programme financé par l’UE, BT et les autorités locales pour déployer la fibre, réduire la fracture numérique et former les habitants.

Quels secteurs économiques bénéficient du numérique en Cornouailles ?

Le tourisme, l’agriculture, la pêche, l’e-commerce et les services publics (notamment la santé).

La région est-elle un modèle d’inclusion numérique ?

Oui : elle a combiné infrastructures, formation et innovation locale, devenant une référence en matière de numérique rural.

Quels sont les principaux défis restants ?

La pérennité des investissements, l’accompagnement des publics éloignés et la nécessité d’éviter une concurrence territoriale liée au déploiement de la fibre.

Le rôle de l’économie sociale dans une relance juste et durable en Europe

Le rôle de l’économie sociale dans une relance juste et durable en Europe

Le premier plan d’action européen pour l’économie sociale, annoncé par le commissaire européen Nicolas Schmit, soulève déjà plusieurs questions stratégiques. Dans un contexte marqué par des crises économiques et sociales successives, l’économie sociale s’est retrouvée au premier plan, en démontrant une capacité de résilience particulièrement forte au cours des derniers mois. C’est dans ce cadre que le Comité économique et social européen (CESE) a organisé, le 17 février, une audition publique consacrée au rôle de l’économie sociale dans la relance européenne.

Une économie circulaire fondée sur une régulation équitable

L’Union européenne a su proposer de nouveaux instruments législatifs destinés à renforcer l’adaptabilité de ses politiques publiques et la résilience de ses citoyens. De nouveaux leviers d’action ont d’ailleurs été recommandés dans le récent rapport de prospective stratégique de la Commission. Dans ce cadre, Giuseppe Guerini (CESE) a souligné la réponse pertinente qu’a apportée l’économie sociale pendant la crise et dans la phase de reprise.

Selon lui, il existe aujourd’hui un besoin clair d’« une politique fiscale plus harmonisée entre les États membres, qui permettrait une meilleure reconnaissance de la fonction d’intérêt général des organisations de l’économie sociale ». Cette question s’inscrit pleinement dans le programme de la présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne, qui a débuté en janvier et met l’accent sur le socle européen des droits sociaux, en cohérence avec le plan d’action annoncé par Nicolas Schmit. Le texte rappelle aussi que cette présidence est résolument attentive à la dimension numérique, une orientation qui devrait se prolonger sous les prochaines présidences slovène puis française.

Une reconnaissance politique encore insuffisante

L’eurodéputé Sven Giegold a ensuite insisté sur le rôle du Parlement européen dans la promotion de l’économie sociale. Selon lui, « l’Union européenne doit soutenir ce secteur autant que possible, en allant notamment plus loin dans les politiques publiques ». Il considère par exemple qu’il serait approprié de créer un statut plus fort pour les associations au niveau européen.

    Le Parlement européen et la nécessité d'un statut plus fort

    Sven Giegold a précisé qu’il existe « un réel besoin d’une nouvelle offensive des institutions européennes pour reconnaître l’économie sociale dans sa diversité, faciliter les procédures qui la concernent et créer un statut clair et transparent ». Son propos est net : l’économie sociale ne peut fonctionner durablement que sur la base d’une régulation équitable, portée par un agenda politique de long terme et par un soutien public constant.

      Un rôle clé pour la résilience économique et sociale

      L’article rappelle toutefois que l’Union européenne se définit, dans les traités, comme une économie sociale de marché, une ambition qui paraît encore incomplètement réalisée. Il souligne donc la nécessité de trouver un bon équilibre afin d’intégrer les entreprises à ce débat. Dans cette perspective, Maxime Cerutti (BusinessEurope) estime que les grands secteurs économiques restent encore relativement inactifs sur ces enjeux.

      Un besoin d'aide, notamment financière

      La question du soutien financier ressort avec force. Le secteur a été fragilisé par les crises actuelles et plusieurs intervenants ont insisté sur le besoin d’un accompagnement renforcé. Filipa Farelo (CASES, Portugal) a notamment souligné que « l’économie sociale devrait être davantage mise en avant afin de garantir une meilleure transition européenne, en particulier au regard de son importance en matière de résilience ». Elle a également rappelé que le secteur démontre une forte capacité d’inclusion et de diversité, notamment par une représentation importante des femmes et des personnes à mobilité réduite en comparaison avec d’autres secteurs.

      La transition numérique comme levier de transformation

      Juan Pedreño (Social Economy Europe), insiste sur l’importance de soutenir des start-up fonctionnant démocratiquement. De telles initiatives permettraient une participation plus active des citoyens européens, tout en renforçant les systèmes de protection et les coopérations avec le secteur public pour construire des projets innovants.

      Transition numérique, territoires ruraux et entreprises collectives

      Le texte insiste sur un point central : la transition numérique constitue un enjeu crucial pour revitaliser l’économie sociale en Europe, en particulier dans les zones rurales touchées par la crise à travers les entreprises collectives. C’est pourquoi le rôle de l’État doit, selon les intervenants, être réévalué afin d’améliorer la résilience de chacune et chacun.

      L’économie sociale apparaît ainsi comme une priorité pour de nombreux acteurs au niveau européen. L’eurodéputé Jordi Cañas a regretté, lors de cette audition, que l’économie sociale ne soit pas encore une véritable priorité de la Commission, mais plutôt un objectif. À cela, Ann Branch (DG Emploi) a répondu que « la Commission attache toute son importance au socle commun et à l’économie sociale ». L’article note néanmoins que cette situation continue de poser des problèmes d’interprétation juridique dans les normes européennes liées à ce thème.

      Une fenêtre d'opportunité pour transformer certains secteurs

      Cette position est d’autant plus regrettable, souligne l’article, que le rôle de l’économie sociale dans la création d’emplois est clair, sans être pleinement reconnu. Gianluca Pastorelli (DIESIS) insiste sur ce point. Dès lors, les crises actuelles peuvent constituer une véritable fenêtre d’opportunité pour transformer certains secteurs, comme le tourisme, qui pourrait devenir plus durable et plus local en lien avec l’économie sociale.

      Conclusion

      Cet article montre bien que, dans les débats européens autour de la relance, l’économie sociale est désormais perçue comme un acteur de premier plan. Les interventions citées convergent sur plusieurs points : besoin d’une régulation plus juste, nécessité d’un cadre européen plus clair, importance du soutien financier, reconnaissance du rôle de l’économie sociale dans la résilience, l’emploi, l’inclusion et la transition numérique. En creux, l’article pose une question politique fondamentale : l’économie sociale sera-t-elle simplement mentionnée dans les orientations européennes, ou deviendra-t-elle enfin un pilier pleinement assumé de la relance et de la transformation du modèle européen ?

      Veille affaires publiques européennes Social Tech : panorama des enjeux Tech x Social

      Veille affaires publiques européennes Social Tech : panorama des enjeux Tech x Social

      Alors que la crise sanitaire liée au Covid-19 contraint une large partie des Européens à rester chez eux, les questions d’économie sociale, d’inclusion numérique et de défense de la démocratie apparaissent plus que jamais centrales. Sur ces sujets, l’activité européenne ne ralentit pas. Bien au contraire. Voici un panorama de l’actualité européenne en matière d’affaires publiques sur nos sujets de prédilection, à la croisée de la technologie et du social : le Digital Services Act, les ambitions numériques de la présidence allemande de l’Union européenne, le Data Governance Act, le Plan d’action européen pour la démocratie et, plus largement, les ambitions portées pour « le monde d’après ».

      Digital Services Act : imposer un modèle technologique européen

      Depuis Bruxelles, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, s’est pleinement mobilisé sur le Digital Services Act. Il rappelle que, « dans le cadre de la stratégie numérique européenne, la Commission européenne a annoncé un paquet législatif sur les services numériques afin de renforcer le marché unique des services numériques et de favoriser l’innovation et la compétitivité de l’environnement en ligne européen ».

      L’objectif principal consiste à réformer la directive sur le commerce électronique de 2000, en particulier sur la question des obligations et des responsabilités des plateformes, tout en faisant évoluer les règles de concurrence. Le texte prévoit également de réguler les contenus en ligne, en renforçant la responsabilité des intermédiaires dans la lutte contre les contenus illégaux et leur amplification. Il inclut ainsi la volonté de faire entrer la haine en ligne dans le champ des infractions pénales à l’échelle européenne.

      Vera Jourová, vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence, l’a exprimé clairement : « Les plateformes doivent être plus responsables et davantage redevables, elles doivent devenir plus transparentes. Il est temps d’aller au-delà des mesures d’autorégulation. »

      L’ambition de la Commission européenne est très nette : s’attaquer à ces monopoles devenus « too big to care », qui, selon elle, écrasent la concurrence et perturbent le bon fonctionnement du marché intérieur. Le bras de fer, comme on pouvait s’y attendre, s’annonce rude. Thierry Breton, qui souhaite faire sortir l’économie numérique de son âge de « Far West », n’hésite pas à interpeller directement les dirigeants de la Silicon Valley. En mai, il déclarait au PDG de Facebook : « N’essayez pas de jouer au plus malin. Payez vos impôts si vous devez les payer. N’ayez pas recours aux paradis fiscaux. Payez vos impôts. » Quelques mois plus tard, le dirigeant de Google, Sundar Pichai, présentait ses excuses pour les pratiques de lobbying interne particulièrement agressives de son entreprise.

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      La présidence allemande de l’UE et ses ambitions numériques

      La présidence allemande tournante du Conseil de l’Union européenne, qui s’achève en décembre 2020, a elle aussi fait du numérique l’un de ses grands chantiers, aux côtés de la transition écologique. Le ministre allemand des Affaires étrangères l’a formulé en ces termes : « Afin de nous distinguer au niveau international comme communauté de valeurs, nous devons encore mieux nous positionner sur des enjeux stratégiques d’avenir comme le changement climatique, les réfugiés et les migrations, l’État de droit et la transformation numérique. »

      Cet agenda comprend le développement d’une infrastructure européenne de données et de 5G, ainsi qu’un soutien accru à la recherche, en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle. Dans cette logique, le Data Governance Act, règlement proposé par la Commission européenne sur la gouvernance des données, devrait accroître le volume de données susceptibles d’alimenter les systèmes d’IA et les start-up, et, à terme, encourager l’émergence de grands espaces de données sectoriels.

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      Démocratie européenne : l’inclusion, l’économie sociale et la société civile comme conditions clés

      L’autre grand sujet de cette rentrée européenne est celui de la démocratie. Il constitue le fil rouge de la régulation numérique portée par l’Union européenne. Et l’urgence est réelle.

      D’un côté, le terreau de la défiance devient de plus en plus fertile, notamment sous l’effet des réseaux sociaux. D’après une enquête réalisée par la Fondation Jean-Jaurès en février 2019, « un Français sur cinq adhérait à au moins une théorie du complot » et « 43 % des personnes interrogées estimaient que le gouvernement était de connivence avec les laboratoires pharmaceutiques pour cacher la réalité de la nocivité des vaccins ».

      De l’autre, certains responsables politiques européens remettent eux-mêmes en cause les valeurs démocratiques communes. Alors que le plan de relance européen venait d’être adopté au terme de longues négociations, la Hongrie et la Pologne ont décidé d’opposer leur veto, refusant que le versement des fonds communautaires soit désormais conditionné au respect de l’État de droit. Un point, pourtant, devrait faire consensus, quelles que soient les sensibilités politiques : les valeurs démocratiques ne devraient pas pouvoir s’acheter contre des milliards d’euros d’aides.

      Le Plan d’action européen pour la démocratie

      Le Plan d’action européen pour la démocratie, resté relativement discret dans le traitement médiatique, a fait l’objet d’une consultation en ligne durant l’été. Par l’accumulation de nouvelles contraintes et recommandations destinées à l’ensemble des acteurs du jeu démocratique, il doit à la fois renforcer l’intégrité des élections, garantir la liberté des médias et proposer des stratégies solides contre la désinformation. Sa publication était alors prévue pour le mois de décembre.

      Le “monde d’après” et les ambitions européennes

      Après le premier confinement, les appels en faveur du « monde d’après » avaient fleuri comme au printemps. Pourtant, malgré cet activisme réglementaire, le projet européen traverse une période difficile. On aurait pu rêver d’une couverture médiatique des affaires européennes aussi dense que celle observée pendant les élections américaines. Espoir vite dissipé, comme les feuilles d’automne.

      Certaines prises de parole continuent toutefois de résonner avec force, en particulier celle de David Sassoli, alors président du Parlement européen. En septembre, il déclarait : « Nous devons veiller à ce que les politiques européennes soutenues par les ressources que nous mettons en commun encouragent, dans les années à venir, une transformation de nos économies au service du respect de l’environnement, de la cohésion sociale — particulièrement touchée dans le contexte sanitaire actuel — et de la lutte contre toutes les formes d’inégalités. »

      Il reconnaissait aussi que « l’Europe a plus que jamais besoin de soutenir le secteur associatif » et que « l’harmonisation du marché unique ne doit pas se limiter aux entreprises mais doit aussi concerner le secteur associatif ». Dans l’intervalle, un règlement européen sur le financement participatif, destiné à protéger les investisseurs contre les pertes financières, devra sans doute faire office de réponse minimale.

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      Les fractures numérique et sociale se superposent

      Au bout du compte, celles et ceux qui ont le plus à perdre restent les plus précaires. Cette évidence apparaît avec encore plus de force à la lecture du classement DESI, qui montre que les fractures numérique et économique se recoupent largement.

      Dans cette perspective, Cédric O, alors secrétaire d’État français chargé du Numérique, a annoncé à l’occasion du NEC 2020 un budget de 250 millions d’euros, financé à 40 % par l’Union européenne, pour le numérique inclusif. Ce plan devait permettre le recrutement de 4 000 conseillers numériques par les collectivités locales et les associations.

      Associer pleinement l’économie sociale et la société civile aux politiques publiques

      Au regard de l’ensemble de ces perspectives, et parce que l’économie sociale comme la société civile constituent un moteur d’une économie plus durable et plus prospère pour tous en Europe, elles doivent être pleinement associées à l’élaboration de toutes les politiques publiques. C’est aussi le sens de l’appel porté par la European Platform for Philanthropy.

      Par Nils Pedersen, président de La Fonda Asso et vice-président de SOGA EU chargé des affaires publiques et académiques


      Paris, novembre 2020

      Nils Pedersen
      Politiques numériques de l’Union européenne : indice de société numérique, Digital Services Act et autres évolutions clés

      Politiques numériques de l’Union européenne : indice de société numérique, Digital Services Act et autres évolutions clés

      Comme chaque trimestre, notre expert européen des questions Tech, Arnaud Castaignet, livre son analyse des dernières données et politiques numériques de l’Union européenne. De la dimension numérique du discours sur l’état de l’Union aux dernières éditions de l’indice de l’économie et de la société numériques (DESI), en passant par les débats autour du Digital Services Act à Bruxelles, voici ce que les organisations du Social Good doivent retenir des dernières actualités européennes sur le numérique.

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      L’état de l’Union européenne et la “décennie numérique”

      Le 16 septembre, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a présenté au Parlement européen sa vision dans le cadre de son premier discours sur l’état de l’Union européenne. Depuis sa prise de fonction, une forte priorité a été accordée au Pacte vert pour l’Europe. Ce discours a aussi permis de mettre en avant l’autre priorité majeure de la Commission : « la décennie numérique de l’Europe ».

      La technologie et le numérique auront une place importante dans le fonds Next Generation EU. Ils bénéficieront d’un investissement de 20 % de ce fonds, ce qui signifie que 150 milliards d’euros sur les 750 milliards d’euros du plan de relance européen seront consacrés à des projets numériques. Trois domaines prioritaires ont été identifiés : les données industrielles, l’intelligence artificielle et les infrastructures.

      Données industrielles, cloud européen et souveraineté

      Le fait que la Commission européenne insiste sur les données industrielles, par opposition aux données de consommation, montre qu’elle souhaite développer une véritable économie de la donnée. L’objectif est clair : tirer parti du fait que le volume de données industrielles produites dans le monde devrait être multiplié par quatre au cours des cinq prochaines années.

      La Commission pousse ainsi le développement d’espaces communs de données, hébergés sur une nouvelle plateforme cloud, Gaia-X, dans des secteurs comme l’énergie ou la santé. Elle entend aussi soutenir la coopération entre start-up, entreprises, PME et chercheurs. En revanche, lorsqu’il s’agit des données de consommation, Ursula von der Leyen considère que l’Europe « a été trop lente et dépend désormais des autres ».

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      L’intelligence artificielle : un report mais une ambition maintenue

      Sur l’intelligence artificielle, la présidente de la Commission a finalement repoussé l’adoption de nouvelles lois de gouvernance. Lors de son élection en novembre précédent, elle avait promis de proposer une législation sur l’IA dans les cent premiers jours de son mandat. Dans son discours, elle a finalement indiqué qu’elle serait présentée l’année suivante, avec une approche « centrée sur l’humain » en matière de règles et de régulation.

      Il faut noter qu’elle a aussi proposé une identité numérique européenne sécurisée, qui permettrait aux citoyens de l’utiliser partout en Europe pour accomplir des démarches allant du paiement des impôts à la location d’un vélo, tout en garantissant un contrôle sur les données personnelles. Cette proposition rappelle certains principes du modèle d’identité numérique estonienne.

      Les infrastructures : condition d’une décennie numérique européenne

      Les investissements dans les infrastructures doivent eux aussi constituer un axe fort de cette « décennie numérique européenne ». C’est d’autant plus nécessaire que la fracture numérique reste très importante en Europe, comme le montre l’indice de l’économie et de la société numériques (DESI), un indice composite qui résume les indicateurs clés de la performance numérique européenne et suit l’évolution de la compétitivité numérique des États membres.

      Dans le DESI 2020, la Finlande, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas obtiennent les meilleurs résultats et figurent parmi les leaders mondiaux de la numérisation. Ces pays sont suivis par Malte, l’Irlande et l’Estonie. D’autres, en revanche, ont encore un long chemin à parcourir, tant en matière d’infrastructures que de capital humain et de capacité à utiliser les services et technologies numériques. Beaucoup d’entre eux font partie des pays dont le PIB est le plus faible dans l’Union européenne, comme la Bulgarie, la Roumanie ou la Grèce, ou ont été fortement touchés par le Covid-19 et ses conséquences économiques, comme l’Italie.

      Le risque est donc réel : fracture numérique et inégalités économiques pourraient se renforcer mutuellement. Il est d’ailleurs intéressant de constater que les plus grands pays ne sont pas nécessairement les plus avancés numériquement. La France, par exemple, n’occupe que la 15e place du classement général et descend même à la 18e place sur la seule question de la connectivité, selon l’indice DESI.

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      La pandémie a rendu la fracture numérique encore plus visible

      La pandémie a exposé de façon brutale la réalité de la fracture numérique en Europe. Les pays et régions bénéficiant de bonnes connexions Internet ont pu continuer à vivre avec une certaine forme de normalité. D’autres n’ont pas eu cette chance. Dans les zones rurales, 40 % des habitants n’ont toujours pas accès au haut débit rapide. L’accélération des investissements via NextGenerationEU doit justement permettre de renforcer le déploiement de ces réseaux dans ces territoires. Les investissements se concentreront sur la connectivité sécurisée, ainsi que sur le développement de la 5G, de la 6G et de la fibre.

      Ce discours sur l’état de l’Union montre clairement que les transitions numérique et écologique seront les grandes priorités européennes dans les années à venir, et que ces deux transitions sont profondément liées. La numérisation est clairement considérée comme un levier essentiel pour réussir la transition écologique, en particulier dans les domaines de l’urbanisme, des smart cities, de la mobilité et de la décarbonation de l’économie et de l’industrie.

      Là encore, le principal risque est de voir les mêmes pays sortir gagnants. Le Danemark, par exemple, fait partie à la fois des leaders de la numérisation et des pays dont les initiatives de villes intelligentes permettront de réduire le plus les émissions de carbone.

      Le Digital Services Act au cœur des débats à Bruxelles

      Pendant ce temps, à Bruxelles, le Digital Services Act Package constitue le texte le plus important pour l’économie numérique européenne. Il doit alimenter les discussions entre la Commission et le Parlement jusqu’à la fin de l’année. Il s’agit d’un arsenal ambitieux destiné à s’attaquer à la fois à la domination des géants du numérique et à leurs politiques de modération.

      Le texte est porté par Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur. Dans un entretien récent au journal Le Monde, il explique que la régulation des réseaux sociaux « a vocation à être traitée au niveau européen ».

      Plusieurs mesures s’appuient sur la loi française pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), qui encadre en France ce même secteur. Le Digital Services Act prévoit également que les plateformes puissent identifier et localiser les internautes publiant sous pseudonyme « si nécessaire ». En cas d’infraction, les sites concernés pourraient subir des sanctions financières, voire « se voir interdire l’accès au marché intérieur de l’Union européenne ».

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      Pour les plateformes visées, les calculs devraient reposer sur un seuil d’audience « encore à déterminer ». Le discours reste néanmoins très clair et vise des sites disposant de « audiences bien plus larges que les médias traditionnels, ce qui leur confère des responsabilités comparables à celles d’un directeur de publication ou d’un éditeur de contenu ».

      Des entreprises comme Apple, Google et Facebook pourraient ainsi figurer sur une « liste noire » établie par l’Union européenne. Comme l’a rapporté le Financial Times, les institutions européennes préparent des règles plus strictes pour réguler le marché des services numériques et imposer de nouvelles obligations aux plus grands acteurs, tant en matière de pratiques commerciales que de partage de données et de transparence sur leur collecte. Il s’agirait de pousser ces grandes entreprises à modifier leurs pratiques et de les obliger à partager une partie de leurs données tout en devenant plus transparentes sur leurs méthodes de collecte, selon des critères précis.

      Débattus au Parlement lors de la semaine 43, les rapports d’initiative portés par Alex Agius Saliba (S&D) pour la commission du marché intérieur (IMCO), Tiemo Wölken (S&D) pour les affaires juridiques (JURI) et Kris Peeters (PPE) pour les libertés civiles (LIBE) ont été adoptés, presque sans amendements.

      How EU institutions are preparing Social Economy response? Interview of Denis Stokkink



      Denis Stokkink, Board member of SOGA EU, founding president of the Brussels-based European think & do tank POUR LA SOLIDARITÉ-PLS. An economist and lecturer in social economy at the Université Libre de Bruxelles, he is also general rapporteur of the European Commission’s Group of Experts on Social Entrepreneurship (GECES). He gives us a progress report on the current state of play of the European institutions mobilised for the Social Economy and the role of GECES during the Covid crisis.

      Can you tell us more about the genesis of GECES (2012-2017) ?

      Denis Stokkink : “In its Communication on the “Social Entrepreneurship Initiative” (October 25th, 2011), the European Commission announced the establishment of a “Multi-stakeholder Advisory Group on Social Entrepreneurship” which will review the progress of the measures envisaged by this Communication. (…) this group could be composed of representatives from Member States, local authorities, social entrepreneurship organisations, the banking and financial sector, and the academic world”. 

      This group of experts for the Social Economy at the European Commission (GECES) has therefore been set up for 6 years (2012-2017) in order to be consulted by the EU Commission in the framework of the social entrepreneurship initiative and on other issues related to social entrepreneurship and the social and solidarity economy.

      The roadmap of this first GECES ended in 2016, with a General Report to the Commission. It listed, inter alia, five positive contributions of the Social Economy to the development of the EU and thirteen recommendations for concrete actions to take full advantage of the potential of social enterprises to address the four main problems faced by social economy actors and social enterprises: a lack of visibility, recognition and identity; difficulties in accessing finance; an inadequate legal framework and a serious lack of European programmes, networks and support mechanisms.”

      What is the new GECES roadmap (2017-2023)?

      Denis Stokkink : “In 2017, new commitments have been made and are being steered by the Taskforce co-chaired by Ann Branch (DG Employment) and Ulla Engelmann (DG Grow).

      The new GECES has seen its members renewed and was constituted with the will to meet regularly the members to discuss the future of HE in Europe. Two subjects are the subject of a more developed consultation: solidarity finance (a report submitted at the end of 2019 will be presented at the European Summit in Mannheim at the end of November 2020) and ecological and social innovation clusters with Hugues Sibille, Denis Stokkink and Ana Umbelino as rapporteurs. A report with 30 good practices published in 2019, new report will also be presented in Mannheim.”  


      How did EU Social economy experts respond to the Covid crisis and how do they prepare Mannheim European Summit?

      Denis Stokkink : The GECES continues to work actively by exchanging between public and private experts and the European Commission on the possibilities of highlighting SSE. 

      The members met on 29 April to share :

      1. Sectoral “Bottum up” initiatives from Social economy and civil society in the territories to respond to the challenges that enable, in particular, precarious populations to propose social innovations in emergency/transitional society situations. For example, DG Grow has worked to reference the social economy initiatives created across Europe on Covid 19 (DG GRow) and to set up a support unit that offers webinars of actors from the European Social Economy community.
      2. The vision and ambitions of European Social Economy actors, taken up by the European Commissioner for Employment Nicolas Schmidt during a speech on Q&A, to help prepare the European Commission’s action plan for the SSE, in the 2nd quarter of 2021. Nicolas Schmit also sent a letter to the national authorities of all EU Member States, stressing the importance of SSE responses in the territories and the importance of significant economic rescue measures directed towards Social Economy actors. All GECES members were enthusiastic about Commissioner Schmidt’s announcement that he is truly committed to giving SSE the means to develop.

        The next meeting of the GECES will take place on 18 June on the preparation of the European Social Economy Summit in Mannheim.

        EU Social Innovation: an important milestone at Web Summit 2018

        For the first time, European social innovation project holders and policy makers were gathered at Web Summit 2018 aka the “Davos for Geeks” in Lisbon (Novemebr 5-8th). Web Summit is the biggest venue of Tech players and innovators in Europe, and it was a very clear move that challenges Europe is facing could not been solved only by technology, but first by social and environnemental purposes and impacts. Around our “Social Innovation Village” and its 24 exhibiting projects were planned two discussions about Social Innovation at Forum Stage, before a thousand attendees. One year after the “High level conference – Opening up to an ERA of Social Innovation” in Lisbon, European social innovators and policy makers are again proving their ability to gather forces and networks to make their voice heard. Again in Lisbon at Web Summit 2018, an important milestone has been added along with Carlos Moedas, European Comissioner for Research, Science and Innovation.

        First discussion on Tuesday november 6th at Web summit : Conference “Social innovation: Achieving a triple A rating for Europe” gathering Carlos Moedas (European  Commissioner for Research, Science and Innovation), Isabel Mota (Director, Gulbenkian Foundation), Maria Leitao Marques (Portuguese Minister of the Presidency and of Administrative Modernisation) and Madeleine Gabriel (NESTA foundation, Social innovation Community).

        The European Commission’s actions on social innovation stem from the Innovation Union initiative (2010) and of the Social Investment Package (2013). These actions facilitate the inducement, uptake and scaling-up of social innovation solutions. The main objectives were to promoting social innovation as a source of growth and jobs, sharing information about social innovation in Europe and supporting innovative entrepreneurs and mobilising investors and public organisations.

        At Web Summit 2018, a big annoucement has been made : more money is going to be invested by European institutions in Social Innovation, while the Mutiannual Financial Framework for the 7 years to come has already been discussed, prior to the European election next May 2019.



        Social Innovation Community was one of the H2020 funded Social Innovation Village ‘s projects at Web Summit 2018. During the following official visit on Social Innovation Village, they handed Social Innovation Community Declaration to Mr. Moedas and Mr Mahjoubi (French Secretary of State for Digital Affairs) : “For a Fairer, More Inclusive Europe” #SIDeclaration


         
        Social Innovation Community will be gathered in Sevila, Spain from November 12 to 13th, to prepare the next European mandate and gain leverage to increase funds, skills and acknowledgement, in the same effort as our Manifesto #MakeItForGood, more focus on the acceleration of partnerships in between Tech and social innovators.