Axelle Lemaire a accepté de devenir la Marraine du Social Good Accelerator EU en septembre 2020. Ancienne Secrétaire d’Etat française au numérique à l’origine de la loi pour la République numérique mais aussi européenne engagée, elle est une fervente défenseure de l’inclusion et des solutions tech de l’économie sociale et solidaire. Personne n’aurait pu mieux qu’elle représenter la cause et les valeurs que nous défendons toutes et tous depuis la création du mouvement.


Pourquoi est-ce important pour vous de vous engager pour une transition technologique des organisations de l’ESS et la valorisation des modèles tech alternatifs qui en sont issus, et ce au niveau européen ?

En tant qu’Européenne militante, et ancienne secrétaire d’Etat en charge du numérique et de l’innovation au sein du gouvernement français, je suis convaincue que Bruxelles doit jouer un rôle moteur pour impulser un modèle technologique européen centré sur une transition sociétale et environnementale équitable, inclusive et responsable.

Or dans cette perspective les nouvelles technologies sont capables du pire comme du meilleur. Le modèle de financement des startups, qui repose sur le pari d’une croissance très rapide par l’injection de capitaux financiers privés selon des modèles de gouvernance fermés, peut avoir tendance à éclipser d’autres modèles alternatifs, plus accessibles. Lorsque seule compte la recherche d’une rentabilité maximale, les inégalités sociales s’en trouvent souvent renforcées et l’empreinte écologique aggravée. Il importe que le secteur du numérique accueille tous les modèles de développement économique et social et qu’il y ait de la place pour tout le monde, et pas uniquement pour les levées de fond mirobolantes ! 

Pour faire face à ces enjeux, les acteurs de la solidarité et de la protection de l’environnement, souvent très ancrés dans leur territoire local, assument un rôle tout à la fois critique et sous-estimé. De fait, les organisations de l’Économie sociale et solidaire (ESS) sont des acteurs clés de la préservation des équilibres sociétaux et du pivot attendu du fonctionnement du système économique. Partout, ces organisations conduisent efficacement des missions éducatives, sociales et environnementales indispensables. Elles transmettent également les compétences de base aux publics les plus fragiles, sur l’ensemble du territoire. Elles maintiennent la cohésion sociale en mobilisant les citoyens, les professionnels et les experts pour créer des communs, défendre la démocratie et le patrimoine collectif. Tout cela, en innovant constamment, à tous les niveaux et tous les échelons géographiques, par exemple en hybridant les modèles économiques ou en créant de nouveaux services ou nouveaux procédés au service de la solidarité et de la transition environnementale.

A ce titre, la transition technologique pourrait permettre à l’ESS d’accroître sa capacité d’action, et de le faire à sa manière. Un certain nombre d’initiatives – et de modèles émanant du secteur non lucratif ou à lucrativité limitée – mériteraient d’être mieux connues et déployées massivement. Mais les organisations de l’ESS, qui devraient être poussées à faire mieux, sont de plus en plus souvent forcées à faire moins : elles se trouvent dans un « impensé » en termes de soutien à la transition numérique des organisations, puisque ni les bailleurs institutionnels ni les mécènes ne financent à hauteur de la réalité des besoins la montée en compétences et l’accompagnement nécessaires à ces changements dans les méthodes de penser, de travailler et d’agir sur le terrain. Il est temps d’aider les organisations de l’ESS à passer à l’échelle grâce au numérique.

Pourquoi avoir accepté d’être marraine de SOGA EU ?

Le Social Good Accelerator est une jeune association qui veut contribuer à porter ce sujet de la transition technologique de l’ESS à Bruxelles, à créer une communauté européenne d’action et de partage ainsi que des ponts entre les mondes de la solidarité et de la tech. Il s’agit de chantiers plus qu’utiles mais très ambitieux, portés par une nouvelle génération de professionnels de l’économie sociale et solidaire et d’activistes du numérique.

La cause est juste, et je me sens tout à fait en phase avec la vision fondatrice de SOGA. Ce type d’initiative requiert des mobilisations de toutes formes : fédérer les organisations concernées, recruter les experts et les bénévoles, collecter des fonds, mener un travail de recherche et faire aboutir les revendications sectorielles.


« Je suis convaincue que Bruxelles doit jouer un rôle moteur pour impulser un modèle technologique européen centré sur une transition sociétale et environnementale équitable, inclusive et responsable ».

 

Axelle Lemaire, ancienne secrétaire d’Etat au numérique (2014-2017)


Comment allez-vous concrètement vous y engager auprès de nos membres ?

Marraine, c’est un joli rôle ! J’apporterai un regard et un appui bienveillant et protecteur aux activités du Social Good Accelerator.

A mon niveau, je suis heureuse de pouvoir contribuer à soutenir l’association grâce à mon expérience, la faire connaître et lui servir de tremplin. Je peux également être consultée sur l’un de mes champs d’expertise et faciliter le dialogue avec un certain nombre de décideurs, ou encore appuyer les prises de positions courageuses lorsque cela sera nécessaire.